L’utilisation du terme « terrorisme intérieur » par la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, pour décrire la mort de Renee Nicole Good, une Américaine abattue par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) à Minneapolis, suscite une vive controverse. L’incident, survenu alors que Mme Good tentait de quitter les lieux, a relancé le débat sur la définition du terrorisme intérieur et l’utilisation politique de ce terme par l’administration Trump.
Selon les premiers éléments, Renee Good, mère de trois enfants et citoyenne américaine sans casier judiciaire, a été tuée par un agent de l’ICE le 8 janvier. L’agent a affirmé que Mme Good avait refusé d’obéir aux ordres de sortir de son véhicule et avait tenté de l’écraser. Cependant, le procureur général du Minnesota, Keith Ellison, conteste cette version, citant des vidéos qui montrent Mme Good essayant de s’éloigner au moment des faits.
« Qualifier cette situation de terrorisme intérieur est un abus de terme », a déclaré M. Ellison à CNN. Cette prise de position intervient alors que l’administration Trump a de plus en plus recours à cette expression ces derniers mois, notamment après une fusillade liée à des contrôles d’immigration en octobre.
En septembre, le Département de la Sécurité intérieure (DHS) avait publié une note demandant aux forces de l’ordre de donner la priorité aux menaces, y compris « les efforts violents visant à mettre fin aux contrôles d’immigration ». Le DHS affirmait que des « terroristes nationaux » utilisaient la violence pour promouvoir « des opinions extrêmes en faveur de la migration massive et de l’ouverture des frontières ». Des experts ont souligné que cette définition pourrait violer les lois sur la liberté d’expression.
L’incident de Minneapolis s’inscrit dans un contexte de renforcement des contrôles d’immigration par l’administration Trump, notamment dans la communauté somalienne de Minneapolis, suite à des allégations de fraude. Par ailleurs, un autre cas, celui de Marimar Martinez, une Américaine abattue par un agent de la patrouille frontalière à Chicago en octobre, avait également été qualifié de « terrorisme intérieur » par le DHS. Les accusations fédérales contre Martinez ont finalement été abandonnées en novembre, un juge estimant qu’il existait des « questions sérieuses » quant aux récits des agents.
L’utilisation du terme « terrorisme intérieur » par l’administration Trump ne se limite pas aux questions d’immigration. En septembre dernier, l’ancien président Trump avait émis une directive ordonnant au procureur général d’élargir la définition du terrorisme intérieur pour inclure des actes tels que le « doxxing » (divulgation d’informations personnelles), les agressions et les troubles civils. Il avait également envisagé de désigner le mouvement Antifa comme organisation terroriste nationale.
Des experts juridiques s’inquiètent de ces élargissements de définition, estimant qu’ils pourraient violer le Premier Amendement de la Constitution américaine, qui protège la liberté d’expression. « L’ordonnance et la note sont sans fondement, tant en fait qu’en droit », a déclaré Faiza Patel, directrice de la liberté et de la sécurité nationale du Brennan Center for Justice. « Agir en conséquence violerait le droit à la liberté d’expression et pourrait potentiellement entraîner des enquêtes et des poursuites contre toute personne ou tout groupe ayant des opinions défavorisées. »
À ce stade, l’enquête sur la mort de Renee Nicole Good est en cours. Des analyses d’images ont révélé que le véhicule de Mme Good s’était dirigé vers un agent de l’ICE, mais que celui-ci avait pu s’écarter. L’agent a ensuite tiré au moins deux coups de feu alors que Mme Good s’éloignait. Thomas E. Brzozowski, ancien avocat du ministère de la Justice chargé du terrorisme intérieur, estime que qualifier cet incident de « terrorisme intérieur » est « exagéré », soulignant que Mlle Noem a utilisé ce terme sans attendre les conclusions de l’enquête.
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