Publié le 19 décembre 2025 14h48. Une stratégie de dépistage rapide et de traitement immédiat de la syphilis a permis une baisse significative des cas en Alberta, inversant une tendance inquiétante et réduisant les risques de transmission congénitale.
- Le déploiement de tests rapides sur le lieu de soins a entraîné une diminution de 15 % des taux de positivité à Edmonton, puis de 25 % dans l’ensemble de la province.
- L’étude souligne l’importance d’une approche axée sur les communautés, notamment pour atteindre les populations éloignées ou mal desservies.
- Ces résultats ont contribué à l’approbation par Santé Canada de nouveaux tests de dépistage du VIH et de la syphilis.
L’Alberta a connu une augmentation alarmante des cas de syphilis depuis 2014, passant de 161 à 2 330 en 2019. Entre 2015 et mars 2024, 350 cas de syphilis congénitale – la transmission de la maladie de la mère à l’enfant – ont été recensés, entraînant malheureusement 61 mortinaissances. Face à cette épidémie déclarée en juillet 2019, particulièrement préoccupante au sein des communautés autochtones, les autorités sanitaires ont mis en place une stratégie innovante.
Sous la direction de la Dre Ameeta Singh, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta, une équipe a introduit des tests de dépistage rapides de la syphilis directement sur les lieux de soins. Cette approche permettait un diagnostic et un traitement immédiats, souvent dans des contextes communautaires ou des cliniques mobiles, facilitant ainsi l’accès aux soins pour les populations les plus vulnérables. L’équipe a veillé à proposer ces services de manière culturellement adaptée et respectueuse.
Le programme a été lancé à Edmonton en août 2020, puis étendu à l’ensemble de la province en mars 2022. Une analyse des données a révélé des résultats encourageants : après le déploiement à Edmonton, les taux mensuels de positivité ont diminué de 15 %. L’extension du programme à l’échelle provinciale a amplifié cette tendance, avec une baisse de 25 % observée.
« Les tests rapides n’ont pas seulement ralenti l’épidémie, ils ont également inversé la courbe et maintenant le nombre de nouvelles infections est en baisse. »
Dre Ameeta Singh, spécialiste des maladies infectieuses à l’Université de l’Alberta
Selon la Dre Singh, cette approche a permis d’atteindre les personnes vivant dans des communautés éloignées ou mal desservies, souvent négligées par les systèmes de santé traditionnels. Elle souligne l’importance de l’accompagnement et du soutien aux personnes confrontées à des obstacles à l’accès aux soins, tels que la stigmatisation, la discrimination et le racisme.
Le Dr Sean B. Rourke, directeur de REACH Nexus au MAP Centre for Urban Health Solutions de l’hôpital St. Michael’s (Unity Health Toronto), rappelle que la syphilis reste un problème de santé publique majeur au Canada, touchant particulièrement l’Alberta, la Saskatchewan et le Manitoba.
« Ces données montrent que nous pouvons avoir un impact réel en permettant à davantage de personnes de se faire dépister, de diagnostiquer et de créer des liens cruciaux vers les soins pour aider à mettre fin à cette crise sanitaire. »
Dr Sean B. Rourke, directeur de REACH Nexus au MAP Centre for Urban Health Solutions de l’hôpital St. Michael’s (Unity Health Toronto)
Cette étude, ainsi que d’autres recherches, ont contribué à l’approbation par Santé Canada d’un test combiné VIH/syphilis en 2024 et d’un autotest pour la syphilis en 2025. Les responsables de la santé insistent sur la nécessité de maintenir un accès facile et non stigmatisant aux tests de dépistage, en particulier pour les populations clés, notamment les communautés autochtones et celles vivant dans des régions éloignées.
« Le dépistage rapide de la syphilis est un élément important de la prestation de soins culturellement sécuritaires et tenant compte des traumatismes aux communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis. »
Dr Tom Wong, médecin hygiéniste en chef de Services aux Autochtones Canada
Services aux Autochtones Canada s’engage à poursuivre sa collaboration avec les partenaires et les dirigeants communautaires pour renforcer les solutions locales et favoriser la guérison et le bien-être.