Publié le 12 janvier 2026 à 17h27. Un symposium international tenu à Rabat a abouti à dix recommandations clés pour renforcer la sécurité lors des grands événements sportifs, face aux défis croissants posés par le numérique et les menaces modernes.
- Adoption d’une gouvernance sécuritaire intégrée et anticipative pour les événements sportifs majeurs.
- Nécessité d’actualiser le cadre juridique pour tenir compte des menaces numériques émergentes.
- Intégration systématique des technologies modernes et de l’intelligence artificielle dans les dispositifs de sécurité.
Plus de 300 experts représentant quinze pays et des organisations internationales de premier plan se sont réunis à Rabat du 7 au 9 janvier 2026 pour un symposium dédié à la sécurité des événements sportifs. La Fédération Internationale de Football Association (FIFA), l’ Union des Associations Européennes de Football (UEFA), la Confédération Africaine de Football (CAF), l’Organisation Internationale de Police Criminelle (Interpol), l’Office Européen de Police (Europol), le Conseil de l’Europe et l’ Union Africaine ont participé à cet événement, aux côtés de professionnels ayant contribué à l’organisation de la Coupe du Monde du Qatar 2022 et des Jeux Olympiques de Paris 2024.
Les discussions, structurées autour de sept sessions scientifiques, ont abordé un large éventail de sujets, allant des opportunités et des défis liés à l’ère numérique au rôle du sport dans la prévention de l’extrémisme violent et de la criminalité organisée. Les participants ont également examiné les meilleures pratiques internationales en matière de sécurisation, la gestion des foules, le déploiement de l’intelligence artificielle et des technologies de cybersécurité, ainsi que les aspects juridiques et judiciaires liés à la sécurité des événements.
Le symposium a permis de mettre en évidence une évolution majeure : la sécurisation des grands événements sportifs ne peut plus se limiter à une approche traditionnelle et doit intégrer pleinement les mutations numériques actuelles. Selon le communiqué final, les travaux ont constitué « un modèle réussi d’interdisciplinarité, réunissant les domaines du droit, de la sécurité, de la gestion sportive et des technologies modernes autour d’un objectif commun ».
Une gouvernance sécuritaire intégrée et anticipative
Les deux premières recommandations adoptées posent les bases d’une nouvelle approche de la sécurité sportive. Il est préconisé d’« adopter un modèle intégré de gouvernance sécuritaire pour les grands événements sportifs, fondé sur l’approche anticipative, la coordination opérationnelle et la planification sécuritaire rigoureuse ». Ce modèle doit couvrir toutes les phases de l’événement – avant, pendant et après – rompant ainsi avec une logique purement réactive.
La deuxième recommandation insiste sur la nécessité d’activer les mécanismes de coordination entre les différents acteurs impliqués : services de sécurité, autorités judiciaires, autorités territoriales et partenaires institutionnels. Ces derniers doivent élaborer les plans de sécurité « sur la base d’une analyse précise des risques et menaces liés à la nature de l’événement et à son contexte national et international », soulignant ainsi l’importance d’une méthodologie rigoureuse et d’une approche standardisée.
Un cadre juridique adapté aux menaces numériques
Les recommandations 3 et 4 portent sur la mise à jour du cadre juridique applicable aux événements sportifs. Il est demandé d’« actualiser le cadre juridique et réglementaire de la sécurité des grands événements, afin de l’adapter aux évolutions technologiques et aux menaces numériques émergentes ». Cette formulation reconnaît l’obsolescence partielle des textes existants, conçus avant l’essor du numérique et des nouvelles formes de criminalité.
La quatrième recommandation précise les contours de cette actualisation : « Établir des protocoles juridiques clairs pour l’utilisation des technologies numériques modernes (surveillance intelligente, intelligence artificielle, analyse de données), tout en garantissant le respect des droits et libertés individuels ainsi que la protection des données à caractère personnel ». L’équilibre entre efficacité sécuritaire et préservation des libertés fondamentales est au cœur des préoccupations des participants.
La technologie comme pilier de l’anticipation
Les recommandations 5, 6 et 7 constituent le volet technologique du dispositif. Il est recommandé d’intégrer systématiquement les technologies modernes et l’intelligence artificielle dans les dispositifs de sécurité, et de créer « des cellules de veille numérique et cybernétique pour la détection des menaces non conventionnelles ». Cette institutionnalisation de la veille numérique témoigne d’une prise de conscience : les menaces contemporaines se préparent et se propagent dans l’espace digital avant de se concrétiser.
