Publié le 5 décembre 2023 17h20. Les États-Unis exercent une pression croissante sur l’Union européenne pour qu’elle renonce à son projet d’utiliser les avoirs russes gelés afin de financer l’Ukraine, privilégiant leur utilisation comme levier dans de futures négociations de paix.
- Washington estime que l’utilisation de ces fonds pour soutenir l’effort de guerre ukrainien ne ferait que prolonger le conflit.
- L’UE envisage de mobiliser près de 105 milliards de dollars (90 milliards d’euros) grâce à un prêt garanti par ces avoirs.
- Plusieurs États membres, dont la Belgique, expriment des réserves quant aux risques juridiques liés à cette utilisation et demandent des garanties.
Les États-Unis insistent auprès de l’Union européenne pour qu’elle ne mette pas en œuvre son plan d’utiliser les 210 milliards d’euros d’avoirs de la Banque centrale russe, actuellement gelés en Europe, pour financer l’Ukraine. Selon des sources diplomatiques européennes, Washington préférerait conserver ces actifs comme monnaie d’échange dans d’éventuelles négociations de paix avec Moscou. L’administration américaine craint que l’utilisation de ces fonds pour soutenir l’effort de guerre ukrainien ne fasse qu’enrayer les perspectives d’un règlement négocié.
L’UE avait proposé de lever un prêt de 90 milliards d’euros (105 milliards de dollars) garanti par les avoirs russes pour répondre aux besoins économiques et militaires de l’Ukraine sur les deux prochaines années. Ce plan intervient alors que l’aide américaine à Kiev est remise en question, laissant l’Europe face à un fardeau financier accru. Les négociations sont délicates, Kiev étant sous pression pour envisager un accord avec la Russie.
Cependant, cette proposition se heurte à des résistances, tant de la part des États-Unis que de certains États membres européens. La Belgique, où se trouve la plus grande partie des avoirs russes via le dépositaire financier Euroclear, est particulièrement réticente. Elle exige des garanties pour se prémunir contre d’éventuelles poursuites judiciaires de la Russie si elle devait récupérer ses actifs.
« Il n’y a absolument aucune possibilité de laisser les ressources que nous mobilisons aux États-Unis. Le gouvernement américain le sait, et c’est aussi la position de négociation du gouvernement allemand… C’est aussi le consensus au niveau européen. Il n’y a absolument aucun désaccord sur ce point. Cet argent doit affluer vers l’Ukraine – il doit aider l’Ukraine. »
Friedrich Merz, chancelier allemand
Friedrich Merz prévoit de se rendre à Bruxelles pour tenter de convaincre la Belgique, et notamment le Premier ministre Bart De Wever et la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen, de soutenir le plan européen.
Le mécanisme envisagé prévoit que le prêt serait garanti par le budget de l’UE ou par des garanties bilatérales des États membres. Les avoirs russes resteraient gelés et le remboursement du prêt ne serait exigé que si la Russie acceptait de financer la reconstruction de l’Ukraine et de compenser les dommages causés par la guerre.
Outre la Belgique, la Hongrie s’oppose également à ce plan, tandis que la Slovaquie a indiqué qu’elle ne soutiendrait pas les propositions d’aide militaire à l’Ukraine. L’adoption de la proposition nécessite une majorité qualifiée des États membres. La Commission européenne avait déjà proposé, par le passé, de prêter 140 milliards d’euros à l’Ukraine en utilisant les avoirs gelés, mais s’était heurtée à l’opposition belge.
Cette situation souligne la complexité de concilier les besoins urgents de l’Ukraine avec les risques juridiques et financiers encourus par les pays européens. La décision finale concernant l’utilisation des avoirs russes gelés aura des conséquences importantes sur les relations entre l’UE et la Russie, ainsi que sur la reconstruction future de l’Ukraine.