Publié le 10 janvier 2026 04:52:00. Washington met en garde le Pérou contre une influence croissante de la Chine dans la région, notamment dans des secteurs stratégiques comme l’énergie et les infrastructures, ravivant les tensions géopolitiques et économiques entre les deux superpuissances.
- Les États-Unis considèrent la Chine comme une menace pour la sécurité de l’hémisphère occidental.
- Le commerce entre le Pérou et la Chine dépasse largement celui avec les États-Unis, atteignant 43,3 milliards de dollars en 2024.
- Le capital chinois domine des secteurs clés de l’économie péruvienne, notamment l’électricité, la logistique portuaire et les investissements dans les infrastructures.
Dans le cadre d’une réunion avec des responsables péruviens, les États-Unis ont exprimé leur inquiétude face à l’expansion de l’influence chinoise au Pérou, un pays considéré comme un partenaire commercial important pour les deux nations. Selon des propos rapportés par l’ambassade américaine, le sénateur Marco Rubio a déclaré :
« Nous ne permettrons pas que l’hémisphère occidental soit une base d’opérations pour les adversaires, concurrents et rivaux de l’Amérique. »
Marco Rubio, sénateur américain
Cette mise en garde intervient dans un contexte de tensions commerciales croissantes entre Washington et Pékin, et souligne la volonté américaine de maintenir son influence dans la région.
La Maison Blanche a également souligné que sa priorité reste la sécurité et la prospérité des États-Unis. Elle a précisé que la lutte contre le trafic de drogue est son objectif principal, et non une intervention directe au Venezuela.
« La guerre est contre les organisations de trafic de drogue et non contre le Venezuela. »
Le Pérou se trouve ainsi dans une position délicate, tiraillé entre ses liens économiques étroits avec la Chine et les pressions américaines. En 2024, les échanges commerciaux entre le Pérou et la Chine ont atteint 43,3 milliards de dollars, presque le double du volume des échanges avec les États-Unis, qui s’élève à environ 26,7 milliards de dollars selon les données officielles. Les chiffres du commerce Pérou-Chine en 2024 témoignent de cette prédominance.
La Chine est particulièrement présente dans les secteurs minier et énergétique, tandis que les États-Unis jouent un rôle clé dans les services, les exportations agricoles et les flux financiers. Le capital chinois contrôle intégralement les entreprises électriques de la région métropolitaine de Lima, participe aux opérations minières et gère le mégaport de Chancay, le plus important de la région. De plus, la Chine manifeste un intérêt marqué pour la construction d’infrastructures ferroviaires, routières et portuaires dans le cadre de la « nouvelle route de la soie ». Des investissements importants ont également été réalisés dans les secteurs de l’électricité, du pétrole, de la pêche et de la finance, avec la présence d’institutions comme ICBC et Bank of China.
Juan Acosta, professeur d’administration et de commerce international à l’UPC, estime que cette annonce américaine pourrait « réactiver les alertes et faire pression sur le Pérou pour qu’il mette fin aux investissements chinois dans notre pays ». La présence chinoise dans l’économie péruvienne est donc scrutée de près par Washington.
L’inauguration du mégaport de Chancay, où le président chinois Xi Jinping a souligné que ce terminal consoliderait le Pérou comme un axe de connexion entre l’Asie et l’Amérique latine, n’a pas échappé à l’attention des États-Unis. Déclaration de Xi Jinping lors de l’inauguration du port de Chancay. L’administration Trump avait même menacé d’imposer des droits de douane allant jusqu’à 60 % sur les produits transitant par Chancay, signalant que les infrastructures sont devenues un terrain de conflit géoéconomique.
Luis Miguel Castilla, directeur exécutif du Videnza Instituto, tempère cependant ces inquiétudes. Il exclut que le discours de Donald Trump entraîne un déplacement ou une fuite des investissements chinois au Pérou, estimant que les avertissements visent davantage des pays comme la Colombie ou le Venezuela, plus impliqués dans le trafic de drogue et les activités terroristes. Il souligne également que le Pérou conserve une bonne cote de crédit et une solide réputation de payeur, ce qui continue d’attirer les investisseurs étrangers, notamment en ce qui concerne ses obligations souveraines.
Néanmoins, M. Castilla met en garde contre les risques liés aux élections générales de 2026, en particulier si un candidat proposait des changements radicaux dans les règles économiques.
« Là, ce serait un scénario complètement différent (…) mais de toute façon, les investisseurs savent faire la différence entre les pays et le Pérou conserve une bonne cote de crédit. »
Luis Miguel Castilla, directeur exécutif du Videnza Instituto
Les restrictions françaises aux importations agricoles pourraient également avoir un impact sur l’industrie péruvienne.

À quoi ressemblera l’autoroute de près de 15 kilomètres qui tentera d’améliorer l’accès au mégaport de Chancay ? | Composition CE : 24 heures (YouTube)