Home Des sportsLes élus européens réclament une enquête sur les liens entre Trump et la FIFA

Les élus européens réclament une enquête sur les liens entre Trump et la FIFA

by Camille Renault
Le "sursis" de Folarin Balogun : un précédent technique contesté

Des dizaines de députés européens exigent, ce 8 juillet 2026, une enquête sur le président de la FIFA, Gianni Infantino. Les élus dénoncent une perversion de la justice sportive après que la suspension d’un joueur américain, Folarin Balogun, a été levée suite à l’intervention directe du président Donald Trump.

Le “sursis” de Folarin Balogun : un précédent technique contesté

Le "sursis" de Folarin Balogun : un précédent technique contesté
Photo: Le Matin.ma

Le déclencheur de la crise remonte au 1er juillet, lors du seizième de finale opposant les États-Unis à la Bosnie-Herzégovine. L’attaquant américain Folarin Balogun a été expulsé après intervention de la VAR pour un geste sur le défenseur Tarik Muharemovic. Selon les règles habituelles, un carton rouge direct entraîne une suspension automatique pour le match suivant, ce qui aurait privé les États-Unis de leur meilleur buteur pour le huitième de finale contre la Belgique.

Le scénario a basculé le 5 juillet. Le Matin.ma rapporte que la Commission de discipline de la FIFA a autorisé Balogun à jouer, non pas en annulant le carton rouge, mais en suspendant l’exécution de la peine pour une période probatoire d’un an. La FIFA s’est appuyée sur l’article 27 de son Code disciplinaire pour justifier ce sursis.

Cette manœuvre technique a provoqué l’ire de la Fédération belge, qui a opposé l’article 66.4 du même code, stipulant l’automaticité de la suspension. L’UEFA a été encore plus tranchante, qualifiant cette décision d’ inédite, incompréhensible et injustifiable.

L’offensive des députés européens et l’alerte de FairSquare

L'offensive des députés européens et l'alerte de FairSquare
Photo: L'Équipe

La réaction politique a été immédiate. Des députés européens, dont Barry Andrews, Lara Wolters et Niels Fuglsang, ont mobilisé 35 de leurs collègues pour demander aux fédérations nationales de l’UE de pousser la Commission d’éthique de la FIFA à enquêter sur Gianni Infantino. Ils accusent le patron du football mondial d’avoir cédé aux exigences de l’administration Trump.

Parallèlement, l’ONG FairSquare a porté l’affaire devant la commission d’éthique du Comité international olympique (CIO). L’organisation souligne que le serment des membres du CIO impose d’agir indépendamment des intérêts politiques. FairSquare accuse Infantino de violations répétées de cette neutralité, notamment en faisant l’éloge de la politique intérieure du président américain.

Le Prix de la Paix et la rupture de la neutralité politique

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L’affaire Balogun n’est pas un incident isolé, mais le sommet d’une proximité croissante. En décembre 2025, Gianni Infantino a décerné un “Prix de la paix” inédit à Donald Trump. Cinquante députés européens issus de treize pays différents ont exigé que la FIFA clarifie les critères et les modalités de cette récompense, dont les détails n’ont jamais été rendus publics.

Pour FairSquare, cette attitude menace l’intégrité même de l’instance. L’ONG et la Fédération norvégienne de football — seule nation membre de la FIFA à soutenir officiellement cette démarche — invoquent une violation de l’article 15 du code d’éthique sur le devoir de neutralité. Si cette violation est avérée, les responsables encourent une amende d’au moins 10 000 francs suisses et une suspension d’activité pouvant atteindre deux ans.

L’ampleur de la contestation rappelle les crises de gouvernance passées. FairSquare a d’ailleurs comparé cette situation à l’intervention du Parlement européen en 2015, lorsque celui-ci avait appelé Sepp Blatter à démissionner.

Entre déni de la FIFA et satisfaction de Donald Trump

Entre déni de la FIFA et satisfaction de Donald Trump

Face à la tempête, Gianni Infantino a adopté une posture défensive. Dans un communiqué relayé par Franceinfo, il a admis avoir communiqué avec le président américain, tout en affirmant que la décision disciplinaire était indépendante.

“J’ai effectivement reçu un appel du président Donald Trump, tout comme je reçois des appels de chefs d’Etat, de responsables gouvernementaux, d’acteurs du monde du football et de dirigeants d’entreprises du monde entier sur de nombreux sujets différents”
Gianni Infantino, président de la FIFA

De son côté, Donald Trump n’a pas caché son influence. Depuis la Maison-Blanche, il a qualifié la décision de la FIFA de vraiment brillante, affirmant que l’absence de Balogun aurait laissé une grosse tache sur le Mondial. Il s’en est même pris à l’arbitre brésilien Raphael Claus, le jugeant un peu suspect si l’on regarde son passé, sans toutefois préciser ses accusations.

L’agitation politique n’a pas produit le miracle sportif espéré. Malgré le retour de Balogun, les États-Unis ont été lourdement battus par la Belgique (1-4) en huitièmes de finale. Cette élimination a laissé un goût amer, même chez certains partisans du président américain.

L’Équipe a recueilli des témoignages au Texas où l’intervention de Trump a été perçue avec scepticisme. Certains supporters, bien qu’ayant voté pour lui, estiment qu’il n’aurait pas dû s’impliquer dans la gestion technique du sport, traitant l’affaire comme une négociation d’affaires.

L’affaire laisse désormais la FIFA face à un dilemme de crédibilité. Alors que les appels à la démission s’intensifient, notamment via des pétitions et des éditoriaux cinglants dans la presse britannique, l’instance doit décider si elle ouvre une enquête interne ou si elle maintient le silence face aux pressions du Parlement européen et du CIO.

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