Home Monde“Les États-Unis ne soutiennent plus l’Europe” – DW – 12/08/2025

“Les États-Unis ne soutiennent plus l’Europe” – DW – 12/08/2025

by Clara Dubois

Publié le 9 décembre 2025 à 01h40. La nouvelle stratégie de sécurité nationale américaine, dévoilée vendredi, suscite l’inquiétude en Europe, où l’on craint un désengagement de Washington et une remise en question des alliances transatlantiques, notamment concernant le soutien à l’Ukraine.

  • Le gouvernement allemand rejette les critiques formulées par Washington à l’égard de l’Union européenne et réaffirme son soutien à l’Ukraine.
  • La nouvelle stratégie américaine, davantage idéologique que concrète, laisse planer le doute sur l’avenir de la coopération sécuritaire entre les États-Unis et l’Europe.
  • Des voix s’élèvent en Allemagne pour appeler à une plus grande autonomie stratégique européenne et à la mobilisation des avoirs russes gelés pour la reconstruction de l’Ukraine.

L’indignation est palpable parmi les responsables politiques allemands suite aux déclarations de Washington. Le gouvernement tente de minimiser l’impact de ces critiques, insistant sur les liens historiques, économiques et culturels qui unissent l’Europe et les États-Unis. Cependant, le porte-parole du gouvernement, Sebastian Hille, a tenu à rejeter le ton jugé « en partie critique » envers l’UE.

« L’Europe et les États-Unis sont liés historiquement, économiquement et culturellement et resteront des partenaires proches. Nous rejetons toutefois le ton en partie critique adressé à l’UE. »

Sebastian Hille, porte-parole du gouvernement allemand

Berlin conteste également les accusations selon lesquelles l’Allemagne et l’Europe entravent la liberté d’expression. Plus important encore, le gouvernement allemand s’oppose fermement à l’idée que la Russie ne représente plus une menace pour la paix. Au contraire, il soutient l’évaluation de l’OTAN, affirmant que « la Russie a rendu la guerre à l’Europe ».

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, s’est entretenu lundi à Londres avec le Premier ministre britannique, Keir Starmer, le président français, Emmanuel Macron, et le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, pour discuter de la situation en Ukraine et de l’impact de la nouvelle stratégie de sécurité américaine. Merz a réaffirmé le soutien indéfectible de l’Allemagne à l’Ukraine, soulignant que son destin est inextricablement lié à celui de l’Europe : « Personne ne devrait douter de notre soutien à l’Ukraine. »

Selon Michaela Küfner, correspondante en chef de la DW, les cercles proches du gouvernement allemand ne sont pas surpris par cette nouvelle orientation américaine. Elle explique que le choc provoqué par le plan initial en 28 points de Donald Trump pour l’Ukraine est encore très vif. La prise de conscience que l’Europe devra non seulement s’accommoder d’un désengagement américain, mais aussi faire face à une volonté active de Washington de démanteler l’UE en États-nations homogènes, est désormais bien ancrée.

Un espoir subsiste toutefois, lié à une faiblesse de l’administration Trump : contrairement aux précédentes stratégies de sécurité, le nouveau document américain manque de plans d’action concrets, se limitant à une déclaration de principes idéologiques.

Royaume-Uni, Londres | Rencontre de Keir Starmer, Volodymyr Zelenskyy, Emmanuel Macron et Friedrich Merz
“Le sort de l’Ukraine est le destin de l’Europe” : Merz, Starmer et Macron offrent un large soutien à Zelensky (deuxième à droite) à Londres.Image : Toby Melville/Reuters

Les réactions les plus virulentes en Allemagne proviennent notamment de Norbert Röttgen, expert en politique étrangère du parti conservateur CDU. Il a déclaré que, pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ne soutiennent plus les Européens.

« Pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ne soutiennent plus les Européens. »

Norbert Röttgen, expert en politique étrangère du CDU

Röttgen souligne également que le soutien américain à l’Ukraine est désormais incertain. Il insiste sur la nécessité de mobiliser les milliards d’euros d’avoirs russes gelés en Europe, notamment en Belgique, pour la reconstruction de l’Ukraine, même en l’absence d’un soutien américain. Il considère cette question comme un « moment crucial » pour l’Europe : « Si nous ne mobilisons pas les ressources russes pour aider l’Ukraine, cela signifierait que nous ne sommes pas prêts à nous affirmer, à défendre notre propre souveraineté. »

Les Verts allemands, dans l’opposition, partagent également ces préoccupations. Leur chef, Franziska Brantner, a déclaré que le nouveau document américain signifie que l’Europe ne peut plus perdre de temps et doit investir massivement dans sa propre souveraineté.

(rml/ms)

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