Publié le 8 octobre 2025 18:52:00. L’administration américaine intensifie sa pression contre les personnes filmant les opérations de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), allant jusqu’à assimiler ces enregistrements à du “doxing” et menaçant de poursuites judiciaires, malgré une jurisprudence favorable au droit de filmer les forces de l’ordre en public.
- Le ministère de la Sécurité intérieure (DHS) considère désormais que l’enregistrement vidéo des raids de l’ICE constitue une forme de harcèlement illégale.
- Des agents de l’ICE sont accusés de recourir à la force pour empêcher les citoyens de les filmer, notamment en bousculant, frappant et tirant (avec des munitions non létales) sur des journalistes et des passants.
- Les tribunaux fédéraux, à plusieurs reprises, ont confirmé que le premier amendement de la Constitution américaine protège le droit d’enregistrer l’activité policière dans l’espace public.
Washington s’apprête à contester une jurisprudence bien établie : les tribunaux fédéraux ont majoritairement statué que le premier amendement protège le droit d’enregistrer l’activité de la police dans les espaces publics. Cette offensive juridique intervient après des mois de critiques concernant les tactiques de l’ICE et un manque de transparence dans ses opérations.
En réponse à une enquête du Center for Media and Democracy, Tricia McLaughlin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure, a déclaré :
« Filmer les forces de l’ordre de l’ICE et publier des photos et des vidéos d’elles en ligne revient à doxer nos agents »
Tricia McLaughlin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure
Elle a ajouté :
« Nous poursuivrons ceux qui harcèlent illégalement les agents de l’ICE avec toute la rigueur de la loi. »
Tricia McLaughlin, porte-parole du ministère de la Sécurité intérieure
Des rapports concordants font état d’incidents où des agents de l’ICE ont fait preuve de force pour empêcher les citoyens de les filmer. Des journalistes et des photographes indépendants ont été bousculés, agressés, et même blessés par des tirs de munitions non létales lors de tentatives d’enregistrement. Ces incidents semblent particulièrement fréquents lorsque les personnes filmant sont elles-mêmes des non-citoyens, selon des témoignages et des documents officiels.
Selon la rhétorique du DHS, les agents qui ont blessé des journalistes après avoir été filmés pourraient avoir agi en légitime défense. La secrétaire au DHS, Kristi Noem, a déclaré en juillet :
« La violence est tout ce qui menace [les agents du DHS] et leur sécurité. C’est le doxing. Il s’agit de les filmer là où ils se trouvent. »
Kristi Noem, secrétaire au DHS
Cette déclaration suggère que l’enregistrement vidéo lui-même pourrait être considéré comme un acte de violence justifiant une riposte.
Cependant, cette interprétation est en contradiction avec la jurisprudence établie. Sept circuits fédéraux – les 1er, 3ème, 5ème, 7ème, 9ème, 10ème et 11ème – ont tous confirmé que le premier amendement protège le droit d’enregistrer l’activité policière en public.
Les défenseurs de l’application de la loi plaident pour des restrictions à l’enregistrement, arguant que cela viole la vie privée, pourrait alerter des criminels potentiels et mettre les agents en danger. L’argument principal actuel est que l’enregistrement constitue une forme de “doxing” qui pourrait permettre d’identifier les domiciles des policiers et de les menacer. Cependant, les tribunaux ont généralement rejeté ces arguments, autorisant l’enregistrement tant qu’il n’y a pas d’interférence physique avec les opérations policières ou de violation de périmètres de sécurité établis.
De plus, l’enregistrement vidéo est considéré comme une forme de discours protégée, sauf s’il est accompagné d’incitations à des actes illégaux ou de harcèlement criminel. La simple publication d’informations sur l’identité d’un agent de police ne constitue pas en soi une violation de la loi, et est même essentielle pour assurer la transparence et la responsabilité des forces de l’ordre. Comme le souligne l’organisation FIRE, le “doxing” est souvent protégé par le premier amendement.
Le droit d’enregistrer en temps réel est également crucial, car il permet de documenter les actions de la police et de les rendre publiques immédiatement. Le 9ème Circuit a statué en 1994 que toute exigence de préavis gouvernemental avant un discours politiquement chargé peut avoir un effet dissuasif sur l’expression spontanée. Ce principe s’étend au droit d’informer le public en temps réel de la présence et des actions de la police.
Ce droit ne s’applique pas seulement aux journalistes, mais aussi aux passants, aux militants et aux citoyens qui souhaitent documenter les actions de la police. L’ICE et ses alliés ont ciblé des élus démocrates, tels que Corey Paris (Connecticut), analyse Ortiz (Arizona) et Linda Stewart (Floride), pour avoir informé leurs communautés de la présence de l’ICE.
Enfin, la FCC (Federal Communications Commission), sous la direction de Brendan Carr, a enquêté sur une station de radio de San Francisco pour avoir diffusé des informations sur les opérations de l’ICE, invoquant une interprétation large de l'”intérêt public”.
Comme l’a souligné le 3ème Circuit dans l’affaire Fields contre Philadelphie, filmer la police sert des objectifs de vérité, d’information publique et de responsabilité, qui sont au cœur du premier amendement et d’une république libre. Les vidéos de l’activité policière ont souvent permis de remettre en question les récits officiels et de susciter des mouvements de réforme.
Les responsables de l’ICE et leurs alliés affirment que l’enregistrement vidéo est motivé par une volonté de nuire aux agents. Cependant, les défenseurs de la transparence soulignent que l’objectif principal est de dissuader les abus policiers et de garantir la responsabilité des forces de l’ordre. Sans la possibilité d’identifier les agents impliqués dans des actes répréhensibles, il est difficile de demander des comptes et de mettre fin aux pratiques abusives.