La sixième recommandation affine cette orientation en appelant à « déployer des outils d’analyse intelligente et anticipative pour identifier les indicateurs de violence, d’extrémisme et d’appels à la subversion, notamment via l’espace numérique et les réseaux sociaux ». Les algorithmes d’analyse sémantique et comportementale deviennent ainsi des instruments de prévention au même titre que les dispositifs policiers traditionnels.
La septième recommandation élargit le périmètre de la cybersécurité au-delà de la détection des menaces terroristes. Elle préconise de « renforcer la cybersécurité des infrastructures numériques liées aux événements, et de lutter contre les phénomènes de désinformation et de fausses informations susceptibles de porter atteinte à l’image de l’événement ou à l’ordre public ». La guerre informationnelle est désormais considérée comme un défi sécuritaire majeur.
Une coopération internationale opérationnelle
Les recommandations 8, 9 et 10 tracent les contours d’une collaboration internationale renforcée. Il est demandé de « consolider les mécanismes de coopération internationale opérationnelle dans le domaine de la sécurisation des grands événements sportifs, à travers l’échange de renseignements, le partage d’expertises et l’harmonisation des meilleures pratiques ». Le terme « opérationnelle » souligne la volonté de passer des déclarations d’intention à des dispositifs concrets et mesurables.
La neuvième recommandation identifie les domaines prioritaires de cette coopération : « Échanger les données relatives aux menaces terroristes, à la criminalité organisée transfrontalière et aux risques cybernétiques, tout en prévenant l’exploitation du secteur sportif à des fins de blanchiment de capitaux ». Cette dernière dimension, souvent négligée, reconnaît que les grands événements sportifs attirent des flux financiers considérables susceptibles d’intéresser les réseaux criminels.
La dixième recommandation encourage à « capitaliser sur les expériences comparées et les enseignements issus de l’organisation des grands événements sportifs à l’échelle internationale ». Cette mutualisation du savoir-faire permet à chaque pays organisateur d’éviter de réinventer des solutions déjà éprouvées, générant ainsi des économies substantielles.
Les supporters comme acteurs de la sécurité
Les recommandations 11, 12 et 13 opèrent un changement de paradigme dans la gestion des publics. Il est préconisé d’« instaurer un cadre réglementaire et institutionnel de gouvernance des supporters, fondé sur la sensibilisation, l’encadrement, la discipline et l’approche participative, considérant le public comme un acteur essentiel de la réussite et de la sécurité des événements ». Cette formulation inverse la logique traditionnelle où le supporter est perçu comme une menace à contrôler pour en faire un partenaire à responsabiliser.
La douzième recommandation décline opérationnellement cette vision : « Structurer et encadrer les associations de supporters selon des normes juridiques et organisationnelles, en leur confiant des rôles d’encadrement au sein des tribunes et en privilégiant le principe de discipline participative plutôt que l’approche exclusivement répressive ». Le modèle européen des groupes de supporters organisés et reconnus par les clubs semble inspirer cette orientation.
La treizième recommandation complète le dispositif par un volet préventif : « Élaborer des programmes de sensibilisation anticipative destinés au public, notamment aux jeunes, autour des valeurs du supportérisme responsable, du rejet de la violence et du respect de l’ordre public ». L’accent mis sur les jeunes publics reflète une volonté d’agir en amont, avant le développement de comportements violents.
La formation et la recherche comme investissements de long terme
Les deux dernières recommandations portent sur le capital humain et la production de connaissances. Il est recommandé de « renforcer les capacités des ressources humaines intervenant dans la sécurisation des grands événements, à travers des programmes de formation spécialisés en sécurité numérique et en gestion des risques ». Cette exigence de professionnalisation concerne aussi bien les magistrats que les forces de l’ordre, les gestionnaires de stades et les responsables des fédérations sportives.
La quinzième et dernière recommandation appelle à « encourager la recherche scientifique et les études appliquées dans le domaine de la sécurité des grands événements, et articuler leurs résultats avec le processus décisionnel dans le cadre de politiques publiques fondées sur les preuves ». Cette référence aux « politiques fondées sur les preuves » inscrit la sécurité sportive dans une logique d’évaluation permanente et d’ajustement des dispositifs en fonction des résultats mesurés. Le communiqué final salue « les efforts remarquables déployés par le Royaume du Maroc pour le développement de son système sportif et l’accueil des grands événements sportifs, sous la conduite éclairée de S.M. le Roi Mohammed VI ».
