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Les législateurs argentins de gauche prêtent serment à la « Palestine libre »

by Clara Dubois

Publié le 9 décembre 2025 à 04:52:00. Lors de la cérémonie d’investiture des nouveaux députés argentins, plusieurs élus de gauche ont rompu avec la tradition en prêtant serment au nom de la « Palestine libre », provoquant une vive controverse et des réactions indignées de la part de la majorité parlementaire.

  • Plusieurs députés de gauche ont substitué la formule standard du serment par des déclarations de soutien à la cause palestinienne.
  • L’organisation juive DAIA a déposé une plainte officielle, dénonçant des propos qu’elle jugeant antisémites et appelant à la destruction d’Israël.
  • L’incident a suscité une vague de critiques et a relancé le débat sur les limites de l’expression politique dans le cadre des institutions.

La cérémonie d’investiture des 127 nouveaux députés argentins, qui s’est tenue à Buenos Aires la semaine dernière, a été marquée par une rupture avec les usages parlementaires. Plusieurs élus de gauche ont choisi de ne pas prêter serment en utilisant la formule consacrée, préférant exprimer leur solidarité avec le peuple palestinien.

Le député Nicolás del Caño a ainsi prêté serment au nom des « garçons et filles massacrés à Gaza ». Nestor Pitrola, un autre député de gauche, a quant à lui juré, vêtu d’un keffieh palestinien, « pour la fin du génocide sioniste et une Palestine libre ». Romina Del Plá a arboré un T-shirt orné d’une pastèque – symbole de la résistance palestinienne – et a déclaré prêter serment « pour le droit de la Palestine à exister du fleuve à la mer ».

Myriam Bregman, députée socialiste juive, a également profité de l’occasion pour dénoncer « le génocide en Palestine » et exprimer son opposition à la politique américaine envers le Venezuela, en lançant : « Les Yankees hors du Venezuela ! »

Ces prises de position ont suscité une vive réaction de la part des députés de la coalition de droite et libertaire du président Javier Milei. Lila Lemoine, membre du parti de Milei, a publiquement réprimandé Myriam Bregman, dont elle était autrefois proche, en lui demandant de « jurer pour son pays ». Des huées et des insultes ont fusé de la part des députés pro-gouvernementaux, qui estimaient que le serment ne devait pas être utilisé à des fins de propagande politique.

L’organisation DAIA (Délégation d’Associations Israélites Argentines) a immédiatement réagi en déposant une plainte officielle. Dans un communiqué, elle a dénoncé l’utilisation de l’expression « Du fleuve à la mer », qu’elle considère comme un appel à la destruction d’Israël et à l’élimination de sa population juive. Une vidéo de l’incident a été largement diffusée sur les réseaux sociaux.

« Cette expression n’est ni un slogan neutre ni un simple chant de protestation. C’est une phrase de haine, utilisée pour appeler à la destruction d’un État souverain et à l’élimination de sa population juive. Elle promeut la violence, légitime le terrorisme et alimente une atmosphère d’hostilité envers les Juifs partout dans le monde. »

DAIA, communiqué officiel

L’incident a également pris une tournure inattendue lorsqu’un autre député de gauche, Juan Grabois, a effectué un geste qui a été interprété par certains comme un salut nazi. Ses proches ont affirmé qu’il s’agissait d’une référence au salut utilisé dans la série littéraire pour jeunes adultes « The Hunger Games », symbolisant la résistance à un régime oppressif. Le geste controversé de Juan Grabois a suscité une vive polémique.

Parallèlement, Patricia Holzman, une députée juive nouvellement élue, a choisi de prononcer le mot « promets » au lieu de « jure » et a prêté serment sur une Bible juive, marquant ainsi une forme de protestation discrète.

Suite à ces événements, un projet de loi visant à empêcher les députés qui ne prêtent pas serment conformément aux règles de la Chambre d’accéder à leur siège a été présenté. La députée Sabrina Ajmechet a déclaré : « Qu’il y ait des parlementaires qui ont pris leurs fonctions en prêtant allégeance à un autre territoire… c’est plus que laid, c’est problématique. »

Il reste à voir si les députés concernés seront sanctionnés. L’Argentine a adopté en 2020 la définition de l’antisémitisme de l’IHRA et dispose d’une loi anti-discrimination en vigueur depuis 1988. Un autre législateur est déjà poursuivi pour des publications antisémites.

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