Publié le 8 janvier 2026 14:21:00. Alors que la Coupe du monde de football 2026 s’apprête à être organisée en Amérique du Nord, l’histoire des tournois précédents révèle une tendance troublante : l’attribution de l’événement à des régimes autoritaires ou à des nations aux pratiques contestables, une dynamique qui semble se poursuivre avec l’influence croissante des États-Unis.
- L’organisation de Coupes du monde par des régimes controversés, comme l’Italie fasciste en 1934 et l’Argentine sous la dictature militaire en 1978, a souvent été utilisée à des fins de propagande politique.
- Les actions récentes de l’administration américaine, notamment son interventionnisme accru à l’étranger, suscitent des inquiétudes quant à l’intégrité de la Coupe du monde 2026.
- La FIFA, malgré les critiques, semble continuer à privilégier les considérations politiques et économiques au détriment des valeurs éthiques et des droits de l’homme.
L’histoire de la Coupe du monde est jalonnée d’épisodes où le sport a été instrumentalisé par des régimes autoritaires. En 1934, Benito Mussolini, déjà bien établi au pouvoir en Italie, a utilisé l’organisation de la deuxième Coupe du monde de l’histoire comme un outil de propagande pour renforcer son image et son influence. Il a non seulement supervisé de près l’événement, mais a également remplacé le trophée Jules Rimet par un trophée plus imposant, symbole de sa grandeur. Pourtant, cette victoire sportive n’a pas freiné ses ambitions expansionnistes, qui se sont concrétisées par l’invasion de l’Éthiopie et l’annexion de l’Albanie à la fin de la décennie.
Quarante-quatre ans plus tard, en 1978, l’Argentine était dirigée par une junte militaire dirigée par le général Jorge Rafael Videla. Ce régime, connu pour sa répression systématique, ses tortures et ses assassinats, a accueilli la Coupe du monde tout en ignorant les protestations internationales. Jorge Rafael Videla, le chef de la junte, a même été décoré par le président de la FIFA, João Havelange, lors de la cérémonie d’ouverture. Havelange avait alors déclaré :
« Le monde peut enfin voir le vrai visage de l’Argentine. »
L’Argentine avait investi massivement dans l’organisation de la Coupe du monde, mais ces dépenses n’ont pas empêché le gouvernement de poursuivre sa politique de répression contre les dissidents et les opposants politiques. Le capitaine allemand Berti Vogts affirmait même que « l’Argentine est un pays où règne l’ordre. Je n’ai pas vu un seul prisonnier politique », minimisant ainsi la situation réelle.
En 2018, lors de la Coupe du monde en Russie, Vladimir Poutine était au pouvoir depuis quatre ans, après l’annexion de la Crimée à l’Ukraine et son soutien aux séparatistes pro-russes dans le Donbass. La FIFA n’a pas semblé s’en soucier. Ces exemples illustrent une tendance inquiétante : la FIFA semble souvent fermer les yeux sur les violations des droits de l’homme et les régimes autoritaires au nom de l’intérêt économique et politique.
Aujourd’hui, l’attention se porte sur la Coupe du monde 2026, qui sera organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, mais dont l’organisation est largement dominée par les États-Unis. Les actions récentes de l’administration américaine, notamment l’affaiblissement de son soutien à l’Ukraine, les frappes contre des bateaux soupçonnés de trafic de drogue, les menaces d’invasion du Mexique, l’annexion du Canada (co-organisateur de la Coupe du monde !) et même des revendications territoriales sur le Groenland et le canal de Panama, suscitent de vives inquiétudes. Ces actions ont provoqué un chaos géopolitique et remettent en question l’engagement des États-Unis envers les valeurs démocratiques et le droit international.
Récemment, l’enlèvement forcé et violent du président vénézuélien et de son épouse, suivi de l’annonce par Donald Trump que l’État socialiste était désormais sous contrôle américain, ont illustré cette politique interventionniste. Le président de la FIFA, Gianni Infantino, a quant à lui réaffirmé son soutien à Trump, inversant la logique des récompenses habituellement attribuées.
Les éditions précédentes de la Coupe du monde, comme celle de 2010 en Afrique du Sud et celle de 2014 au Brésil, ont également été critiquées pour leur impact négatif sur les pays hôtes. Cependant, ces critiques semblent pâlir face aux controverses entourant la Coupe du monde 2022 au Qatar, obtenue grâce à la corruption et marquée par de nombreuses morts et violations des droits de l’homme. La Coupe du monde 2030, qui se déroulera sur trois continents, risque d’aggraver l’impact environnemental du tournoi. Et la Coupe du monde 2034, déjà attribuée à l’Arabie saoudite, confirme cette tendance à privilégier les intérêts économiques et politiques au détriment des valeurs éthiques.
La Coupe du monde dominée par les États-Unis s’inscrit donc dans cette logique. Les États-Unis ne sont pas en position de donner des leçons sur les droits de l’homme, et les exemples du Qatar et de l’Arabie saoudite ne sont plus des exceptions, mais la norme. La Coupe du monde est devenue un outil au service des objectifs de personnes aux motivations douteuses. Un mouvement de boycott des fans pourrait émerger, mais l’acceptation croissante de ces pratiques laisse peu d’espoir. Le football a suivi le chemin des Jeux olympiques et de la Formule 1, qui ont depuis longtemps accepté le compromis avec les régimes controversés.
Lorsque l’histoire de la Coupe du monde sera racontée, l’édition de 2026, organisée au Canada, au Mexique et – de manière problématique et embarrassante – aux États-Unis, sera sans aucun doute considérée comme un point de non-retour.
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