Publié le 16 décembre 2025 à 14h35. De plus en plus fréquentes en Afrique, les coupures d’Internet sont utilisées par les gouvernements pour réprimer la dissidence et contrôler l’information, une tendance analysée dans une nouvelle étude comparative menée par des chercheurs africains.
- Entre 2016 et 2024, 193 interruptions intentionnelles de l’accès à Internet ont été recensées dans 41 pays africains.
- Ces coupures, souvent ordonnées par l’État et mises en œuvre par des opérateurs privés, violent les droits fondamentaux tels que la liberté d’expression et le droit à l’information.
- La sophistication de ces interruptions augmente, avec des fermetures ciblées sur des régions spécifiques ou des sites web précis.
Une nouvelle étude comparative, fruit du travail de chercheurs africains, met en lumière l’ampleur croissante des coupures d’Internet sur le continent. Co-dirigée par Felicia Anthonio, militante pour les droits numériques, et le chercheur Tony Roberts, cette analyse approfondie révèle que ces interruptions ne sont ni légales, ni nécessaires, ni proportionnées au regard du droit international des droits de l’homme.
Selon les auteurs, ces coupures visent à entraver la libre circulation de l’information et à perturber la vie sociale, économique et politique. Elles coïncident fréquemment avec des élections ou des manifestations pacifiques, dans le but de réprimer l’opposition et d’empêcher la couverture médiatique indépendante.
Le rapport cite plusieurs exemples frappants. Au Sénégal, cinq coupures d’Internet en trois ans ont limité l’accès des citoyens à l’information essentielle, notamment dans les domaines du travail, de l’éducation et de la santé. En Zimbabwe, le gouvernement a coupé l’accès à Internet en 2019 pour étouffer les manifestations antigouvernementales. En Éthiopie, les coupures sont souvent programmées pour coïncider avec la répression des manifestations et empêcher la diffusion d’images de violences policières.
L’étude souligne également la sophistication croissante de ces pratiques. Les gouvernements ont désormais la capacité de cibler des fermetures partielles, isolant des provinces spécifiques ou des sites web particuliers. Des États étrangers, des régimes militaires et des parties belligérantes utilisent également la coupure d’Internet comme une arme de guerre, en ciblant et en détruisant les infrastructures de télécommunications, comme le démontre une étude à ce sujet.
L’Éthiopie est le pays africain le plus touché par les coupures d’Internet au cours des dix dernières années, avec 30 interruptions recensées. Les régions d’Oromo et d’Amhara sont particulièrement concernées, les coupures étant souvent utilisées pour étouffer la dissidence et empêcher la couverture médiatique des opérations de sécurité. Le rapport indique que l’Éthiopie illustre parfaitement la manière dont les coupures d’Internet reflètent et amplifient les tensions politiques et ethniques existantes.
L’étude rappelle également les racines coloniales de ces pratiques. Au Zimbabwe, les premières restrictions médiatiques ont été imposées par les autorités britanniques pour réprimer les appels à l’indépendance politique. Après l’indépendance, le gouvernement a continué à utiliser le contrôle des médias pour diffuser de la désinformation et restreindre l’expression de l’opposition.
Le Soudan a connu 21 coupures d’Internet au cours de la dernière décennie, une tendance exacerbée par l’intensification des conflits politiques et militaires. L’État a systématiquement perturbé l’accès à Internet lors de manifestations et de périodes de troubles, en particulier en réponse aux mouvements de résistance et aux soulèvements civils. Une étude sur l’impact socio-économique de ces coupures au Soudan est disponible en ligne.
Malgré la répression, les militants résistent en utilisant des réseaux privés virtuels (VPN) pour masquer leur localisation, des connexions satellite indépendantes et des cartes SIM étrangères. Ils continuent également à organiser des manifestations sur le terrain. Au Nigeria, la forte mobilisation de la société civile et la capacité à contester les coupures devant les tribunaux ont permis d’obtenir une décision de justice reconnaissant l’illégalité de ces interruptions. Le gouvernement a été contraint de rétablir l’accès à Internet.
En 2025, les chercheurs observent une augmentation globale du nombre de coupures d’Internet, mais aussi une résistance croissante. La capacité des gouvernements à cibler des zones spécifiques est préoccupante, mais la mobilisation de la société civile et l’utilisation de technologies de contournement offrent des perspectives d’espoir.
Pour éviter ces coupures, les auteurs soulignent l’importance de respecter les droits fondamentaux, tels que la liberté d’expression, le droit à l’information et le droit à la participation à la vie publique, tant hors ligne qu’en ligne. Les gouvernements africains sont signataires de la Convention universelle des droits de l’homme et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, mais ils ne respectent pas toujours ces engagements. Les entreprises privées de télécommunications et d’Internet ont également un rôle à jouer en refusant de coopérer aux violations des droits de l’homme et en s’engageant à protéger la liberté d’expression en ligne.
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