Publié le 4 octobre 2025 à 12h05. Face à une pression croissante sur la profession, le barreau de Marseille a mis en place une commission dédiée à la qualité de vie et au bien-être de ses membres, afin d’identifier les causes du mal-être et de proposer des solutions concrètes.
- Une enquête récente révèle que 39 % des avocats marseillais estiment que leur qualité de vie au travail s’est détériorée.
- La commission a identifié trois chantiers prioritaires : la santé au travail, l’équilibre vie professionnelle/vie personnelle et la gestion des cabinets.
- Des dispositifs d’aide existent déjà, comme une ligne d’écoute et des bilans de compétences gratuits, mais ils restent largement méconnus.
Lancée le 2 avril 2025, la Commission Qualité de Vie au Barreau (QVB) de Marseille est née de la volonté de Marie-Dominique Poinso-Pourtal, bâtonnière, et de Jean-Michel Ollier, vice-bâtonnier, qui avaient fait de cette question un axe majeur de leur campagne électorale. Shirley Leturcq, actuelle responsable de la commission, souligne l’urgence d’agir face à une profession confrontée à des difficultés croissantes.
« Le sujet central de la qualité de vie et du bien-être au travail m’a toujours préoccupée au sein de mon cabinet », explique Shirley Leturcq. « Les fonctions de médiatrice que j’exerce m’ont également permis de découvrir l’analyse des pratiques professionnelles. »
Pour élaborer son projet, la commission s’est appuyée sur plusieurs sources, notamment le rapport du Conseil National des Barreaux (CNB) de décembre 2023 intitulé Bien-être avocat et bien-être de l’avocat : vers un nouveau paradigme. Ce rapport met en évidence des chiffres alarmants concernant les renoncements à la profession et son manque d’attractivité. La commission a également étudié les initiatives menées par d’autres barreaux, comme celui du Québec, qui propose des ressources en matière de bien-être psychologique sur son site web. Un sondage a été diffusé auprès de l’ensemble des avocats du barreau de Marseille afin de recueillir leur ressenti.
Les résultats de ce sondage confirment les inquiétudes de la commission. 39 % des participants estiment que leur qualité de vie au travail s’est détériorée, tandis que 26 % la jugent stable et 35 % perçoivent une amélioration. Cependant, 86 % des avocats interrogés affirment que leur travail est porteur de sens et 58 % se disent fiers de l’exercer. Le sondage révèle également que 80 % des répondants sont satisfaits de la qualité de leurs relations professionnelles, un facteur important pour prévenir les risques psychosociaux.
« 34 % et 33 % des confrères trouvent que le soutien à la gestion du stress est respectivement inexistant et moyen », précise Shirley Leturcq. « 57 % affirment que la charge importante de leur travail, fréquemment interrompu, nuit à la qualité de leur exercice. »
La commission QVB s’appuie sur une équipe de huit personnes, composée de quatre membres du Conseil de l’Ordre et de consœurs spécialisées dans l’accompagnement au développement personnel et professionnel. Plusieurs dispositifs d’aide sont déjà disponibles pour les avocats, notamment une ligne d’écoute proposée par la Prévoyance des Avocats au 01 55 92 17 89 et des bilans de compétences gratuits.
Le barreau de Marseille propose également des actions de soutien, notamment à travers les commissions Sauvegarde et Solidarité, qui aide les avocats confrontés à des difficultés financières, et Culture, qui propose des partenariats avec des institutions culturelles comme le Mucem ou le Théâtre de la Criée. L’École des Avocats du Sud-Est (EDASE) propose des modules de formation continue axés sur la réduction de la charge mentale et la prévention du burn-out.
La commission QVB a récemment organisé une première journée dédiée à la qualité de vie au barreau de Marseille, le 19 juin dernier. Cet événement, inédit à l’échelle nationale, a permis de sensibiliser les avocats à leurs propres besoins et de leur présenter les différentes ressources disponibles. Vingt intervenants ont participé à des conférences et des ateliers pratiques sur des thèmes tels que la gestion du stress, la réflexologie et l’utilisation de l’intelligence artificielle pour alléger la charge de travail.
« Nous voulons développer des groupes d’analyse des pratiques professionnelles qui permettent de mutualiser les compétences, de reprendre confiance, d’être reconnu par des pairs et de rompre l’isolement que génère parfois un travail sédentaire », conclut Shirley Leturcq. « Un nouveau titulaire du CAPA sur cinq ne va pas exercer. Cela signifie par conséquent qu’il y a une réelle désaffection à l’égard de notre métier. »
