Une nouvelle vague d’escroqueries sophistiquées, alimentées par l’intelligence artificielle, submerge les applications de messagerie WhatsApp et Telegram. Les fraudeurs utilisent désormais le clonage vocal en temps réel et des techniques de manipulation psychologique pour tromper leurs victimes, parfois même des experts en informatique.
L’Office national de la police criminelle (LKA) et l’Autorité fédérale de surveillance financière (BaFin) tirent la sonnette d’alarme face à cette menace grandissante. Les escrocs parviennent à reproduire des voix avec une précision troublante, nécessitant seulement quelques secondes d’enregistrement audio prélevées sur les réseaux sociaux. « Trois secondes de matériel audio suffisent désormais », avertissent les spécialistes de la cybercriminalité.
Un scénario particulièrement inquiétant implique des appels de détresse simulés. Des parents reçoivent un appel d’un numéro inconnu et entendent la voix de leur enfant, prétendant être dans une situation d’urgence et ayant besoin d’argent immédiatement. L’impact émotionnel est renforcé par la reconnaissance de la voix familière, rendant la victime plus susceptible de céder à la demande.
Par ailleurs, les arnaques aux offres d’emploi, dites « arnaques aux tâches », se propagent également, notamment sur Telegram. Les victimes sont contactées par de faux recruteurs, se faisant passer pour des représentants d’entreprises réputées comme Amazon ou TikTok. Elles reçoivent initialement de petites sommes d’argent (par exemple, 20 euros) pour effectuer des missions simples, avant de devoir transférer des sommes plus importantes vers des portefeuilles de cryptomonnaies pour des « tâches de plus grande valeur ». Après avoir versé des sommes à quatre chiffres, leur compte est bloqué ou des frais supplémentaires sont exigés.
BaFin met en garde contre des groupes WhatsApp promettant des conseils d’investissement exclusifs, animés par des individus se présentant sous des noms tels que « Tobias Albrecht » ou « Lieselotte Thalheim ». Ces groupes, qui semblent professionnels avec des analyses et des graphiques, visent à l’usurpation d’identité et incitent les utilisateurs à installer des applications en dehors des plateformes officielles, simulant des gains importants avant de disparaître avec l’argent.
Une autre technique émergente est le « quishing », une forme de phishing utilisant des codes QR diffusés via les messageries. Les fraudeurs envoient des images contenant des codes QR sous prétexte de vérifications de compte (PayPal, par exemple) ou de problèmes de livraison de colis. Le scanner de sécurité reconnaît le code QR comme une image, mais l’analyse redirige vers des sites de phishing authentiques qui collectent les identifiants de connexion.
Cette recrudescence des fraudes s’explique par deux facteurs principaux : la démocratisation des outils d’IA, rendant le clonage vocal et la création de deepfakes accessibles à moindre coût, et la perception psychologique des messageries comme des espaces privés et sécurisés, exploitée par les fraudeurs.
« Nous n’avons plus affaire à des auteurs isolés », explique un porte-parole de l’Office fédéral de la sécurité de l’information (BSI). « Il s’agit désormais d’entreprises organisées, dotées de services de graphisme, de psychologie et d’informatique. »
Face à cette évolution, il est crucial de ne plus considérer aucun message ou appel comme authentique sans vérification préalable, même si la voix ou la photo de profil semble familière. Les autorités recommandent de convenir d’un mot de code avec sa famille et de toujours rappeler la personne sur un numéro de téléphone connu.
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