Home MondeL’échec stratégique de la montée en puissance nucléaire de la Corée du Nord – The Cipher Brief

L’échec stratégique de la montée en puissance nucléaire de la Corée du Nord – The Cipher Brief

by Clara Dubois

L’arsenal nucléaire nord-coréen est bien plus important que ce que l’on pensait, et sa progression inquiète. Un rapport récent de l’Institut coréen d’analyse de la défense estime que Pyongyang pourrait détenir jusqu’à 400 armes nucléaires d’ici 2040, remettant en question les estimations précédentes et soulignant une menace croissante pour la sécurité régionale et internationale.

Selon l’analyse, la Corée du Nord disposerait actuellement d’un arsenal compris entre 127 et 150 armes nucléaires, bien au-delà des 50 à 60 armes précédemment estimées. Le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un a donné l’ordre, lors du huitième Comité central du Congrès des travailleurs fin 2022, d’une « expansion exponentielle » de cet arsenal, ainsi que du développement de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM) plus puissants.

Kim Jong Un a justifié cette stratégie par un sentiment d’isolement et de menace : « Ils souhaitent désormais isoler et étouffer la Corée du Nord… et la situation actuelle appelle à redoubler d’efforts pour renforcer considérablement notre puissance militaire. » Il a également appelé à la production massive d’armes nucléaires tactiques destinées à être utilisées sur le champ de bataille, ciblant plus particulièrement la Corée du Sud, et à la création d’un nouvel ICBM doté d’une « capacité de contre-attaque nucléaire rapide » capable d’atteindre le territoire américain.

Les déclarations de Kim Jong Un sont généralement suivies d’actions concrètes. En octobre 2025, lors du défilé célébrant le 80e anniversaire du Parti des travailleurs coréens, le Hwasong-20, un ICBM mobile à trois étages à combustible solide capable de frapper l’ensemble des États-Unis, a été présenté au monde. Ce missile pourrait également transporter plusieurs ogives nucléaires, ce qui rendrait inefficaces les systèmes de défense antimissile existants. L’arsenal d’ICBM capables d’atteindre les États-Unis – incluant les modèles Hwasong-18 et 19 – s’est ainsi considérablement renforcé, conformément aux directives de Kim Jong Un.

Par ailleurs, la Corée du Nord poursuit ses programmes de développement de sous-marins, notamment un sous-marin à propulsion nucléaire, ainsi que ses recherches sur les missiles hypersoniques et de croisière. Ces avancées représentent un défi supplémentaire pour les systèmes de défense antimissile.

La doctrine nord-coréenne concernant l’utilisation des armes nucléaires a également évolué. Pyongyang envisage désormais un recours préventif et prioritaire à ces armes en cas d’attaque nucléaire imminente ou perçue contre ses systèmes de commandement et de contrôle. Le pays développe également une capacité de « seconde frappe », visant à assurer la survie d’une partie de son arsenal nucléaire, grâce à des ICBM mobiles à combustible solide et des sous-marins nucléaires.

La situation a été exacerbée par le rapprochement entre la Corée du Nord et la Russie. En juin 2024, Vladimir Poutine et Kim Jong Un ont signé un traité de défense mutuelle, s’inscrivant dans un « partenariat stratégique global » ratifié en novembre 2024. L’article 4 de ce traité stipule que si l’une des nations est envahie, l’autre lui fournira une assistance militaire « avec tous les moyens en sa possession ».

Des informations révélées en octobre 2024 par l’OTAN ont fait état de l’arrivée de soldats nord-coréens dans l’oblast de Koursk, en Russie, pour rejoindre les forces russes dans leur guerre contre l’Ukraine. La Corée du Nord fournit également à la Russie des obus d’artillerie et des missiles balistiques. En échange, la Russie pourrait fournir à la Corée du Nord une assistance pour ses programmes de satellites, de missiles balistiques et nucléaires, notamment en matière de conception, de matériaux et de composants pour son programme de sous-marins à propulsion nucléaire.

Cet accord entre la Corée du Nord et la Russie, ainsi que l’implication de Pyongyang dans le conflit ukrainien, constituent un échec pour les États-Unis et la Corée du Sud, qui n’ont pas su anticiper et empêcher cette évolution. Il est paradoxal de constater que la Russie, qui plaidait autrefois pour le désarmement nucléaire de la Corée du Nord lors des négociations à six, soutient désormais son programme.

Les programmes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord représentent une menace existentielle pour les États-Unis et leurs alliés. La politique de « contenir et dissuader » ainsi que la « patience stratégique » adoptée par le passé se sont avérées inefficaces. Il est donc impératif que les dirigeants américains et sud-coréens s’efforcent de renouer le dialogue avec Kim Jong Un, éventuellement en s’inspirant des précédents échanges avec l’ancien président Donald Trump.

Le président sud-coréen Lee Jae Myung a souligné que la situation actuelle est « très dangereuse », avec un risque constant d’affrontement accidentel entre les deux Corées.

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