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Les gibbons en péril alors que le trafic atteint son apogée

by Nicolas Lefèvre

Publié le 24 octobre 2025. Le trafic illégal de gibbons s’intensifie en Asie du Sud et du Sud-Est, menaçant l’avenir de ces primates déjà en voie de disparition. Une analyse récente révèle une augmentation alarmante des saisies, notamment en Inde et en Malaisie.

Plus de 336 gibbons ont été saisis par les autorités entre janvier 2016 et août 2025, selon une analyse rapide menée par TRAFFIC, une organisation de surveillance du commerce des espèces sauvages, à l’occasion de la Journée mondiale du gibbon. Les saisies enregistrées jusqu’en août 2025 représentent déjà 20 % du total constaté sur l’ensemble de la décennie, principalement en raison de tentatives de trafic avortées.

L’Asie du Sud-Est est le principal point d’origine des saisies et des gibbons confisqués, l’Indonésie et le Vietnam étant historiquement les pays les plus touchés. Cependant, ces dernières années, on observe un déplacement du trafic vers l’Inde et la Malaisie, qui sont devenus en 2025 les pays les plus impliqués dans cette chaîne illégale. Le flux de gibbons s’oriente désormais de la Malaisie vers l’Inde, en grande partie à cause de la demande croissante d’animaux exotiques dans ce pays.

De nombreuses tentatives de contrebande impliquent le transport de gibbons dans les bagages des passagers aériens entre les deux pays. Malheureusement, une proportion importante de ces animaux ne survivent pas au voyage, souvent juvéniles, et décèdent durant le transport.

« Le commerce illégal pousse les gibbons de la cime des arbres jusqu’à la lisière, et ces chiffres sont une sirène claire indiquant que la pression exercée sur eux s’accentue. »

Ramachandra Wong, analyste principal de la criminalité chez TRAFFIC

Ces petits primates, présents dans 11 pays, de l’extrémité nord-est de l’Inde à l’Indonésie, sont réputés non seulement pour leur agilité, mais aussi pour leur chant mélodieux, souvent émis en duo par les couples pour renforcer leurs liens. Or, la plupart des 20 espèces reconnues sont aujourd’hui classées en voie de disparition et leurs populations sauvages sont en déclin constant, le commerce illégal d’animaux de compagnie contribuant à étouffer rapidement leur chant.

Les données de TRAFFIC révèlent que près d’un quart des saisies concernent des gibbons illégalement détenus comme animaux de compagnie, un phénomène particulièrement répandu en Indonésie, où plus de 90 % des cas relèvent de cette catégorie.

Lors d’un incident survenu en mai dernier, sept gibbons morts ont été découverts en possession de deux individus dans un hôtel de Mumbai, en Inde. Ils avaient été transportés de Malaisie dans les bagages enregistrés de ces derniers, au nombre de neuf primates au total.

Au total, 83 incidents de saisie ont conduit à des arrestations, impliquant 139 personnes, au cours de la période étudiée. L’Indonésie se distingue par un nombre d’arrestations, de poursuites et de condamnations nettement supérieur à celui enregistré dans les autres pays d’Asie du Sud et du Sud-Est.

« Chaque saisie et arrestation, bien que dévastatrice pour les animaux, est une petite victoire qui offre une grande opportunité d’enquêter sur les personnes derrière ce crime. Qui commande le braconnage et le trafic, et qui en sont les destinataires finaux ? Il est temps d’aller au-delà de la simple concentration et de la pénalisation des intermédiaires de bas niveau qui sont considérés comme le prix à payer pour faire des affaires, alors que les véritables cerveaux continuent de chaparder et de profiter. »

Kanitha Krishnasamy, directrice de TRAFFIC en Asie du Sud-Est

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