Publié le 21 octobre 2025 à 23h53. Des chercheurs ont identifié deux types de bactéries intestinales capables de produire de la sérotonine, une molécule clé pour la régulation du transit intestinal et la communication entre l’intestin et le cerveau. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour comprendre et traiter des troubles digestifs comme le syndrome de l’intestin irritable (SII).
- Deux espèces bactériennes, Limosilactobacillus mucosae et Ligilactobacillus ruminis, produisent de la sérotonine à partir du 5-hydroxytryptophane (5-HTP).
- La présence de ces bactéries est associée à une meilleure innervation du côlon et à un transit intestinal plus régulier chez la souris.
- Une abondance réduite de L. mucosae a été observée chez des patients atteints du SII.
La sérotonine, souvent associée au bien-être et à la régulation de l’humeur, joue un rôle crucial dans le fonctionnement du système digestif. Environ 95 % de la sérotonine présente dans le corps humain se trouve dans l’intestin, où elle influence la motilité intestinale, la sensibilité viscérale et la vasodilatation. Des anomalies dans la signalisation de la sérotonine sont impliquées dans la pathogenèse du syndrome de l’intestin irritable (SII), un trouble digestif chronique affectant une part importante de la population.
Jusqu’à présent, on pensait que la sérotonine intestinale était principalement produite par les cellules entérochromaffines à partir du tryptophane (Trp). Cependant, des études récentes suggéraient que le microbiote intestinal pouvait moduler la production de sérotonine par l’hôte en augmentant l’expression du gène Tph1, responsable de la synthèse de la sérotonine. Bien que la sérotonine ait été détectée dans des cultures de bactéries anaérobies facultatives, comme Escherichia coli, les preuves d’une production microbienne directe de sérotonine dans l’intestin étaient jusqu’à présent limitées.
Une nouvelle étude, publiée dans la revue Cell Reports, apporte un nouvel éclairage sur cette question. Les chercheurs ont identifié deux consortiums bactériens, contenant au moins une espèce capable de métaboliser le tryptophane, qui synthétisent de la sérotonine. Plus précisément, ils ont isolé Limosilactobacillus mucosae et Ligilactobacillus ruminis comme étant les principaux acteurs de cette production. Ces deux espèces, en agissant ensemble, sont capables de transformer le 5-HTP en sérotonine, et non directement le tryptophane.
Les expériences menées sur des souris dépourvues de l’enzyme Tph1, essentielle à la production de sérotonine par l’hôte, ont confirmé que la colonisation avec ces bactéries augmente les niveaux de sérotonine dans les fèces et stimule l’innervation du côlon. La colonisation avec ces bactéries a également permis de normaliser le temps de transit intestinal chez les souris, suggérant un rôle dans la régulation de la motilité intestinale. Ces effets sont principalement locaux, sans impact significatif sur les taux de sérotonine dans le sang.
L’étude a également révélé une corrélation négative entre l’abondance de L. mucosae et la présence de selles dures chez des patients atteints du SII, suggérant que cette bactérie pourrait jouer un rôle protecteur contre la constipation. Cependant, les chercheurs soulignent que les niveaux de sérotonine ne différaient pas significativement entre les patients atteints du SII et les témoins sains.
Bien que ces résultats soient prometteurs, les chercheurs insistent sur le fait que les mécanismes précis régulant la synthèse de la sérotonine par les bactéries intestinales restent à élucider. Des études supplémentaires sont nécessaires pour déterminer si ces découvertes peuvent être transposées à l’homme et pour explorer les implications cliniques potentielles dans le traitement du SII et d’autres troubles digestifs. L’étude fait état de relations industrielles et d’une demande de brevet.
Limites : Les mécanismes de régulation de la synthèse microbienne de la sérotonine restent à déterminer. Les effets ont été démontrés chez des souris sans germes, mais les niveaux de sérotonine humaine ne différaient pas selon le statut SII.
