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Technologie et science

Les paysans du Norfolk ont créé les Broads en creusant la tourbe

Pendant des siècles au Moyen Âge, les paysans du Norfolk ont creusé à la main de vastes fosses de tourbe qui ont fini par être submergées.

Pendant des siècles au Moyen Âge, les paysans du Norfolk ont creusé à la main de vastes fosses de tourbe qui ont fini par être submergées. Ce chantier colossal a façonné une soixantaine de lacs pittoresques, dont l’origine humaine n’a été démontrée par la science qu’au milieu du XXe siècle.

Sur les cartes postales, les Broads anglaises évoquent un décor intouchable. Les voiliers glissent entre les roselières et les moulins à vent, et rien ne trahit l’intervention humaine.

Ces étendues d’eau situées dans le Norfolk et le Suffolk ne doivent rien au hasard de la nature. Il s’agit d’anciennes fosses d’extraction de tourbe creusées à la main par les habitants au Moyen Âge, avant d’être submergées par les eaux.

Une méprise géographique prolongée jusqu’en 1952

En 1952, la Royal Geographical Society a publié l’ouvrage de J. N. Jennings intitulé The Origin of the Broads, dans lequel le géomorphologue concluait que la quasi-totalité de ces lacs était née de processus naturels. Pendant des siècles, l’origine de ces lacs a échappé à tout le monde. Une telle erreur s’explique aisément : une fois les cavités remplies d’eau, l’érosion, l’accumulation de vase et le développement de la végétation ont masqué les parois abruptes. L’idée même qu’un tel volume ait pu être extrait à la main paraissait absurde aux yeux des observateurs de l’époque.

Il a fallu attendre les travaux de la botaniste Joyce Lambert (1916-2005) pour renverser cette certitude. Élevée à Brundall dans le Norfolk, elle a eu recours à une méthode minutieuse en utilisant un carottier étroit pour prélever des échantillons de tourbe. Elle a alors découvert que les bords des lacs étaient presque verticaux et que les fonds, situés à environ trois mètres de profondeur, étaient presque plats — des caractéristiques impossibles pour un lac naturel. À Surlingham Broad, ces sondages ont notamment été menés dans les années 1950 avec l’aide d’écoliers de Norwich.

Des archives paroissiales à la crise du combustible du XIIe au XIVe siècle

Chaque paroisse détenait le droit d’extraire la tourbe dans un secteur précis, et les anciennes cartes de dîme délimitent des zones dont les contours coïncident exactement avec la forme des lacs. L’argument le plus décisif est venu des archives. Entre le XIIe et le XIVe siècle, l’est de l’Angleterre souffrait d’un manque criant de bois alors que la région figurait parmi les plus densément peuplées et prosperes du pays.

Les monastères ont alors géré les tourbières comme de véritables entreprises industrielles pour alimenter les marchés de Norwich et de Great Yarmouth. Selon une source unique, la cathédrale de Norwich aurait consommé 320 000 tonnes de combustible par an. Le volume total extrait à la main sur ces deux siècles est estimé à plus de 900 millions de pieds cubes, soit environ 25 millions de mètres cubes.

De l’exploitation minière oubliée à la réserve naturelle protégée

Vers la fin du XIVe siècle, la dégradation du climat d’Est-Anglie et la montée du niveau de la mer ont rendu les fosses impossibles à exploiter en raison des inondations répétées. Le chantier a été abandonné au profit d’importantes pêcheries, et le souvenir de cette activité humaine s’est peu à peu évanoui dans les mémoires.

Plus de soixante moulins de drainage se dressent encore dans ce paysage façonné par l’homme, où un quart des espèces bénéficient d’une protection internationale, à l’instar de la libellule Norfolk Hawker et du machaon, dans une zone qui bénéficie d’un statut proche de celui d’un parc national et d’une protection instaurée en 1988.

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À propos de l’auteur: Thomas Caron

Thomas Caron couvre les technologies, les sciences, l’intelligence artificielle et l’innovation. Il explique les nouveautés sans jargon inutile et distingue les annonces spectaculaires des avancées réellement établies.