Home MondeLes grands singes sont les plus proches parents des humains, mais nombre d’entre eux sont menacés par le commerce illégal. Voici ce qu’il faut faire

Les grands singes sont les plus proches parents des humains, mais nombre d’entre eux sont menacés par le commerce illégal. Voici ce qu’il faut faire

by Clara Dubois

Publié le 22 décembre 2025 12:24:00. Le commerce illégal des grands singes, poussé par la demande d’animaux de compagnie exotiques et les réseaux sociaux, menace d’anéantir plusieurs espèces déjà vulnérables, malgré les efforts internationaux pour les protéger.

  • Cinq des sept espèces de grands singes sont aujourd’hui classées en danger critique d’extinction.
  • Le commerce illégal est alimenté par la vente de viande de brousse, de parties du corps utilisées en médecine traditionnelle, et surtout, par la forte demande de bébés singes comme animaux de compagnie.
  • Un groupe de travail international, mis en place par la Convention sur le commerce international des espèces menacées d’extinction (CITES), tente de renforcer la lutte contre ce trafic, mais se heurte à un manque de moyens et à la corruption.

Les grands singes, nos plus proches parents dans le règne animal, partagent jusqu’à 98,8 % de notre ADN. Pourtant, alors que la population humaine mondiale ne cesse de croître, leurs effectifs diminuent inexorablement. Selon les estimations des Nations Unies, environ 22 000 grands singes ont disparu de leur habitat naturel entre 2005 et 2011. Les adultes sont souvent tués pour leur viande, ou pour des parties de leur corps utilisées dans la médecine traditionnelle ou lors de cérémonies. Mais le véritable moteur du braconnage réside dans la demande croissante de bébés singes, vendus à des prix exorbitants sur le marché noir.

Ces jeunes animaux sont plus faciles à transporter clandestinement à travers les frontières, et leur commerce est rarement documenté. Les saisies sont rares, et les réseaux sociaux ont considérablement facilité les transactions, permettant aux vendeurs et aux acheteurs d’échanger des informations sur les prix et les modalités de transport. L’attrait pour ces animaux est ancien : depuis l’arrivée des premiers grands singes dans les zoos européens, ils ont toujours suscité l’enthousiasme du public, certains, comme Flocon de neige, le gorille blanc du zoo de Barcelone ou les célèbres chimpanzés PG Tips du zoo de Twycross, atteignant même le statut de célébrité.

Cette popularité a alimenté, au fil des décennies, une demande constante de la part de certains zoos et d’attractions animalières, parfois en contournant les réglementations. Le désir de posséder des animaux « exotiques » comme animaux de compagnie reste également un facteur clé du braconnage, alimentant un commerce mondial des espèces sauvages extrêmement lucratif.

Face à cette menace croissante, des organisations non gouvernementales telles que l’Institut Jane Goodall, TRAFFIC et la Fondation africaine pour la faune alertent depuis des années sur le risque d’extinction des grands singes. Un groupe de travail sur la lutte contre les grands singes a été mis en place par les pays membres de la CITES pour tenter d’endiguer ce commerce illégal.

La CITES, créée il y a 50 ans pour réglementer le commerce des espèces sauvages, interdit en principe le commerce des grands singes. Cependant, le système de permis complexe, souvent sur papier, peut être facilement contourné ou ignoré. Le secrétariat de la CITES, chargé de la surveillance et du suivi du commerce, est chroniquement sous-financé : avec un budget annuel d’environ 20 millions de dollars américains (environ 18,5 millions d’euros), il est largement dépassé par l’ampleur du marché mondial légal du commerce des espèces sauvages, estimé à 220 milliards de dollars américains (environ 205 milliards d’euros) par an.

De plus, les gouvernements ne considèrent pas toujours le commerce illégal d’espèces sauvages comme une priorité comparable à celle des drogues, du trafic d’armes ou de la traite des êtres humains, malgré les liens avérés entre ces différentes formes de criminalité. La faiblesse de l’application de la loi, le manque de capacités des administrations et la corruption généralisée facilitent également les transactions illégales, notamment par la falsification et le blanchiment de documents.

Récemment, l’attention s’est portée sur la réserve faunique indienne Vantara, l’une des plus grandes collections privées d’animaux au monde. Si certains saluent cette initiative comme un acte d’amour et de soin envers la faune, d’autres s’inquiètent des importations massives d’espèces sauvages, avec plus de 150 000 animaux actuellement hébergés. Une enquête a conduit la Cour suprême indienne à absoudre Vantara de tout acte répréhensible concernant ces importations. Cependant, un rapport récent de la CITES a soulevé des préoccupations importantes concernant le transport d’animaux vers cette réserve.

Le rapport de la CITES a notamment révélé l’importation de chimpanzés depuis la République démocratique du Congo et les Émirats arabes unis, alors qu’aucun de ces pays n’élève de chimpanzés en captivité. Des cas plus troublants incluent l’acquisition d’un bonobo originaire d’Irak, d’un gorille de montagne provenant d’Haïti et d’un orang-outan Tapanuli d’Indonésie, des espèces extrêmement rares en captivité. L’UICN, l’Union internationale pour la conservation de la nature, appelle à une action internationale pour protéger les grands singes sauvages dans leurs habitats naturels, en luttant contre le braconnage et le commerce illégal.

L’adoption d’un système de permis électroniques moderne et un renforcement de l’application de la loi sont des mesures essentielles pour lutter contre ces crimes. Sans une action rapide et coordonnée, ces espèces, si proches de nous, risquent de disparaître à jamais.

Jane Goodall a mis en garde pendant des années contre les menaces qui pèsent sur les grands singes.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.