Publié le 14 novembre 2023. Une nouvelle étude européenne remet en question les recommandations actuelles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant les édulcorants artificiels, suggérant qu’ils pourraient aider à la perte de poids et favoriser un microbiote intestinal sain.
- Les preuves concernant l’impact des édulcorants artificiels sur la perte de poids et la santé intestinale restent mitigées.
- Cette étude suggère que les substituts de sucre pourraient contribuer à une perte de poids modeste et à une augmentation des bactéries intestinales bénéfiques.
- Compte tenu des limites de l’étude, notamment les conflits d’intérêts potentiels et un taux d’abandon élevé, il est conseillé de privilégier une alimentation équilibrée et de limiter la consommation de sucre et de ses substituts.
La gestion du poids est souvent source de confusion, avec des recommandations contradictoires abondant sur internet. Cependant, les experts s’accordent généralement sur le fait qu’une consommation excessive de sucre ajouté peut favoriser la prise de poids.
Contrairement aux sucres naturels présents dans les fruits, les légumes et les produits laitiers, les sucres ajoutés se trouvent principalement dans les aliments ultra-transformés tels que les sodas, les boissons énergisantes, les pâtisseries et les confiseries. Ils peuvent également se cacher dans des aliments inattendus, comme les sauces pour pâtes et les vinaigrettes.
Face à la volonté de réduire l’apport en sucre et en calories, de nombreuses personnes se tournent vers les édulcorants artificiels, tels que l’aspartame, le sucralose et les alcools de sucre. L’aspartame et le sucralose sont créés en laboratoire, tandis que les alcools de sucre, bien que commercialement fabriqués, sont conçus pour être chimiquement similaires à ceux que l’on trouve naturellement dans certains fruits.
Bien que certains s’interrogent sur la sécurité des édulcorants artificiels, la Food and Drug Administration (FDA) américaine les considère généralement comme sûrs (GRAS – Generally Recognized As Safe). Cela signifie que, à ce jour, ils sont soutenus par des données scientifiques attestant de leur conformité aux normes de sécurité de la FDA et qu’ils ne présentent pas de risque avéré pour les consommateurs.
L’efficacité des édulcorants artificiels pour la perte de poids reste toutefois incertaine. Certaines études suggèrent qu’une consommation régulière pourrait perturber le microbiote intestinal, entraînant un déséquilibre (dysbiose) – une prolifération de bactéries potentiellement nocives et une diminution des bactéries bénéfiques. La dysbiose a été associée à des difficultés de perte de poids.
En 2023, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a émis un avis déconseillant l’utilisation d’édulcorants artificiels (qu’elle appelle édulcorants non sucrés ou NSS) pour contrôler le poids et prévenir les maladies chroniques. Cette conclusion était basée sur une vaste revue systématique des données disponibles à l’époque.
Une récente étude européenne, publiée dans la revue Nature Metabolism, remet en question cet avis de l’OMS. L’étude a recruté 341 adultes (âgés de 18 à 65 ans, avec un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 25 kg/m2, ce qui les classe en surpoids ou obèses) et 38 enfants (âgés de 6 à 12 ans, avec un IMC supérieur au 85e centile pour leur âge). Tous les participants consommaient régulièrement des produits contenant du sucre, n’utilisaient pas de médicaments amaigrissants et n’avaient jamais subi de chirurgie bariatrique.
Pendant un an, les participants ont été répartis aléatoirement en deux groupes. Les adultes ont suivi un régime hypocalorique pendant les deux premiers mois, tandis que l’objectif pour les enfants était de maintenir leur poids. Pendant les mois suivants, les deux groupes ont été encouragés à adopter une alimentation saine, en limitant leur consommation de sucre ajouté à moins de 10 % de leur apport énergétique total. Un groupe a été autorisé à consommer des aliments et des boissons contenant tous les édulcorants artificiels disponibles dans le commerce, tandis que l’autre groupe n’en a pas consommé.
Les chercheurs ont évalué l’évolution du poids corporel, la composition du microbiote intestinal, le tour de taille, la composition corporelle et les facteurs de risque de diabète et de maladies cardiaques (tension artérielle, glycémie, taux de cholestérol et de triglycérides) grâce à des analyses de sang, de selles et d’urine.
Après analyse statistique, les chercheurs ont constaté que les deux groupes avaient maintenu leur perte de poids après 12 mois, le groupe consommant des substituts de sucre pesant en moyenne 1,6 kg (3,5 livres) de moins que l’autre. Bien que statistiquement significative, cette différence pourrait ne pas être cliniquement pertinente.
Le groupe consommant des substituts de sucre présentait également un microbiote intestinal plus riche en bactéries produisant des acides gras à chaîne courte (AGCC), des sous-produits de la fermentation des fibres alimentaires jouant un rôle crucial dans l’énergie et l’immunité. De plus, ce groupe a montré une diminution du taux de cholestérol après six mois et du tour de hanche après 12 mois. Cependant, ces bénéfices ont diminué après 12 mois.
L’étude présente des limites importantes. Cinq des auteurs ont reçu des financements ou ont travaillé pour des entreprises et des associations liées à la production d’édulcorants artificiels, telles que Nestlé, Unilever et l’International Sweeteners Association. Ces conflits d’intérêts potentiels soulèvent des questions sur la fiabilité des résultats. De plus, le taux d’abandon des participants (40 %) a réduit la taille des groupes à la fin de l’étude, ce qui affaiblit les données. Les auteurs reconnaissent également que l’apport calorique des participants a pu être sous-estimé et qu’ils n’ont pas mesuré directement les AGCC dans l’intestin.
Bien que l’étude suggère que l’inclusion de produits contenant des édulcorants artificiels pourrait favoriser une perte de poids modeste, ces limites rendent difficile l’attribution d’une grande importance aux résultats. Le jury est encore divisé sur la question, mais les édulcorants artificiels peuvent être utiles si vous avez du mal à réduire votre consommation de sucre ajouté.
Malgré leur classification GRAS par la FDA, l’OMS continue de recommander d’éviter les édulcorants artificiels. Il est important de noter qu’un ingrédient considéré comme sûr aujourd’hui peut être remis en question à l’avenir, à mesure que de nouvelles recherches sont menées. L’histoire de l’huile végétale bromée et de la margarine en témoigne.
Si vous souhaitez réduire votre consommation de sucre ajouté, vous pouvez opter pour des alternatives comme le sirop d’érable et le miel. Ces édulcorants sont métabolisés de la même manière que le sucre, mais peuvent vous aider à éviter une consommation excessive. Cependant, une consommation modérée de collations ou de boissons sucrées artificiellement peut être acceptable.
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En conclusion, cette étude suggère que l’utilisation d’édulcorants artificiels pourrait aider à maintenir une perte de poids modeste et à favoriser un microbiote intestinal sain. Cependant, la signification clinique de ces changements reste incertaine et les recherches sont mitigées. Il est conseillé de privilégier une alimentation équilibrée et de limiter la consommation de sucre et de ses substituts.
Si vous évitez les édulcorants artificiels et vous en tenez au sucre, essayez de suivre les recommandations actuelles, qui limitent l’apport en sucre ajouté à moins de 10 % de l’apport calorique quotidien. Pour des recettes naturellement sucrées, découvrez notre sélection de desserts méditerranéens sans sucre ajouté, notamment nos mini tartes aux pommes sans sucre ajouté, nos biscuits à l’avoine végétaliens sans sucre ajouté, ou un smoothie coloré aux fruits.
