Publié le 10 janvier 2026. Face à une conjoncture économique incertaine et à l’accélération de la transformation numérique, les conseils d’administration en Amérique latine, et plus particulièrement au Pérou, se réorganisent pour gagner en agilité et en réactivité.
- Les conseils d’administration se réunissent plus fréquemment, réduisant les délais de prise de décision de 30 à 40 %.
- 86 % des conseils d’administration ont intensifié leur surveillance des risques, de la stratégie et de la résilience organisationnelle.
- L’intelligence artificielle et la transformation numérique sont devenues des priorités stratégiques pour 48 % des conseils d’administration.
La pression exercée par un environnement économique volatil, les bouleversements technologiques et les évolutions réglementaires obligent les entreprises à repenser leur gouvernance. Une étude récente de Cornerstone révèle que les conseils d’administration s’adaptent en privilégiant la rapidité et la pertinence des décisions, tout en maintenant le cap sur la croissance à long terme.
Selon l’enquête 2026 sur les conseils d’administration régionaux, menée auprès de plus de 500 membres de conseils d’administration en Amérique latine, dont 27 % sont péruviens, 62 % des conseils se réunissent désormais mensuellement. Ce rythme accru permet de réduire significativement le temps nécessaire à la prise de décision, passant de plusieurs mois à quelques semaines seulement.
« Les conseils d’administration les plus efficaces aujourd’hui sont ceux capables d’agir avec une plus grande agilité et capacité de réponse »,
Diego Cubas, PDG de Cornerstone Peru et président de Cornerstone Latam
L’étude souligne également une intensification de la surveillance des risques, de la stratégie et de la résilience organisationnelle. 86 % des conseils d’administration ont augmenté leur niveau d’activité dans ces domaines, ce qui se traduit par des réunions plus fréquentes et des cycles de décision plus courts. Ce changement ne signifie pas une ingérence dans la gestion opérationnelle, mais plutôt un renforcement du rôle des conseils d’administration en tant qu’organes décisionnels éclairés, capables de relier la vision à long terme aux actions concrètes.
Parallèlement, les priorités stratégiques évoluent. Si la croissance et l’expansion restent au cœur des préoccupations (69 % des conseils d’administration), la gestion des risques politiques et réglementaires complexes (52 %) et la transformation numérique, y compris l’intelligence artificielle (48 %), gagnent en importance. Cette évolution reflète la nécessité pour les entreprises de s’adapter à un environnement en constante mutation et de se protéger contre les incertitudes.
Cependant, l’étude révèle un certain décalage entre l’importance accordée à la rapidité et l’attention portée aux enjeux de durabilité. Si la durabilité, la responsabilité sociale et la diversité sont de plus en plus présentes dans les discussions des conseils d’administration, seulement 27 % des personnes interrogées considèrent la mise en œuvre de stratégies de durabilité comme un défi majeur, et 7 % s’inquiètent de la gestion de la diversité et de l’inclusion. Ce retard contraste avec la reconnaissance croissante de l’importance du changement climatique et de la durabilité pour la réussite à long terme.
En outre, les conseils d’administration identifient des lacunes importantes en matière de connaissances sur les nouvelles technologies et les enjeux émergents. Plus de 60 % des membres interrogés reconnaissent un manque de compréhension de l’intelligence artificielle et de son impact sur les entreprises, tandis que plus de 50 % admettent des lacunes en matière de cybersécurité et de protection des données.
Rotation des dirigeants
Luis Leey, associé et PDG d’Amrop Perú, une société spécialisée dans la recherche et l’évaluation de talents, souligne que la rapidité accrue des décisions se traduit par une moindre tolérance aux erreurs de la part des dirigeants.
« Compte tenu de cette rapidité, les conseils d’administration tolèrent moins les erreurs des directeurs généraux et des PDG. »
Luis Leey, associé et PDG d’Amrop Perú
En 2025, le taux de rotation des PDG dans les grandes entreprises (chiffre d’affaires supérieur à 500 millions de dollars) a atteint 15 %, avec une durée moyenne de mandat de 4,5 ans.
En 2025, le taux de rotation des PDG ou des directeurs généraux était de 15 % dans les grandes entreprises dont le chiffre d’affaires était supérieur à 500 millions de dollars, et la durée moyenne d’ancienneté dans ces organisations est de 4,5 ans.
« Toutes ces grandes entreprises ont des conseils d’administration et, plus leur chiffre d’affaires est élevé, les conseils d’administration ont aussi moins de tolérance aux écarts, aux mauvaises décisions ou aux baisses de ventes. Il n’y a pas tellement de paternalisme. Ainsi, quand il faut faire des changements stratégiques, les grandes entreprises ne tardent pas. Si la situation a changé, comme elles ont une bonne gouvernance, le changement sera plus rapide », explique Leey.
Les secteurs de l’énergie, du pétrole et du gaz affichent la durée d’occupation la plus courte (4 ans), tandis que l’agroalimentaire, les boissons et l’alimentation enregistrent une ancienneté moyenne de 8 à 8,5 ans pour les directeurs généraux.
Année électorale
Pour 2026, année électorale, Diego Cubas souligne l’importance pour les conseils d’administration de se concentrer sur les plans stratégiques de l’entreprise et de s’assurer de disposer de dirigeants capables de comprendre les dynamiques locales et d’anticiper les changements potentiels.
« L’une des principales responsabilités du conseil d’administration est de nommer le PDG de l’entreprise. Il devra donc être prudent dans l’analyse du PDG dont il a réellement besoin », conclut-il.
La coexistence entre la génération X, les Millennials et la génération Z transforme la dynamique de travail et exige de nouveaux styles de leadership plus empathiques, flexibles et numériques. Photo : avec l’aimable autorisation.
Dans ce contexte, Luis Leey ajoute que les dirigeants doivent tirer parti des opportunités offertes par l’intelligence artificielle et être conscients des défis posés par la situation géopolitique, tant au niveau local qu’international. Dans un environnement où les conseils d’administration valorisent de plus en plus la rapidité de prise de décision et la capacité d’adaptation, combler les lacunes en matière de connaissances et équilibrer l’urgence avec la planification stratégique sera essentiel pour maintenir la compétitivité et la résilience des organisations de la région.