Home DivertissementLes parents qui filment leurs enfants en train de pleurer pour avoir des clics devraient bien se regarder | Rhiannon Lucy Cosslett

Les parents qui filment leurs enfants en train de pleurer pour avoir des clics devraient bien se regarder | Rhiannon Lucy Cosslett

by Antoine Girard

Publié le 12 octobre 2025 à 08h32. Une tendance inquiétante émerge sur les réseaux sociaux : la publication de vidéos montrant des enfants en pleine crise émotionnelle, suscitant des interrogations sur le respect de leur intimité et les motivations de leurs parents.

  • La multiplication de vidéos de bébés et d’enfants en pleurs sur les plateformes comme TikTok et Instagram soulève des questions éthiques.
  • Certaines tendances, comme lancer une tranche de fromage sur le visage d’un bébé ou casser un œuf sur sa tête, sont ouvertement humiliantes.
  • Des experts s’inquiètent de l’impact de cette exposition de la vulnérabilité infantile sur le développement émotionnel des enfants.

Le concept de « grands sentiments » est devenu un phénomène de mode dans le domaine de la parentalité, popularisé par des chansons comme « Big Feelings » de Mme Rachel et des programmes pour enfants comme « Small Potatoes ». Cette approche, qui vise à valider les émotions des enfants, est généralement saluée. Cependant, une face sombre émerge avec la prolifération de vidéos en ligne exploitant la détresse infantile.

De nombreux parents partagent désormais des images de leurs enfants en pleine crise émotionnelle, allant de simples pleurs à des accès de colère violents. Sur certaines plateformes, ces vidéos sont si courantes qu’elles ne suscitent plus de réaction. Une utilisatrice a alerté sur le caractère dérangeant, voire moralement répréhensible, de cette tendance. L’accumulation de ces images révèle une vulnérabilité extrême, souvent sans le réconfort parental visible.

Certaines vidéos particulièrement choquantes montrent des mères pratiquant des nettoyages de sinus sur leurs bébés en pleurs, filmant la scène pour la partager en ligne. Si la majorité des vidéos ne sont pas aussi extrêmes, chacune d’entre elles présente un aspect troublant. Au-delà des crises émotionnelles classiques, comme celle d’un enfant réalisant que le gâteau n’est pas inépuisable, ces images soulèvent des questions sur le consentement et le respect de l’intimité.

Des tendances plus ouvertement nuisibles, comme lancer une tranche de fromage sur le front d’un bébé pour l’empêcher de pleurer ou casser un œuf sur sa tête, ont également émergé. Amanda Hess, dans un article du New York Times, souligne que les parents semblent plus intéressés par l’image de leurs enfants qu’par leur bien-être, se réjouissant de leur pouvoir sur cette représentation en ligne.

Certains créateurs de contenu se défendent en affirmant que leurs vidéos visent à documenter des moments d’apprentissage et à montrer comment ils gèrent les crises émotionnelles de leurs enfants. D’autres tentent de se prémunir contre les critiques en précisant que leur objectif est éducatif. @babybearhealth, un compte tenu par un pédiatre, affiche un message auto-satisfait sur l’importance de « vivre le moment présent » plutôt que de le juger.

Cependant, la question demeure : pourquoi ressent-on le besoin de partager ces moments de vulnérabilité ? Pour beaucoup, il s’agit d’un manquement au devoir parental, celui d’être pleinement présent pour son enfant. Filmer un enfant en détresse envoie un message pervers sur la valeur de ses émotions et sur la place du téléphone portable dans la relation parent-enfant.

Alors que les approches de l’éducation évoluent et que l’on accorde de plus en plus d’importance à la validation des émotions enfantines, il est essentiel de se rappeler que la création d’un espace sûr ne peut se faire au détriment de l’intimité et de la dignité de l’enfant. La question n’est pas de savoir si l’on préfère lancer une tranche de fromage sur le front de son enfant pour rire, mais de savoir si l’on a le droit d’exploiter sa détresse pour obtenir des clics.

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