Publié le 13 novembre 2025 à 07h35. Les hôpitaux néerlandais lancent une étude pour quantifier l’impact du tabagisme, du vapotage et de la consommation de snus sur les admissions aux urgences, face à une inquiétude croissante des médecins.
- Une étude nationale vise à déterminer le nombre de patients arrivant aux urgences en raison de problèmes de santé liés à la nicotine.
- L’usage du vapotage chez les jeunes est particulièrement préoccupant, avec un quart des élèves de 12 à 16 ans ayant déjà expérimenté la cigarette électronique.
- Les professionnels de santé souhaitent améliorer la prise en charge des patients et proposer une aide à l’arrêt du tabac et du vapotage.
Les hôpitaux néerlandais vont désormais enregistrer systématiquement les cas de patients se présentant aux urgences avec des pathologies directement imputables à la consommation de tabac, de cigarettes électroniques ou de snus. Cette initiative fait suite à la conviction grandissante des médecins qu’un nombre croissant de personnes nécessitent des soins d’urgence en raison de leur dépendance à la nicotine.
Les adultes sont régulièrement admis pour des complications liées au tabagisme de longue date, telles que des problèmes cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). Cependant, l’ampleur réelle de l’impact de la nicotine sur les soins d’urgence n’avait jusqu’à présent jamais été précisément étudiée.
Nicole Kraaijvanger, médecin urgentiste à l’UMC de Leiden et à l’origine de cette étude nationale, explique :
« Nous estimons depuis longtemps qu’un nombre croissant de personnes ont besoin de soins aigus en raison du tabagisme ou du vapotage. Nous voulons nous en assurer. »
Nicole Kraaijvanger, médecin urgentiste à l’UMC de Leiden
L’inquiétude porte particulièrement sur l’essor du vapotage chez les jeunes. Selon une étude de l’Institut Trimbos, un quart des élèves âgés de 12 à 16 ans ont déjà utilisé une cigarette électronique. Quatre pour cent vapotent quotidiennement, et un tiers d’entre eux consomment également des cigarettes traditionnelles.
Esther Croes, épidémiologiste à l’Institut Trimbos, souligne la forte concentration de nicotine dans les vapes et leur caractère addictif, notamment en raison de l’utilisation de sels de nicotine qui agissent rapidement sur le cerveau :
« La nicotine est très nocive pour les adolescents car elle perturbe le développement du cerveau. Cela peut entraîner des lésions cérébrales permanentes et des troubles mentaux, tels que l’anxiété, des problèmes de concentration et la dépression. Ces dommages au cerveau sont irréversibles. »
Esther Croes, épidémiologiste à l’Institut Trimbos
Contrairement à la cigarette, où les effets néfastes se manifestent généralement après des années de consommation, les conséquences du vapotage peuvent être immédiates chez les jeunes. Les cas de pneumonie aiguë, de crises d’asthme et d’effondrement pulmonaire sont de plus en plus fréquents.
« Dans certains cas, la situation était si grave qu’une admission en soins intensifs a été nécessaire. »
Nicole Kraaijvanger, médecin urgentiste à l’UMC de Leiden
C’est dans ce contexte que les associations professionnelles de médecins urgentistes, de pédiatres et de pneumologues, l’Institut Trimbos et la plateforme de prévention Vapen#Your Choice ont décidé d’unir leurs forces pour sensibiliser le public. Les résultats de l’étude, attendus dans un mois, devraient permettre d’améliorer les politiques de prévention du tabagisme et du vapotage.
L’objectif est également d’améliorer la prise en charge des patients. Après une visite aux urgences, les patients seront orientés vers des professionnels de santé spécialisés dans l’aide à l’arrêt du tabac et du vapotage. Dès aujourd’hui, les participants à l’étude qui fument ou vapotent se verront proposer une orientation vers des soins adaptés.
Arrêter de fumer est un défi complexe qui ne relève pas d’un simple manque de volonté, insiste Nicole Kraaijvanger :
« La dépendance à la nicotine tient les gens sous son emprise, parfois même lorsqu’ils tombent gravement malades. »
Nicole Kraaijvanger, médecin urgentiste à l’UMC de Leiden
L’Institut Trimbos a développé une méthode permettant aux médecins de prodiguer de brefs conseils à leurs patients, en une minute, suivis d’une orientation vers un accompagnement personnalisé. Les recherches montrent que cette approche permet de doubler les chances de succès.