Home NouvellesLes citoyens sont d’accord : l’exportation de matériel de guerre devrait être facilitée – Actualités

Les citoyens sont d’accord : l’exportation de matériel de guerre devrait être facilitée – Actualités

by Nicolas Lefèvre

Publié le 6 novembre 2025 à 19h28. Un compromis politique permettrait d’assouplir les règles d’exportation de matériel de guerre en Suisse, une décision qui suscite déjà l’annonce d’un référendum par la gauche.

  • L’UDC, le PLR et Le Centre se sont accordés sur une proposition visant à faciliter les exportations d’armes, notamment vers des pays occidentaux.
  • Un “frein à la neutralité” est inclus dans le texte, interdisant notamment la revente de matériel militaire à l’Ukraine.
  • La gauche annonce d’ores et déjà la préparation d’un référendum contre cette initiative.

Sous pression, l’industrie suisse de l’armement pourrait bientôt bénéficier d’un allègement des restrictions à l’exportation. Des pays comme l’Allemagne, confrontés à des difficultés d’approvisionnement, évitent actuellement la Suisse en raison de sa législation stricte. Après des années de débats, les partis bourgeois du Conseil fédéral ont trouvé un terrain d’entente, selon une information de SRF.

L’UDC, traditionnellement réticent, craignait des conséquences sur la neutralité suisse et une possible contradiction avec son initiative populaire sur ce thème. Le parti souhaitait notamment éviter que des armes suisses ne parviennent en Ukraine. Cependant, un accord a été trouvé avec le PLR et Le Centre. « Le groupe parlementaire de l’UDC soutient pleinement cette proposition », a déclaré son président, Thomas Aeschi.

Un assouplissement encadré par un « frein à la neutralité »

Cette proposition reçoit un accueil favorable, y compris au sein du Département de la défense. Le chef de l’armement, Urs Loher, la qualifie d’étape décisive pour restaurer la confiance dans l’industrie.

« Sans cela, il serait impossible de développer et d’étendre l’industrie de l’armement, et nous serions totalement dépendants des pays étrangers. »

Urs Loher, chef de l’armement

Les principaux éléments de la proposition sont les suivants :

  • En principe, tous les pays seront autorisés à réexporter le matériel militaire acheté en Suisse.
  • Le Conseil fédéral pourra toutefois exiger une garantie que le matériel reste dans le pays d’achat, notamment en cas de préoccupations liées à la neutralité, à la politique étrangère ou à la sécurité.
  • Un groupe de 15 pays occidentaux bénéficiera d’un régime privilégié, leur permettant d’acquérir du matériel militaire suisse même en cas de conflit.
  • Les livraisons seront interdites aux pays qui violent systématiquement et gravement les droits de l’homme. Le Conseil fédéral conservera également un droit de veto, par exemple si la neutralité suisse est menacée.

L’Ukraine exclue des bénéfices de l’assouplissement

Pour l’UDC, les garanties de neutralité intégrées à la proposition sont essentielles. Un accord implicite semble également exister avec le conseiller fédéral Guy Parmelin, qui s’engagerait à informer le Parlement que le Conseil fédéral ne validera pas les livraisons à l’Ukraine, même avec les nouvelles règles.

Un véhicule de combat d'infanterie à roues se dresse sur une colline. Un soldat se tient à côté.
Légende:
L’une des principales exportations de l’industrie d’armement suisse : un véhicule de combat d’infanterie à roues Piranha. Il y a trois ans, le Danemark souhaitait transmettre de tels véhicules à l’Ukraine, mais le Conseil fédéral s’y était opposé.
Keystone / Laurent Gillieron

La position du Centre est également notable. Ce parti avait contribué à durcir les règles avant la guerre en Ukraine, mais soutient désormais l’assouplissement. Le conseiller national Reto Nause explique :

« Les temps ont radicalement changé au cours des quatre ou cinq dernières années. »

Reto Nause, conseiller national (Le Centre)

Un référendum annoncé par la gauche

La Commission de politique de sécurité du Conseil national examinera la proposition la semaine prochaine. Le Conseil national et le Conseil des États devraient se prononcer en décembre. Si la coalition bourgeoise tient bon, les majorités semblent acquises, malgré l’opposition du PS et des Verts. La conseillère aux États Franziska Roth (PS) critique déjà un texte « plein de trous », soulignant que du matériel militaire suisse se retrouve déjà dans des États peu scrupuleux.

« Maintenant, cette proposition vise à creuser encore ces trous. C’est inacceptable. »

Franziska Roth, conseillère aux États (PS)

Si la proposition est adoptée, une alliance comprenant le PS, les Verts et d’autres organisations envisage sérieusement de lancer un référendum.

L’association professionnelle Swissmem a participé à l’élaboration de cette proposition. Son directeur, Stefan Brupbacher, se prépare déjà à une campagne référendaire. Il estime qu’elle peut être gagnée, notamment en insistant sur le fait que les exportations vers les pays où les droits de l’homme sont bafoués restent interdites. La confrontation avec les citoyens ne pourrait avoir lieu qu’à l’automne prochain, au plus tôt.

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