Le groupe néerlandais Nits, pilier de la scène musicale depuis 1974, entame une nouvelle tournée malgré les épreuves récentes : un incendie dévastateur et la maladie de son chanteur, Henk Hofstede. L’occasion pour le groupe de revisiter ses classiques tout en explorant de nouvelles voies artistiques, marquées par l’influence de figures comme Leonard Cohen et Nick Cave.
En mai 2022, le studio et les archives des Nits étaient réduits en cendres. Un coup dur, mais pas un arrêt. Peu après, Henk Hofstede a été diagnostiqué avec une myasthénie grave, une affection neurologique affectant les muscles et pouvant entraîner des difficultés d’élocution et de déglutition. « J’ai pensé que c’était la fin de l’histoire. Et j’étais en paix avec ça. J’ai fait tellement de choses », confie-t-il. Grâce à un traitement médical stabilisant, il a cependant retrouvé la capacité de se produire sur scène.
La tournée actuelle se distingue par une scénographie originale : deux écrans diffuseront les peintures de Henk Hofstede, créant une expérience visuelle immersive inspirée des illustrations de livres. Le groupe ne renonce pas pour autant à ses succès, comme « Nescio », « In The Dutch Mountains » ou « Adieu Sweet Bahnhof », qu’il continue de jouer régulièrement. « Leonard Cohen disait que les chansons, comme les tracteurs, peuvent durer éternellement. Sans doute. Mais elles mûrissent ou vieillissent, comme nous », observe Henk Hofstede avec un sourire.
Malgré les défis, la motivation reste intacte. « Apporter du plaisir au public est la raison numéro un d’être sur scène. C’est aussi très agréable pour nous. Même si parfois un long concert vous épuise et si, certains soirs, ça nous semble sonner comme un vrai bazar. Un concert est toujours un équilibre entre plaisir et souffrance », explique-t-il.
Les Nits se définissent volontiers comme un « bon groupe » des Pays-Bas, une formule modeste pour un groupe qui a traversé plus de cinq décennies. Henk Hofstede n’a jamais recherché la célébrité, préférant le plaisir de la musique au glamour de la vie de rock star. À ses débuts, il y a 51 ans, l’ambition était simple : écrire, créer et profiter de l’instant présent.
L’incendie de leur studio, De Werf, reste une blessure vive. « C’est difficile. Nous louons quelque chose à Amsterdam, rien de comparable à ce que nous avions. À ce stade de notre vie, je ne veux plus trop investir dans des studios et ce genre de choses. Nous avons racheté des instruments, recommencé le travail, mais il nous manque ce chez-nous où nous étions entourés par toute notre histoire », déplore-t-il. Cette nostalgie, il la retrouve dans leur mini-album « Tree House Fire », une œuvre introspective née des cendres du désastre.
Leur album plus récent, « Neon » (2022), marque une évolution vers des sonorités moins pop. « On ne pouvait pas traiter l’incendie qui a ravagé notre “maison” avec des chansons pop joyeuses. Mais *Incendie dans une cabane dans les arbres* n’est pas un album déprimant. Il y a de la lumière et de l’espoir. On y traite de la perte de façon poétique, avec une certaine beauté, j’espère. Notre musique va dans cette direction. Nous ne sommes plus les “jeunes nouveaux Beatles hollandais” », ironise Henk Hofstede.
En matière d’élégance, Henk Hofstede cite Charlie Watts, le batteur des Rolling Stones, et Ray Davies comme modèles. Les Nits ont adopté un style vestimentaire soigné, avec des costumes et des chemises blanches, dès les années 1980, inspiré par l’esthétique des groupes britanniques des années 1960, comme The Small Faces, The Move et The Who.
L’actualité politique aux Pays-Bas préoccupe également Henk Hofstede, fervent partisan du Parti travailliste (Partij van de Arbeid). « Tous ces gens qui choisissent un gouvernement de droite… C’est horrible. Depuis mon enfance et comme toute ma famille, je soutiens le Partij van de Arbeid. Il est impensable pour moi de choisir des partis de droite », affirme-t-il. Il déplore une forme de nostalgie artificielle et une dégradation du paysage culturel sous l’influence d’une droite au pouvoir. « Quand on a un gouvernement de droite, avec un public plus orienté à droite, à la radio et à la télévision, le choix des musiques et de films devient médiocre. Et pas très “coloré”. Il est très important d’utiliser la musique et l’art contre cet esprit-là. »
Les Nits se produiront le 20 décembre au Cirque Royal, à Bruxelles.
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