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Les Londoniens médiévaux importaient des cadeaux de Noël bon marché

by Clara Dubois

Publié le 19 décembre 2023 16:25:00. Des recherches dans les archives douanières de Londres révèlent que les Londoniens du Moyen Âge étaient déjà de consommateurs avertis, importants jouets, friandises et objets décoratifs bien avant l’essor des marchés de Noël modernes.

  • Les archives douanières de Londres entre 1380 et 1560 témoignent d’un commerce florissant d’articles manufacturés à bas prix.
  • Des milliers d’objets du quotidien, des balles de tennis aux poupées, en passant par les jeux de société, étaient importés en grande quantité.
  • L’étude révèle une culture matérielle riche et variée, et une attitude envers la consommation étonnamment similaire à la nôtre.

Loin de l’image d’une vie médiévale austère et dépourvue de confort, les Londoniens du XIVe et XVe siècles étaient de véritables consommateurs. C’est ce que démontre une analyse approfondie des registres d’importations conservés dans les archives douanières de Londres, menée par l’agence Reuters. L’étude, basée sur la numérisation de plus de 200 000 documents relatifs aux expéditions maritimes entre 1380 et 1560, révèle un appétit pour les produits manufacturés et importés, comparable à celui des consommateurs modernes.

Si les historiens ont toujours étudié ces archives pour analyser le commerce de la laine et des tissus anglais, l’attention s’est rarement portée sur les marchandises importées elles-mêmes. Or, ces documents offrent un aperçu fascinant de la diversité et de la richesse de la culture matérielle de l’époque. Des milliers de produits différents ont été recensés, allant des alphabets imprimés au gingembre, en passant par une multitude d’objets du quotidien.

En analysant les déclarations douanières des mois de novembre et décembre, les chercheurs ont pu reconstituer une image précise des articles importés à l’approche des fêtes de fin d’année. Si certains des Londoniens les plus aisés, comme la famille Cely, se rendaient directement à Bergen-op-Zoom, près d’Anvers (Belgique actuelle), pour faire leurs achats au « Cold Mart », un marché annuel qui ouvrait ses portes le 6 novembre et peut être considéré comme un ancêtre des marchés de Noël, la majorité de la population se fournissait auprès d’un réseau de marchands, souvent hollandais et flamands.

Ces commerçants revendaient ensuite leurs marchandises dans les boutiques de Londres, qui proposaient une large gamme d’articles de tricot, de couture et de vêtements – dont beaucoup étaient situés sur le pont de Londres – ainsi qu’à travers des colporteurs qui sillonnaient la campagne. Les articles les plus prisés de la saison incluaient des hochets et des poupées pour les enfants, des balles de tennis, des jeux de société, des dés, ainsi que des objets de dévotion tels que des chapelets et des bijoux Agnus Dei.

Les archives révèlent également l’importance des fruits et des épices, ainsi que des cadeaux plus luxueux comme des bijoux et des gants en cuir raffinés. Un seul envoi, daté de novembre 1480, comprenait des dizaines de tableaux, des sifflets, des cordes de harpe, des centaines de chandeliers, une « boîte de japes » (contenant des tours et des jouets) et même « 14 douzaines de Jésus » – des figurines religieuses.

L’étude met également en lumière l’essor de la lecture et de l’écriture à Londres, avec l’importation massive de livres imprimés à partir des années 1480. Wynkyn de Worde, le deuxième imprimeur enregistré d’Angleterre, payait ainsi des droits de douane sur « un hoggeshede bookes » (l’équivalent d’un tonneau de bière, d’une capacité d’environ 238 litres) d’une valeur de 50 shillings en 1507.

Le papier, tant pour l’écriture que pour l’emballage, était également régulièrement importé, tout comme les lunettes, souvent accompagnées de leurs étuis. Des envois plus insolites témoignent des connexions mondiales émergentes de Londres, comme les coquilles de noix de coco, transformées en tasses grâce à un sertissage en argent, ou les « popingays » (perroquets de compagnie), dont l’un a été soumis aux droits de douane en 1421, accompagné d’un sac de graines pour se nourrir.

Ce qui frappe, soulignent les chercheurs, c’est le grand nombre d’objets qui semblent avoir été omniprésents à l’époque, mais dont il ne reste que très peu de traces matérielles. Cela s’explique en partie par leur caractère supposément bon marché et jetable. Les comptes des douanes constituent donc une source précieuse d’informations sur les biens quotidiens et les habitudes d’achat des Londoniens ordinaires, révélant l’ampleur des pertes au fil du temps.

Alors que le Musée de Londres conserve certains des plus beaux exemples d’objets ménagers médiévaux, les archives douanières permettent de mesurer l’importance du patrimoine matériel qui a disparu. En considérant ces documents comme des sources d’histoire culturelle, il devient possible de retracer l’évolution des goûts et des préférences des consommateurs au-delà des frontières. Cette approche confirme que les comptes douaniers ne se limitent pas à documenter le commerce, mais éclairent également la vie quotidienne.

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