Publié le 26 novembre 2025 à 05h30. Washington envisage d’utiliser une partie des avoirs russes gelés pour financer la reconstruction de l’Ukraine, une proposition qui suscite des tensions avec l’Union européenne, qui privilégie une approche basée sur des prêts.
- Les États-Unis proposent de mobiliser jusqu’à 100 milliards de dollars d’actifs russes gelés en Europe pour un fonds de reconstruction ukrainien, avec une part des bénéfices revenant à Washington.
- L’Union européenne, via la Commission européenne, propose un prêt de 140 milliards d’euros à l’Ukraine, garanti par les futurs revenus des avoirs russes.
- La Belgique exprime des réserves quant à ce plan, craignant d’être tenue responsable en cas de contestation juridique ou de confiscation d’avoirs européens par la Russie.
La question de l’utilisation des quelque 300 milliards de dollars d’actifs russes immobilisés depuis plus de trois ans, suite à l’invasion de l’Ukraine, divise les capitales occidentales. La majorité de ces fonds sont détenus par Euroclear, un prestataire de services de paiement basé en Belgique. Seuls les revenus générés par ces actifs – plus de 6 milliards d’euros en 2024 – ont jusqu’à présent été affectés à l’Ukraine.
L’impasse actuelle sur l’aide financière américaine à Kyiv, depuis l’arrivée de Donald Trump à la présidence, et la recherche de nouvelles sources de financement par les gouvernements européens ont relancé le débat sur l’utilisation des avoirs gelés. Un prêt de 50 milliards de dollars, garanti par les futurs revenus des actifs russes, avait été accordé à l’Ukraine en décembre dernier selon le département du Trésor américain.
En septembre, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, avait présenté une solution potentielle : un prêt sans intérêt de 140 milliards d’euros à l’Ukraine, remboursable uniquement si Moscou indemnise le pays pour les destructions causées par la guerre. La question de savoir ce qui se passerait en l’absence d’indemnisation reste en suspens, notamment si les fonds gelés seraient alors utilisés comme garantie. Une analyse de la NZZ avait déjà souligné les défis juridiques liés à cette approche.
Le gouvernement belge a exprimé son scepticisme face à ce projet, craignant d’être tenu responsable en cas de litige avec la Russie. Le Premier ministre belge, Bart De Wever, a clairement indiqué en octobre que tous les États membres de l’UE seraient solidairement responsables si, par exemple, des fonds publics devaient être débloqués suite à une décision de justice ou si la Russie confisquait des avoirs européens en représailles.
Selon une porte-parole de la Commission européenne, l’institution maintient sa position. Cependant, le plan de paix proposé par l’administration Trump, qui prévoit une part des bénéfices pour les États-Unis, a compliqué la situation. L’Europe a réagi en présentant une contre-proposition, plus favorable à ses intérêts et à ceux de l’Ukraine, qui privilégie la reconstruction financée par des réparations russes, les avoirs russes restant gelés jusqu’à leur versement.
Le coût total de la reconstruction de l’Ukraine est estimé à 524 milliards de dollars, soit près de trois fois son produit intérieur brut annuel, selon une étude de la Banque mondiale publiée en février 2025. L’Ukraine a également besoin d’environ 65 milliards de dollars supplémentaires pour combler son déficit budgétaire, et négocie actuellement une aide financière de 8 milliards de dollars avec le Fonds monétaire international comme le rapporte Bloomberg.
Le plan américain, négocié en secret par l’envoyé spécial Steve Witkoff, met en lumière une approche pragmatique de la politique étrangère américaine sous la présidence Trump, axée sur les intérêts économiques. En cas de capitulation de l’Ukraine et de refus de Moscou de payer les réparations, l’UE devrait alors assumer une part importante du financement de la reconstruction.