À l’approche du Jour des Morts, une fête ancestrale mexicaine de plus en plus populaire aux États-Unis, une question se pose : comment préserver l’authenticité de cette tradition face à sa commercialisation croissante ? Des familles américano-mexicaines à travers le pays s’apprêtent à honorer leurs ancêtres avec des autels colorés, des offrandes gourmandes et des décorations symboliques.
Traditionnellement, le Día de los Muertos est une célébration intime et familiale. Les familles dressent des ofrendas, des autels domestiques ornés de photographies des défunts, de bougies, de papier découpé multicolore (papel picado) et d’objets personnels qui leur étaient chers – cigares, mezcal, plats préférés comme le mole, les tortillas et les chocolats. Des visites aux cimetières sont également de mise, où les tombes sont décorées de fleurs et de crânes en sucre.
Le crâne, symbole central de la fête, représente le retour temporaire des ossements dans le monde des vivants, une métaphore de la renaissance et du cycle de la vie. Les défunts sont considérés comme des graines qui repoussent chaque année, sous la forme d’une récolte annuelle.
Ces dernières années, la popularité du Jour des Morts a explosé, notamment grâce au film d’animation Disney « Coco » sorti en 2017. « Coco a permis à un public extérieur à la communauté américano-mexicaine de découvrir la tradition et d’en apprécier la beauté, mais cela l’a aussi rendue plus commercialisable », explique Cesáreo Moreno, conservateur en chef du Musée national d’art mexicain.
Cette popularité croissante s’accompagne d’une confusion fréquente avec Halloween, ce qui modifie la perception et la manière dont la fête est célébrée. Par ailleurs, des entreprises américaines, à l’instar de Target et Wal-Mart, proposent désormais des kits préfabriqués pour créer des ofrendas, une pratique dénoncée comme une appropriation culturelle par Sehila Mota Casper, directrice latino d’Heritage Conservation.
« Cela commence à être culturellement approprié par d’autres personnes en dehors de notre diaspora », déplore-t-elle.
Certains observateurs notent également une tendance à la simplification des autels, avec une esthétique plus minimaliste et moins de couleurs vives. Ana Cecy Lerma, une Américaine d’origine mexicaine vivant au Texas, suggère que cette évolution pourrait être motivée par le désir de créer des images attrayantes pour les réseaux sociaux. « Si votre raison est simplement que vous aimez son apparence, alors j’ai l’impression que vous ne comprenez pas la raison pour laquelle nous fabriquons des autels », affirme-t-elle.
Pour Salvador Ordorica, un Américain d’origine mexicaine de première génération à Los Angeles, il est normal que les traditions évoluent pour rester vivantes. « Je pense qu’il est normal que les traditions changent. C’est une façon de vraiment maintenir cette tradition vivante tant que le noyau de la tradition reste en place », dit-il.
Beth McRae, une passionnée de la culture latine, collectionne des objets liés au Jour des Morts depuis le début des années 1990 et organise chaque année une fête pour célébrer cette journée. « C’est la célébration la plus cool parce que vous invitez des êtres chers que vous avez perdus », explique-t-elle, soulignant l’importance du respect et de la sensibilisation à la culture d’origine.
« Cela se fait avec respect et amour, mais c’est une opportunité de sensibiliser les gens qui ne connaissent pas la culture ou qui n’en sont pas issus », ajoute-t-elle.
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