Publié le 11 octobre 2024. Une étude britannique portant sur plus de dix millions d’hommes révèle une utilisation excessive du test de dépistage du cancer de la prostate, le PSA, soulevant des questions sur son efficacité et le risque de traitements inutiles.
- Une analyse de données de soins primaires en Angleterre montre que de nombreux hommes sont testés plus souvent que ne le recommandent les directives médicales.
- L’étude souligne un manque d’uniformité dans les pratiques de dépistage et un possible effet des témoignages de célébrités sur la demande de tests.
- Les chercheurs appellent à des recherches urgentes pour déterminer les intervalles de dépistage optimaux afin de maximiser les bénéfices tout en minimisant les risques.
Le cancer de la prostate est l’une des affections malignes les plus fréquemment diagnostiquées chez les hommes à travers le monde. Un dépistage précoce est crucial pour améliorer les chances de guérison, et le test le plus couramment utilisé est l’analyse de l’antigène prostatique spécifique (PSA), une protéine produite par la prostate. Un examen physique par toucher rectal est également pratiqué pour détecter d’éventuelles anomalies.
Le test PSA, qui consiste en une simple prise de sang, permet de mesurer le taux de cette protéine. Une concentration élevée peut signaler la présence d’un cancer, mais aussi d’autres troubles prostatiques bénins. Cependant, ce test est loin de faire l’unanimité au sein de la communauté médicale, en raison du risque de faux positifs, c’est-à-dire de résultats indiquant une possible présence de cancer alors qu’il n’en est rien. Ces faux positifs peuvent conduire à des examens complémentaires invasifs et, dans certains cas, à des traitements inutiles.
Une étude récente menée par des chercheurs de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni) et publiée dans “The BMJ”, a analysé les données de plus de 10,2 millions d’hommes inscrits auprès de 1 442 cabinets de médecine générale en Angleterre entre 2000 et 2018. Les résultats révèlent que les pratiques de dépistage sont très variables et souvent non conformes aux recommandations. Les chercheurs soulignent que les preuves actuelles concernant le PSA “pourraient ne pas cibler efficacement les tests sur ceux qui sont les plus susceptibles d’en bénéficier, ce qui soulève des inquiétudes quant à la possibilité de tests excessifs”.
L’étude a révélé que, malgré les recommandations visant à limiter le test PSA aux patients présentant des symptômes ou après une discussion approfondie avec leur médecin traitant, de nombreux hommes sont testés plus fréquemment que nécessaire. Des tests répétitifs sont également observés chez des patients sans symptômes ou avec des taux de PSA initialement faibles. Au total, 1 521 116 hommes ont subi au moins un test PSA pendant la période étudiée, pour un total de 3 835 440 tests. Le nombre de tests a quintuplé au cours de ces 18 années, en particulier chez les hommes sans symptômes et ceux dont les valeurs de PSA étaient inférieures aux seuils recommandés.
Les taux de dépistage les plus élevés ont été constatés chez les hommes de 70 ans et plus, qui sont ceux qui ont le moins de chances de bénéficier d’un traitement en cas de diagnostic de cancer de la prostate. De plus, une proportion significative concernait des hommes beaucoup plus jeunes (18-39 ans) que ce qui est généralement recommandé. Les chercheurs ont également noté des variations importantes des taux de tests en fonction de la région géographique, du niveau de privation socio-économique, de l’origine ethnique, des antécédents familiaux de cancer de la prostate, de la présence de symptômes et du taux de PSA.
Près de la moitié des hommes ayant subi un test PSA (735 750) ont ensuite passé un nouveau test. Parmi ceux-ci, plus de 75 % ne présentaient aucun symptôme et 73 % n’avaient jamais eu un taux de PSA supérieur au seuil recommandé. L’intervalle moyen entre les tests était d’un peu plus de 12 mois, et de 17 mois pour les patients n’ayant jamais dépassé le seuil de PSA, ce qui est plus court que ce que préconisent la plupart des directives.
Les auteurs de l’étude reconnaissent certaines limites liées à l’utilisation de données de soins primaires et à l’analyse des intervalles entre les tests. Néanmoins, ils affirment que leurs résultats sont robustes et cohérents après une analyse plus approfondie. Ils soulignent que
« De nouveaux tests PSA sont effectués sur des patients ne présentant aucun symptôme enregistré ou présentant des valeurs de PSA auparavant faibles. »
Auteurs de l’étude de l’Université d’Oxford
Ils notent également que l’augmentation imprévisible des tests PSA, les surtests et les coûts associés peuvent être influencés par la médiatisation de diagnostics de cancer de la prostate chez des personnalités publiques, qui incitent au dépistage. En conclusion, les chercheurs insistent sur la nécessité de mener des recherches supplémentaires pour déterminer les intervalles de dépistage optimaux, basés sur des preuves solides, afin de garantir un bénéfice maximal aux patients tout en réduisant le risque de tests excessifs.
Le test PSA reste un outil précieux pour le dépistage précoce du cancer de la prostate et l’amélioration des chances de survie. Cependant, son utilisation doit être prudente et personnalisée, en suivant les recommandations médicales et en tenant compte des risques et des bénéfices individuels. Éviter les tests excessifs contribue à réduire les faux positifs, l’anxiété et les traitements inutiles. Une consultation régulière avec un médecin et une évaluation des risques personnels sont essentielles pour prendre des décisions éclairées et préserver la santé de la prostate à long terme.
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