Publié le 2024-05-16 10:47:00. À Gaza, des enfants traumatisés par la guerre trouvent un refuge inattendu dans la réalité virtuelle, une thérapie innovante qui leur offre un échappatoire et les aide à surmonter leurs blessures psychologiques.
- Un programme thérapeutique utilisant la réalité virtuelle est mis en œuvre à Gaza pour aider les enfants à faire face aux traumatismes de la guerre.
- Cette thérapie semble offrir des résultats plus rapides que les méthodes traditionnelles, permettant aux enfants de se réadapter et de retrouver un sentiment de sécurité.
- Près d’un million d’enfants à Gaza ont besoin d’un soutien psychologique et social après deux ans de conflit.
Dans une tente blanche dressée sur le sol sablonneux d’Al-Zawaida, au centre de la bande de Gaza, une lueur d’espoir illumine le quotidien des enfants marqués par la guerre. Grâce à des casques de réalité virtuelle, cinq jeunes patients s’évadent des horreurs qu’ils ont vécues, plongeant dans des mondes virtuels paisibles et sécurisants. L’un d’eux, assis dans un fauteuil roulant, explore des jardins luxuriants, tandis que d’autres déambulent sur des plages tranquilles ou dans des villes imaginaires, loin du bruit des bombardements et des ruines qui les entourent.
L’initiative, menée par l’organisation TechMed Gaza, vise à améliorer la santé mentale des enfants palestiniens. Selon les responsables, la thérapie par réalité virtuelle peut produire des effets bénéfiques plus rapidement que les séances de psychothérapie classiques. On observe des réactions immédiates : un enfant tend la main comme pour attraper une mouche virtuelle, un autre esquisse un sourire en tentant de toucher le paysage numérique, un troisième raconte avec enthousiasme qu’un chien court vers lui. Un enfant s’exclame même : « Vous êtes dans le même quartier que moi ! »
« Nous nous y sentons à l’aise, nous l’apprécions et, à travers lui, nous entrons dans un parc et dans des lieux avec des animaux et des expériences similaires », confie Salah Abu Rakb, 15 ans, blessé à la tête pendant le conflit, qui s’est relativement apaisé après deux ans de combats et l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu il y a plus d’un mois. Lorsqu’on lui demande ce qu’il voit, il répond simplement : « Ce ne sont que des arbres. Rien que des arbres, de l’herbe et des fleurs. »
Abdullah Abu Shamala, superviseur de la santé mentale au sein du programme, explique que les casques ne sont pas qu’un simple moyen d’évasion. « Grâce à la programmation, nous pouvons concevoir des jeux avec des objectifs thérapeutiques, préventifs et de développement qui aident l’enfant à se réadapter ou à mieux gérer sa vie », précise-t-il. Il souligne l’efficacité de cette technologie, testée pendant une année entière auprès de nombreux enfants, y compris ceux qui ont subi des amputations, des blessures graves ou qui ont été témoins d’événements traumatisants.
La situation à Gaza est particulièrement préoccupante. Theresa Zakaria, directrice des opérations de secours humanitaire à l’Organisation mondiale de la santé, rappelle que les blessures physiques infligées par la guerre laissent des séquelles psychologiques profondes. Les survivants luttent pour surmonter les traumatismes, les pertes et les difficultés de la vie quotidienne dans un environnement dévasté. Les services de soutien psychologique et social restent malheureusement rares, alors que les Nations Unies ont déclaré la famine quelques mois avant le cessez-le-feu, et que des dizaines de milliers de personnes ont été tuées et déplacées. Selon Jonathan Krekes, porte-parole du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), environ un million d’enfants – l’ensemble de la population infantile de la bande de Gaza – ont besoin d’un soutien psychologique et social après deux ans de guerre.
Les séances de réalité virtuelle sont conçues sur mesure pour les enfants traumatisés, en tenant compte de leur condition physique et psychologique. Elles visent à les aider à reconstruire une perception positive du monde. « Une fois intégrés à cette technologie, les enfants ont montré une réponse très forte et des résultats très positifs », assure Abu Shamala. Il ajoute que la vitesse de traitement et de récupération est plus rapide qu’avec les séances traditionnelles : « Lors de séances régulières sans réalité virtuelle, nous avons généralement besoin d’environ 10 à 12 séances, tandis qu’avec la réalité virtuelle, les résultats peuvent être obtenus en seulement cinq à sept séances. »
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