Une signature métabolique commune à tous les organes du corps pourrait être la clé pour lutter contre la cachexie cancéreuse, cette perte de poids sévère et souvent non diagnostiquée qui affecte entre 50 et 80 % des patients atteints d’un cancer. Des recherches récentes ouvrent la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant le métabolisme.
La cachexie, dérivée du grec signifiant « mauvais état », se manifeste par une perte de poids involontaire d’au moins 10 % sur six mois. Bien que cette perte de poids puisse être perçue comme positive dans d’autres contextes, elle est source de grande souffrance pour les patients atteints de cancer, qui peinent à reprendre du poids et voient leur qualité de vie se détériorer. Elle réduit également l’efficacité des traitements et augmente le risque de mortalité.
Jusqu’à présent, les études se concentraient principalement sur la perte de masse musculaire, car elle impacte directement la capacité des patients à effectuer les activités quotidiennes. Cependant, une nouvelle étude menée par des chercheurs de l’Institut du diabète et du cancer de Helmholtz Munich révèle que la cachexie affecte l’ensemble du métabolisme.
« Jusqu’à présent, on ne savait absolument pas comment les réactions métaboliques de différents organes interagissent pour entraîner une perte de poids liée au cancer », explique le Dr Maria Rohm, chef de groupe à l’institut. Dans le cadre de son programme de recherche « STOPWASTE », elle a étudié l’interaction entre le métabolisme des sucres et des lipides afin d’identifier de nouvelles cibles thérapeutiques. « Nous voulions mieux comprendre la nature de la perte de poids grâce à une analyse intégrée de différents organes. »
L’analyse combinée du métabolome et du transcriptome de huit organes différents chez des souris porteuses de tumeurs a permis d’identifier une signature métabolique spécifique à la cachexie, ainsi que des marqueurs génétiques associés à son évolution. Les chercheurs ont constaté une activation accrue du « cycle du carbone unique » – un processus biochimique essentiel à la synthèse des nucléotides, des acides aminés et à la régénération cellulaire – dans tous les organes étudiés.
Des composés issus de ce cycle, tels que la sarcosine et la diméthylglycine, pourraient servir de biomarqueurs pour diagnostiquer la cachexie. L’étude a également révélé que l’hyperactivation de ce cycle dans le muscle est liée à un métabolisme accru du glucose et à une atrophie musculaire. Des expériences préliminaires suggèrent que l’inhibition de ce processus pourrait prévenir cette atrophie.
De manière surprenante, les analyses comparatives sur huit modèles de tumeurs murines (cancer du poumon, du côlon et du pancréas) ont confirmé que cette signature métabolique du « cycle du carbone unique » est universelle, quel que soit le type de cancer. « Le fait que tous les organes réagissent métaboliquement de la même manière à la cachexie a été une surprise pour nous », souligne le Dr Rohm. « Les organes perdent leur signature métabolique individuelle et passent à ce processus métabolique coordonné. »
À ce stade, aucun médicament n’est approuvé en Allemagne pour traiter spécifiquement la cachexie cancéreuse. Cependant, cette étude fournit la première preuve que le métabolisme lui-même pourrait être normalisé. Des expériences préliminaires sur des cultures cellulaires montrent que des interventions ciblant le « cycle du carbone unique » peuvent avoir des effets positifs.
Les prochaines étapes de la recherche consisteront à déterminer si une réponse systématique au « cycle du carbone unique » est prometteuse ou si des thérapies ciblées sur des organes spécifiques, comme les muscles, sont nécessaires. Ce travail s’inscrit dans le cadre du groupe de recherche DFG « HyperMet », qui vise à normaliser non seulement l’appétit, mais aussi les processus métaboliques en cas de cachexie, afin d’améliorer la qualité de vie et l’efficacité des traitements contre le cancer.
Source : Morigny et al., 2026 : Le profilage multiomique des tissus cibles de la cachexie révèle une réponse spatio-temporelle coordonnée au cancer. Métabolisme naturel. DOI : 10.1038/s42255-025-01434-3
À lire aussi
