Home MondeLes leaders africains de la vie lancent un avertissement au monde

Les leaders africains de la vie lancent un avertissement au monde

by Clara Dubois

Publié le 24 septembre 2025. L’Afrique, continent où les régimes personnalisés sont particulièrement ancrés, offre un avertissement clair : la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme, même initialement perçue comme une solution, conduit inévitablement à la stagnation économique, à la corruption et à la répression politique.

  • Plus de sept des dix dirigeants les plus anciens du monde, hors monarchies, sont africains.
  • Des recherches récentes démontrent que les dirigeants autoritaires, bien que parfois compétents au départ, voient leur gouvernance se détériorer avec le temps, en particulier après avoir dépassé la limite de leur mandat.
  • L’autocratie s’enracine en Afrique, avec une nouvelle génération de dirigeants déterminés à maintenir le pouvoir par des méthodes similaires à leurs prédécesseurs.

La démocratie traverse une période difficile à l’échelle mondiale. Des dirigeants autoritaires, comme Vladimir Poutine en Russie et Recep Tayyip Erdogan en Turquie, affirment leur emprise sur le pouvoir. Même dans des pays traditionnellement démocratiques, comme les États-Unis et l’Inde, on observe une tendance à la personnalisation du leadership. En Europe, le mécontentement face à la lenteur de la croissance et aux divisions sociales alimente l’attrait pour des populistes autoritaires et charismatiques.

Cette tentation est d’autant plus dangereuse qu’elle se manifeste souvent par la concentration du pouvoir entre les mains d’une seule personne, plutôt que par le biais d’un système institutionnel, comme c’est le cas en Chine ou au Vietnam. Pour comprendre les risques, il est pertinent d’observer l’Afrique, un continent où l’autocratie reste profondément enracinée.

Dans les années 1990, un certain optimisme régnait quant à l’avenir de la démocratie africaine. De nombreux pays avaient adopté des institutions démocratiques, avec des mandats limités et des élections régulières. Cependant, cet élan démocratique fut de courte durée.

Dans les mois à venir, plusieurs dirigeants en place depuis des décennies se présenteront à des élections dont l’issue est déjà connue. Parmi eux figurent Paul Biya, 92 ans, président du Cameroun, et Yoweri Museveni, 81 ans, dirigeant de l’Ouganda. Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, de Guinée équatoriale, détient le record de longévité au pouvoir, avec plus de 46 ans de règne. En moyenne, les dirigeants africains restent 50 % plus longtemps au pouvoir que leurs homologues d’autres continents.

Les régimes personnalisés portent atteinte aux droits politiques fondamentaux. Les opposants sont harcelés, emprisonnés, contraints à l’exil, voire assassinés. La liberté d’expression est sévèrement limitée et la corruption est endémique. Certains défenseurs de ces régimes affirment que, malgré ces coûts en termes de liberté politique, ces dirigeants sont nécessaires pour unir des sociétés pauvres, fragiles et divisées. Ils citent l’exemple du Rwanda, sous la direction de Paul Kagame, où un leadership fort aurait permis d’assurer une certaine stabilité et une croissance économique que de nombreuses démocraties n’ont pas réussi à atteindre.

Cependant, de nouvelles recherches remettent en question cette affirmation. Même lorsque les dirigeants autoritaires sont initialement compétents, leur gouvernance tend à se détériorer avec le temps. Dès qu’ils dépassent la limite de leur mandat, la corruption augmente, les réseaux de clientélisme se rétrécissent et les avantages sont distribués à un cercle de plus en plus restreint. Les élections sont truquées et la violence est utilisée pour réprimer toute contestation.

Quel que soit le temps passé au pouvoir, les pays dominés par un seul dirigeant, en Afrique ou ailleurs, affichent généralement de mauvais résultats économiques. Les démocraties et les autocraties institutionnalisées à parti unique fonctionnent dans le cadre d’un contrat social implicite. En revanche, les régimes personnalisés sont confrontés à davantage de conflits, à moins d’investissements privés et à une moindre fourniture de biens publics par l’État, autant de facteurs qui freinent la croissance économique.

Malheureusement, l’autocratie s’est profondément enracinée en Afrique. La génération actuelle de dirigeants de longue date, âgés de 80 à 90 ans, est remplacée par des générations plus jeunes, tout aussi déterminées à gouverner de manière autocratique et à s’enrichir personnellement. Partout au Sahel, des militaires âgés de 30 à 60 ans ont pris le pouvoir par la force, avant de revenir sur leurs promesses d’organiser des élections. En République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, président de 62 ans, a même évoqué la possibilité de supprimer la limite constitutionnelle de deux mandats. En Éthiopie, Abiy Ahmed, 49 ans, se présente comme un sauveur, et les sauveurs, selon lui, ne prennent pas leur retraite.

Partout dans le monde, les hommes forts gagnent en puissance et en influence. L’expérience africaine constitue un avertissement. Même si ces dirigeants charismatiques peuvent sembler prometteurs au premier abord, ils finissent par causer de graves problèmes.

© 2025, The Economist Limited. Tous droits réservés.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.