Publié le 26 novembre 2025 à 08h19. Face à l’essor rapide et aux incertitudes de l’intelligence artificielle, plusieurs grandes compagnies d’assurance américaines demandent aux régulateurs de les autoriser à exclure les risques liés à l’IA de leurs polices, révélant une inquiétude croissante quant aux dommages potentiels et imprévisibles de cette technologie.
- AIG, Great American et WR Berkley ont sollicité les autorités pour se prémunir contre les réclamations liées à l’IA.
- Les assureurs craignent des milliards de dollars de réclamations en raison du caractère expérimental de l’IA et de son manque d’antécédents financiers.
- Les politiques de cybersécurité sont particulièrement préoccupantes, l’IA étant utilisée pour développer de nouveaux types de logiciels malveillants.
À l’instar des entreprises, les compagnies d’assurance sont confrontées à un dilemme : évaluer et couvrir les risques dans un environnement économique en constante évolution. Leur rôle, fondamental, consiste à évaluer les risques financiers et à déterminer s’ils sont acceptables. En général, elles hésitent à assurer des produits nouveaux et particulièrement risqués, ou dont les conséquences sont difficiles à prévoir.
Cette approche pragmatique est essentielle à leur survie, même en période de volatilité des marchés. L’industrie assureur, par exemple, prend très au sérieux le changement climatique, conscient des conséquences potentiellement désastreuses des ouragans, des incendies de forêt et des sécheresses sur leurs résultats financiers.
Dès lors, la question se pose : quelle est la perception du secteur de l’assurance vis-à-vis de l’intelligence artificielle, une technologie encore largement expérimentale et dont les succès financiers sont rares ? Un récent article du Financial Times révèle un certain malaise. Des acteurs majeurs comme AIG, Great American (du groupe American Financial) et WR Berkley ont demandé aux autorités de régulation américaines de les autoriser à exclure toute responsabilité liée à l’IA de leurs contrats d’assurance.
Ces entreprises craignent de devoir faire face à des réclamations s’élevant à plusieurs milliards de dollars, signe d’une anxiété grandissante face aux risques que l’IA pourrait engendrer en termes de dommages coûteux et imprévisibles pour les entreprises.
WR Berkley, par exemple, souhaite obtenir le droit de ne pas couvrir les réclamations découlant de « toute utilisation réelle ou supposée » de l’IA, y compris les produits ou services intégrant ce type de logiciel. AIG, quant à elle, a présenté ces demandes d’exclusion comme une mesure de précaution, un porte-parole ayant déclaré au FT que l’entreprise n’avait « pas l’intention de les mettre en œuvre pour le moment ».
D’autres signaux témoignent d’une inquiétude croissante du secteur de l’assurance concernant les risques liés à l’IA ces derniers mois. Les politiques de cybersécurité, qui servent de filet de sécurité financier en cas de cyberattaques coûteuses (rançongiciels, violations de données), sont particulièrement préoccupantes. L’IA elle-même contribue à la prolifération de nouveaux types de logiciels malveillants et introduit de nouvelles vulnérabilités dans les entreprises qui déploient des outils d’IA.
« C’est une véritable boîte noire »,
Dennis Bertram, responsable européen de la cyberassurance chez Mosaic
Dennis Bertram, dont la société Mosaic est un assureur spécialisé dans les cyber-risques, souligne l’opacité de ces technologies. Bien que Mosaic couvre certains risques liés à des logiciels spécifiques intégrant l’IA, l’entreprise refuse de couvrir les risques associés aux grands modèles de langage (LLM) tels que ChatGPT et Claude, selon le FT.
Alors que l’économie américaine est de plus en plus dépendante de l’IA pour sa croissance, le fait que les compagnies d’assurance cherchent activement à ne pas assurer les risques liés à cette technologie n’est pas un signe encourageant.
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