Une frappe aérienne américaine, menée en coordination avec le gouvernement nigérian, a semé la panique dans le village de Jabo, dans l’État de Sokoto, au nord-ouest du Nigeria. L’opération, qui visait un camp présumé de combattants liés à l’État islamique, a suscité l’inquiétude des habitants et relance un débat diplomatique entre les deux pays.
Sanusi Madabo, un agriculteur de 40 ans, témoigne avoir été réveillé jeudi soir par un bruit assourdissant. « J’ai entendu un fracas énorme, comme un avion qui s’écrase », raconte-t-il. En sortant de sa maison, il a été frappé par une lueur rouge intense qui illuminait le ciel. « C’était presque comme en plein jour », a-t-il déclaré.
Le gouvernement américain a annoncé avoir mené une « frappe puissante et meurtrière » contre les forces de l’État islamique au Nigeria. Le Nigeria a confirmé sa coopération dans cette opération, la qualifiant de « nouvelle phase d’un vieux conflit », selon les déclarations de son ministre des Affaires étrangères, Yusuf Tuggar. Il s’attend à ce que d’autres frappes suivent.
Les habitants de Jabo décrivent une scène de chaos et de confusion. Abubakar Sani, qui habite à proximité du site de l’impact, se souvient : « À l’approche de notre zone, la chaleur est devenue intense. Nos chambres ont commencé à trembler, puis un incendie s’est déclaré. » Il appelle le gouvernement nigérian à assurer la protection de ses citoyens. « Nous n’avons jamais vécu quelque chose de pareil auparavant », affirme-t-il.
L’armée nigériane n’a pas communiqué sur le nombre de sites ciblés par les frappes. Les habitants affirment qu’il n’y a pas eu de victimes, mais la zone a été bouclée par les forces de sécurité.
Selon des analystes, les frappes pourraient avoir visé le groupe Lakurawa, un groupe relativement nouveau dans la crise sécuritaire nigériane, composé principalement de combattants étrangers du Sahel. Les liens entre ce groupe et l’État islamique en Afrique de l’Ouest n’ont toutefois pas été prouvés à ce stade.
L’absence d’informations officielles sur les ciblages et les éventuelles victimes alimente l’inquiétude sur le terrain. Bulama Bukarti, analyste de la sécurité, souligne l’importance pour les gouvernements américain et nigérian de communiquer de manière transparente. « Plus les gouvernements sont opaques, plus la panique s’accentuerait », prévient-il.
Aliyu Garba, un chef de village de Jabo, s’inquiète également du comportement des habitants qui se sont précipités sur les lieux pour récupérer des débris métalliques, risquant de se blesser. Balira Sa’idu, une jeune femme de 17 ans, voit ses projets de mariage compromis par l’événement. « Je suis censée penser à mon mariage, mais en ce moment je panique », confie-t-elle. « La grève a tout changé. Ma famille a peur et je ne sais même pas s’il est sécuritaire de poursuivre le projet de mariage à Jabo. »
