L’Espagne a décrété le confinement de tous les élevages de volailles en liberté face à une propagation accrue de la grippe aviaire, causée par le virus H5N1, une mesure visant à limiter les risques pour la santé animale et, potentiellement, humaine. Cette décision intervient alors que le virus se propage à une vitesse alarmante à travers le monde, touchant désormais des espèces autres que les oiseaux.
Le virus H5N1, un type de grippe A particulièrement virulent, est connu pour son taux de mortalité élevé chez les oiseaux. Repéré pour la première fois en Chine en 1997 chez des oies domestiques, il s’est ensuite diffusé sur plusieurs continents via les oiseaux migrateurs, donnant naissance à différents groupes génétiques, appelés clades. Depuis 2020, le clade 2.3.4.4b s’est particulièrement distingué, atteignant l’Amérique du Nord fin 2021 et affectant plus de 380 espèces d’oiseaux, réparties dans 52 familles et 25 ordres.
L’impact sur les populations aviaires est considérable. Le Pérou a ainsi perdu environ 40 % de ses pélicans en moins de cinq mois. La grippe aviaire est désormais présente sur tous les continents, à l’exception de l’Océanie, et les cas tendent à augmenter pendant les mois froids, bien que depuis 2020, le virus se manifeste également au printemps et en été, favorisant sa diffusion géographique.
Un aspect particulièrement préoccupant est la capacité croissante du virus à infecter des mammifères, sauvages comme domestiques. Plus de 50 espèces ont été touchées depuis 2021, notamment des ours, des loutres, des mouffettes, des éléphants de mer, des dauphins et des morses. Des dizaines de milliers d’otaries et d’éléphants de mer sont morts dans les Amériques. Le virus a même évolué pour se propager entre ces animaux, comme observé chez les éléphants de mer et dans les élevages d’animaux à fourrure en Europe.
Fin mars 2024, une nouvelle étape a été franchie avec la découverte de cas de H5N1 chez des vaches laitières aux États-Unis. Cette propagation au bétail est inattendue et révèle une capacité du virus à se multiplier dans les tissus mammaires, avec des concentrations élevées détectées dans le lait. Des analyses génomiques ont identifié des mutations qui facilitent la liaison du virus aux cellules des mammifères et sa propagation.
Jusqu’à présent, relativement peu d’infections humaines ont été signalées, environ 900 cas depuis 1997, principalement chez des personnes travaillant en contact étroit avec les volailles. Le taux de mortalité chez l’homme peut atteindre 50 %, mais la plupart des cas récents ont été bénins. Les données actuelles ne suggèrent pas que le virus ait acquis la capacité de se transmettre facilement d’une personne à l’autre, ce qui limite le risque pour la population générale.
Cependant, les scientifiques soulignent que le virus H5N1 représente une menace potentielle pour l’espèce humaine. Pour devenir pandémique, il devrait subir des mutations lui permettant de se propager plus facilement dans l’air, de se lier aux cellules humaines et d’échapper au système immunitaire. Bien que cette combinaison de mutations soit difficile à obtenir, elle n’est pas impossible, compte tenu de la capacité du virus de la grippe à muter et à se recombiner.
La surveillance étroite du monde animal est donc essentielle. Une approche intégrée, dite “One Health”, est préconisée, impliquant l’amélioration de la biosécurité dans les élevages, le renforcement de la surveillance vétérinaire (non seulement chez les volailles, mais aussi chez les bovins et les porcs) et une coordination efficace entre les secteurs de la santé publique et de la santé animale.
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