Publié le 14 octobre 2025 à 00h20. Le Cambodge est devenu un centre névralgique pour des organisations criminelles internationales, exploitant des ressortissants coréens et d’autres nationalités dans des escroqueries sophistiquées. Une enquête révèle le fonctionnement interne de ces réseaux, de leur structure hiérarchique à la difficulté pour les victimes de s’échapper.
- Des gangs, souvent dirigés par des Chinois, exploitent des Coréens dans des fraudes en ligne, allant de la fraude à l’emploi aux escroqueries amoureuses.
- Les victimes sont soumises à une surveillance constante, avec des restrictions sévères sur l’utilisation des téléphones et des difficultés à quitter les lieux.
- La coopération internationale est entravée par un manque de fluidité dans les échanges d’informations avec les autorités cambodgiennes.
Un étudiant coréen a été retrouvé mort en août dernier près du mont Boko, dans la province de Kampot, au Cambodge. Cet événement tragique a mis en lumière l’ampleur des activités criminelles qui se déroulent dans ce pays, ciblant notamment des ressortissants coréens attirés par de fausses promesses d’emploi. Trois ressortissants chinois ont été arrêtés et inculpés pour meurtre et fraude dans cette affaire, selon le bureau du procureur du district de Kampot.
Selon un officier de police cambodgien ayant travaillé sur ces affaires, ces organisations fonctionnent comme des « camps d’entraînement », où les membres sont affectés à différentes tâches frauduleuses, notamment le phishing, les escroqueries amoureuses et les fraudes aux jeux en ligne. Ces activités sont organisées par roulement pour éviter d’attirer l’attention des autorités. Une tactique de « coup et fuite » est employée pour échapper aux enquêtes.
L’organigramme de ces groupes criminels révèle une structure hiérarchique bien définie. À la tête se trouvent généralement des dirigeants chinois, suivis de chefs d’équipe par pays, responsables de la gestion des membres locaux. Dans les organisations ciblant les Coréens, on compte souvent entre 10 et 60 membres coréens, encadrés par une équipe coréenne. Ces derniers sont divisés en équipes chargées de contacter les victimes par téléphone, de recruter des comptes bancaires ou de nouveaux membres, et de blanchir l’argent provenant des escroqueries. Un policier, sous couvert d’anonymat, a déclaré : « Ces dernières années, les dommages causés en Corée ont été mis en évidence, mais les équipes chinoises et indonésiennes ont causé des pertes plus importantes que les équipes coréennes. »
Les victimes sont souvent attirées par des offres d’emploi alléchantes, présentées comme des postes de télémarketing ou de traduction à l’étranger, avec hébergement et repas fournis. Un responsable explique : « Il est facile de se laisser berner car les criminels mènent des recherches approfondies sur leurs victimes et adaptent leurs offres à leurs besoins spécifiques. » Une fois sur place, leurs passeports et comptes bancaires sont confisqués, et toute tentative de refus de travail se solde par des menaces, des agressions, voire l’enfermement. Les criminels incitent même les victimes à recruter leurs amis en échange de leur libération, créant ainsi un cercle vicieux.
Certains individus rejoignent ces organisations dans l’espoir de gagner rapidement de l’argent, ignorant initialement la nature illégale de leurs activités. Ils deviennent alors eux-mêmes des victimes, contraints de travailler dans des conditions plus difficiles que prévu. 57 membres coréens d’une organisation criminelle ont été arrêtés par la police cambodgienne, mais la plupart ont refusé de rentrer en Corée, certains ayant des antécédents judiciaires dans leur pays d’origine. Kim Dae-yoon, vice-président de l’Association coréenne du Cambodge, estime que le nombre de Coréens impliqués dans ces organisations pourrait se situer entre 5 000 et 10 000, un chiffre bien supérieur aux estimations officielles de la police cambodgienne (environ 2 000).
Une fois piégés, il est extrêmement difficile pour les victimes de s’échapper. Les complexes criminels sont soumis à une surveillance constante par des caméras de surveillance, et des règles strictes interdisent l’utilisation des téléphones portables, les conversations avec les collègues et l’utilisation de pseudonymes. Les victimes sont souvent contraintes de payer une rançon importante pour obtenir leur libération, sous peine d’être vendues à d’autres organisations. Les bâtiments sont entourés de hauts murs et gardés par des agents de sécurité armés, et les employés sont parfois contraints de prendre des « selfies » à chaque entrée et sortie, ou même menottés pendant leur sommeil.
Certains analystes pointent du doigt la complaisance des autorités cambodgiennes, qui pourraient bénéficier des profits générés par ces complexes criminels. Des signalements de victimes retenues ont été faits, mais les criminels ont souvent eu le temps de déménager avant l’arrivée de la police. Le commissaire par intérim de la police nationale, Yoo Jae-seong, a reconnu lors d’une réunion publique que la coopération avec les forces de police cambodgiennes était moins fluide qu’avec d’autres pays d’Asie du Sud-Est. Selon les données du bureau du député Wi Sung-gon, l’Agence nationale de police a envoyé 20 demandes de coopération internationale au Cambodge via Interpol entre janvier et août de cette année, mais n’a reçu que 6 réponses (30 %).
L’expansion de ces complexes criminels représente une menace croissante, s’étendant au-delà de l’Asie du Sud-Est vers l’Afrique et l’Amérique du Sud. Un responsable de la police nationale s’inquiète du fait que ces organisations pourraient établir un « modèle de profit » durable, rendant leur démantèlement d’autant plus difficile.
Gu Hyeon-mo journaliste [email protected]
Jeonghyun Kwon journaliste [email protected]
Nayeon Kim journaliste [email protected]
Heo Yu Jeong journaliste [email protected]
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