Publié le 27 décembre 2025 à 13h11. Face à une pénurie de chauffeurs routiers, l’Espagne se tourne vers le Pérou pour recruter du personnel, une situation qui met en lumière les défis démographiques et économiques des deux pays.
- Les entreprises de transport espagnoles, notamment Monbus, recrutent activement des conducteurs péruviens pour pallier un manque de main-d’œuvre.
- Le nombre de voyageurs en bus en Espagne a fortement augmenté ces dernières années, dépassant les 92 millions en 2023, exacerbant la demande de chauffeurs.
- Un nouveau mécanisme de régularisation de l’immigration en Espagne, via un séjour d’études pour obtenir une formation de conducteur, offre une voie d’accès à l’emploi pour les Péruviens.
L’Espagne est confrontée à une pénurie alarmante de chauffeurs routiers, avec plus de 30 000 postes vacants pour les camions et 5 000 pour les bus. Pour faire face à cette crise, les entreprises de transport se tournent vers l’étranger, et plus précisément vers le Pérou, afin de recruter du personnel qualifié. Cette tendance, révélée par un récent article du journal espagnol El País, illustre les défis démographiques et économiques auxquels sont confrontés les deux pays.
La demande de transport en bus a connu une croissance significative en Espagne ces dernières années. Selon la Fédération catalane des entreprises de transport automobile de voyageurs (FECAV), le nombre de passagers est passé de 34 millions en 2001 à 84 millions en 2019, et a dépassé ce chiffre en 2023 avec 92 millions d’utilisateurs. Cette augmentation de la demande a mis à rude épreuve le secteur, déjà confronté à des difficultés de recrutement.
Le gouvernement espagnol a réagi en lançant en novembre le Planifier la reconduction, un dispositif offrant des subventions allant jusqu’à 3 000 euros pour l’obtention des permis de conduire C et D (camions et bus). Si cette initiative a été saluée par la Confédération espagnole du transport de marchandises (CETM), celle-ci estime qu’il ne s’agit que d’un premier pas, compte tenu du coût élevé des permis et du nombre limité de personnes pouvant en bénéficier (environ 166 avec les 500 000 euros alloués).
Face à cette situation, les entreprises espagnoles se tournent vers le Pérou, un pays où la main-d’œuvre qualifiée est disponible et où les liens historiques et culturels avec l’Espagne facilitent le recrutement. Diego Carbajosa, PDG et fondateur de Talento Grupo Internacional, une agence de recrutement, explique :
« Dans notre cas, nous avons réalisé une étude technico-économique objective du monde entier et cela nous a conduit au Pérou. Nous avons la même langue, la même religion et la même base de principes et de valeurs. De plus, il existe des accords d’immigration préférentiels depuis 1959 qui stipulent essentiellement que tout Péruvien a les mêmes chances de travailler en Espagne qu’un Espagnol et vice versa. »
Talento Grupo Internacional a déjà permis à 3 228 Péruviens de trouver un emploi en Espagne au cours des trois dernières années, et prévoit d’en recruter 1 170 supplémentaires dans les six prochains mois. L’entreprise souligne que les Péruviens sont motivés par l’instabilité politique de leur pays, mais aussi par la présence d’une solide formation professionnelle et d’une culture du travail manuel.
Selon Carbajosa, les chauffeurs péruviens se distinguent par leur vocation et leur capacité d’adaptation.
« Un chauffeur de bus est un chauffeur de bus, un chauffeur de camion est un chauffeur de camion. Et cela se remarque ici. Lorsqu’ils viennent travailler ici, cette vocation est perceptible. C’est un profil bas, qui s’adapte bien, qui fonctionne bien, et qui fait aussi que les entreprises en Europe préfèrent peut-être la nationalité péruvienne aux autres, outre les avantages administratifs. »
L’insécurité croissante au Pérou est également un facteur important dans cette migration. En effet, le nombre de chauffeurs de transports publics a chuté de 56 000 en juillet 2024 à seulement 22 000 en août 2024, en partie à cause des menaces et des agressions dont ils sont victimes. Entre août 2024 et novembre 2025, environ 70 chauffeurs de transports publics ont été assassinés dans la région métropolitaine de Lima et de Callao.
Pour faciliter l’arrivée des travailleurs péruviens en Espagne, un nouveau mécanisme de régularisation de l’immigration a été mis en place, permettant aux personnes possédant un permis de conduire de suivre une formation de conducteur et d’accéder à un emploi formel. Ce séjour d’études, d’une durée d’environ un mois, est rapide (délai de 60 jours ouvrables pour l’obtention du permis de travail) et économique.
Les salaires offerts en Espagne sont considérablement plus élevés qu’au Pérou, avec un coût de la vie proportionnellement moins élevé. Edsel Benson Cárdenas, ancien chauffeur de l’entreprise Cruz del Sur, témoigne :
« Les horaires sont respectés ici. Au Pérou je gagnais 3 000 ou 3 500 soles par mois (entre 760 et 890 euros) et ici je gagne entre 2 000 et 2 500 euros. Un salaire d’ici, c’est presque trois de là-bas. »
Outre le transport, d’autres secteurs d’activité en Espagne sont ouverts aux travailleurs péruviens, notamment la logistique, l’industrie, la métallurgie, la construction, la réparation, la mécanique, le commerce de détail, l’hôtellerie, la santé et la foresterie. Cependant, Talento Grupo Internacional met en garde contre les escrocs et recommande de faire preuve de prudence lors du processus de recrutement. L’agence ne facture aucun montant aux candidats et assure un accompagnement personnalisé tout au long de la procédure.

L’insécurité serait l’un des principaux facteurs à l’origine de la diminution du nombre de chauffeurs de transports publics agréés au Pérou.
