Publié le 27 septembre 2025 à 23h13. L’expansion du trafic de drogue dans la région métropolitaine de Buenos Aires est alimentée par la collusion entre les forces de l’ordre et les réseaux criminels, ainsi que par des infrastructures routières déficientes, selon des sources au sein des ministères de la Sécurité et de la Justice.
- Des enquêtes révèlent un réseau complexe de trafic de drogue s’étendant sur plusieurs municipalités de la province de Buenos Aires et de la ville autonome.
- Le manque de coordination entre les forces de police provinciales et métropolitaines entrave les efforts pour lutter contre le narcotrafic.
- L’autoroute Presidente Perón est identifiée comme une voie majeure de circulation de la drogue dans la région.
Le triple meurtre survenu cette semaine à Florencio Varela, où trois femmes ont été assassinées, a mis en lumière les failles béantes dans la lutte contre le narcotrafic dans la région métropolitaine de Buenos Aires (AMBA). L’affaire, ainsi que d’autres incidents récents, révèle une porosité croissante entre les forces de l’ordre et les organisations criminelles, et une incapacité à contrôler les flux de drogue qui traversent la province.
Selon un haut fonctionnaire du ministère de la Sécurité de Buenos Aires, cité par La Nación, la collusion entre la police métropolitaine et les narcotrafiquants est indéniable.
« Voulez-vous qu’une opération anti-drogue échoue ? Faites-y participer la police de Buenos Aires. »
Vétéran du ministère de la Sécurité de Buenos Aires
Un autre responsable du ministère confirme cette analyse, soulignant un manque criant de confiance et de coopération entre les différentes forces de l’ordre.
« Il y a un manque de travail conjoint, un manque de confiance. »
Haut fonctionnaire du ministère de la Sécurité de Buenos Aires
La ville de Buenos Aires, avec ses 3 millions d’habitants et l’afflux quotidien de 3,5 millions de personnes supplémentaires, est décrite comme un véritable « accordéon » par une ancienne responsable de la police de Buenos Aires. Elle explique qu’un simple contrôle routier peut permettre de saisir quelques kilos de drogue, mais imagine l’ampleur du trafic qui parvient à passer inaperçu.
Les chiffres sont alarmants. En février dernier, une voiture ayant grillé un feu rouge a été interceptée par la police métropolitaine à Belgrano, révélant 5 kilos de cocaïne dans le coffre. Un mois plus tôt, un contrôle routier dans le quartier d’Almagro avait permis de saisir 14 pains de cocaïne et 130 doses prêtes à la vente, pour un total de 17 kilos.
Les autorités et les experts interrogés par La Nación s’accordent à pointer du doigt les principales voies d’accès et de sortie de la ville comme des points névralgiques du trafic de drogue. L’autoroute Presidente Perón est particulièrement citée, considérée comme la principale « route de la drogue » de l’AMBA. Un rapport confidentiel de la police de Buenos Aires identifie quatre sections spécifiques de cette autoroute comme des zones à risque : Ituzaingó, Merlo et La Matanza ; Ezeiza ; Cañuelas, San Vicente et Presidente Perón ; et Florencio Varela et Berazategui.
Le triple crime de Florencio Varela, qui a débuté dans la villa 1.11.14 de Buenos Aires, s’est achevé à Villa Vatteone, à Varela, illustre parfaitement la nature interjuridictionnelle du trafic de drogue. L’affaire rappelle également d’autres incidents récents, comme le meurtre d’Alberto Maycoll Guzmán Sánchez en octobre 2023, retrouvé mort à Merlo après avoir été torturé, et une fusillade en 2021 à Florencia Varela qui avait fait quatre morts.
Le manque d’investissement dans les infrastructures routières aggrave la situation. Le président Javier Milei a suspendu tous les projets de travaux publics, y compris ceux visant à achever l’autoroute Presidente Perón, laissant des portions de la route sans éclairage ni caméras de surveillance. Cette situation est critiquée par le ministère de la Sécurité de Buenos Aires, qui estime que la province ne prend pas ses responsabilités.
Les tensions entre la ville de Buenos Aires et la province sont également un obstacle à la lutte contre le narcotrafic. Les responsables de Buenos Aires accusent la province d’être un foyer de criminalité, tandis que la province rétorque que la ville est le principal lieu de consommation de cocaïne du pays.
« La ville est l’endroit où la cocaïne est le plus consommée dans tout le pays, en raison du pouvoir d’achat de ses habitants. »
Ancien responsable de Buenos Aires
Malgré ces difficultés, des enquêtes sont en cours, notamment par le bureau de la narcominalité (Procuración), dirigé par le procureur Diego Iglesias. Des opérations conjointes entre les forces de police provinciales et métropolitaines sont parfois organisées, comme la récente intervention dans la villa 21-24 de Barracas. Cependant, ces collaborations restent exceptionnelles, la plupart du temps, chaque force agissant de manière indépendante.
L’évêque de San Justo, Eduardo García, déplore l’absence de l’État et la culture de destruction qui en découle.
« Le manque répété de politiques publiques devient, en pratique, la complicité. »
Eduardo García, évêque de San Justo
Les prêtres travaillant dans les villas et les quartiers populaires soulignent que le narcotrafic prend une place de plus en plus importante dans la vie des habitants, offrant des prêts, se livrant à la traite des êtres humains et à d’autres activités illégales. Ils appellent à un État présent, intelligent et efficace.
