Publié le 16 novembre 2023 16:56:00. Une enquête révèle l’implication de près de 300 agents de la police péruvienne dans des activités criminelles, allant de la fourniture d’armes à des gangs à la divulgation d’informations confidentielles à des organisations criminelles. Cette affaire soulève de sérieuses questions sur la corruption au sein des forces de l’ordre.
- Près de 300 agents de la police nationale péruvienne (PNP) sont actuellement sous enquête pour des liens avec la criminalité organisée.
- Les accusations incluent la fourniture d’armes, de véhicules et d’informations confidentielles à des groupes criminels.
- Les parquets spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée concentrent la majorité des dossiers.
Une enquête interne à la police nationale péruvienne (PNP) a mis en évidence une infiltration croissante de la criminalité au sein de ses rangs. Le rapport, transmis le mois dernier au chef de la Direction nationale d’investigation criminelle (Dirnic), le général Zenón Loayza Díaz, révèle que les agents impliqués, bien que comprenant majoritairement du personnel subalterne, incluent également des officiers de rang intermédiaire.
La forme de criminalité la plus fréquemment constatée est la transmission d’informations confidentielles issues d’opérations ou d’enquêtes policières à des membres d’organisations criminelles. Vient ensuite la fourniture d’armes à feu, de munitions, de chaînes ou de véhicules officiels aux gangs, que ce soit par la cession de véhicules de l’État ou par le transport de membres de ces organisations.
L’enquête a également révélé des cas de dissimulation de troupes visant à entraver les enquêtes et à favoriser les activités des organisations criminelles.
Les 242 dossiers fiscaux impliquant ces agents sont répartis entre les différents parquets spécialisés dans la lutte contre la criminalité organisée. Les parquets supraprovinciaux, chargés d’enquêter sur les organisations criminelles à l’échelle nationale, concentrent le plus grand nombre de dossiers, avec un total de 15 affaires.
Le parquet provincial spécialisé dans le crime organisé du nord-ouest, qui couvre notamment Lima Norte, enregistre quant à lui neuf cas.
—Derniers cas révélés—
Récemment, le sous-officier Alejandro Morales Rivera, 32 ans, affecté au commissariat de Bocanegra à Callao, a été impliqué dans une affaire de collaboration avec Los Yepes, une organisation criminelle spécialisée dans l’extorsion de transporteurs et de commerçants du port de Chalaco. Une perquisition effectuée en août dernier au domicile de l’organisation et au casier du sous-officier a permis de découvrir des armes et des munitions qui n’appartenaient pas à l’institution policière.
Le parquet spécialisé enquête également sur Los Piratas, un groupe criminel composé d’au moins 20 agents de la police des renseignements en poste à Tarapoto. Des communications interceptées révèlent comment ces policiers coordonnaient des agressions avec une précision opérationnelle, en utilisant des informations classifiées et des ressources institutionnelles à des fins criminelles.
—Vers des solutions—
Le parquet spécialisé dans la criminalité organisée recommande au commandement de la PNP d’« intensifier le renseignement et le contre-espionnage afin de détecter précocement les réseaux de corruption et les personnels qui les composent ».
L’ancien vice-ministre de la Sécurité publique, Nicolás Zevallos, estime que la police doit mettre en œuvre des mécanismes de renseignement pour identifier ces cas et y répondre rapidement.
« Cela impliquerait de renforcer l’inspection afin qu’elle remplisse pleinement ses fonctions. »
Nicolás Zevallos, ancien vice-ministre de la Sécurité publique
Zevallos souligne également que les procédures de sanction sont souvent lentes et trop protectrices envers les policiers mis en cause.
« Ils font systématiquement appel. »
Nicolás Zevallos, directeur de l’Institut de criminologie

Nicolás Zevallos souligne que la police devrait mettre en place des mécanismes de renseignement pour détecter ces cas et les traiter rapidement. (Photo : Renzo Salazar / El Comercio)
Ce journal a sollicité un entretien formel auprès de la Direction des Communications de la PNP, mais n’a reçu aucune réponse concrète au moment de la mise sous presse. Des commentaires ont également été demandés au chef de la PNP, le général Óscar.
