Une dynamique nouvelle se dessine sur les marchés financiers américains : après des années de domination des grandes entreprises technologiques, les petites capitalisations montrent des signes de regain de vigueur, porté par l’anticipation d’une baisse des taux d’intérêt. Ce retournement de situation pourrait signaler un élargissement de la croissance économique, après une période marquée par une forte disparité entre les secteurs.
La semaine dernière, l’indice S&P 600, qui regroupe des entreprises à petite capitalisation, a enregistré une progression de 3,22 %, surpassant les 1,93 % de l’indice S&P 500, plus représentatif des grandes entreprises. Cette performance suggère que les entreprises les plus sensibles aux taux d’intérêt pourraient bénéficier d’un assouplissement de la politique monétaire.
Depuis 2022, les hausses de taux de la Réserve fédérale ont pesé sur certains secteurs clés de l’économie américaine, notamment l’industrie manufacturière, le secteur immobilier, les petites capitalisations et les consommateurs disposant de revenus modestes. À l’inverse, les géants technologiques liés à l’intelligence artificielle et les consommateurs aisés se sont montrés moins affectés par ces hausses.
Cette divergence a créé une économie à deux vitesses, où les entreprises sensibles aux taux d’intérêt ont peiné à faire croître leurs bénéfices, tandis que les secteurs moins vulnérables ont continué de progresser. En 2023, seulement 28 % des entreprises composant l’indice S&P 500 ont surperformé l’indice, un chiffre qui est passé à 32 % en 2024. Ce niveau est bien inférieur à la moyenne historique de 48 % depuis 1973.
Les experts soulignent que ce rétrécissement des marchés n’est pas inédit, survenant souvent lors de périodes de hausse des taux d’intérêt, comme en 1973, 1980, 1990 et 2020. Cependant, les deux dernières années se situent au même niveau que 1998 et 1999 en termes de concentration des performances sur un nombre limité de valeurs.
Actuellement, l’engouement pour l’intelligence artificielle stimule la croissance de ce secteur, tandis que d’autres domaines peinent à suivre. Cette situation rappelle les périodes précédentes de forte concentration des marchés, où les actions gagnantes ont généré une croissance des bénéfices disproportionnée par rapport à leur sensibilité économique.
Les investisseurs semblent anticiper un élargissement de la croissance économique, à mesure que les taux d’intérêt baissent et atténuent les pressions sur les secteurs les plus vulnérables. La courbe des rendements du Trésor américain montre également des signes de détente : le taux des bons du Trésor à deux ans est passé de 4,24 % début 2025 à 3,48 % à la fin de la semaine, tandis que le taux à 10 ans est tombé de 4,79 % à 4 %.
Cette baisse des rendements s’est accélérée ces dernières semaines, notamment après la publication du rapport sur l’emploi de juillet, qui a été révisé à la baisse. Depuis lors, les actions à petite capitalisation ont surperformé de 3 % leurs homologues à grande capitalisation.
Les analystes s’attendent à ce que cette tendance se poursuive, compte tenu des valorisations relativement attractives des petites capitalisations et des perspectives d’amélioration de leurs bénéfices. Ils estiment également que les retombées positives de l’intelligence artificielle se diffuseront à l’ensemble de l’économie américaine, contribuant à améliorer les marges et les bénéfices des entreprises.
Cependant, la baisse des rendements du Trésor pourrait également refléter des craintes concernant un ralentissement du marché du travail, ce qui pourrait signaler une faiblesse économique potentielle. Malgré ces incertitudes, les experts recommandent de maintenir un portefeuille diversifié pour faire face à toutes les éventualités.
Inflation et perspectives économiques
Les données de l’indice des prix à la consommation (IPC) publiées en septembre, après un report dû à la fermeture administrative, se sont avérées inférieures aux attentes, malgré les inquiétudes liées à l’impact des droits de douane. L’IPC global a augmenté de 3 % sur un an, tandis que l’inflation sous-jacente, qui exclut les prix de l’alimentation et de l’énergie, a progressé de 3 %, marquant un ralentissement par rapport au mois précédent.
L’inflation des biens a augmenté de 0,2 % en septembre, après 0,3 % en août, et s’établit à 1,5 % sur un an, un niveau qui n’avait pas été observé depuis juin 2011 (hors période de la COVID-19). L’inflation des services a également été plus faible que prévu, avec une hausse de 0,2 % en septembre, contre 0,3 % en août.
Malgré une inflation globalement modérée, les consommateurs restent pessimistes quant à l’évolution des prix, selon les enquêtes de l’Université du Michigan, qui ont atteint leur plus bas niveau depuis cinq mois, à 53,6. L’indice des conditions économiques actuelles est tombé à 58,6, son niveau le plus bas depuis juin-août 2022.
Les données préliminaires de l’indice S&P Global Purchasing Managers Index (PMI) indiquent un bon début de quatrième trimestre, avec un indice composite de 54,8 en octobre, contre 53,9 en septembre. L’indice des services a atteint un sommet sur trois mois à 55,2, tandis que l’indice manufacturier a légèrement augmenté à 52,2.
Les entreprises manufacturières et de services ont du mal à répercuter la hausse des coûts des intrants sur les prix, en raison d’une demande modérée et d’une concurrence intense. Les perspectives d’activité commerciale pour l’année à venir sont tombées à l’un des plus bas niveaux observés au cours des trois dernières années, en raison des droits de douane et de l’incertitude politique.
Enfin, les ventes de maisons existantes ont augmenté de 1,5 % en septembre, atteignant un taux annuel désaisonnalisé de 4,06 millions, grâce à la baisse des taux hypothécaires et à l’amélioration de l’abordabilité du logement. Les stocks de logements invendus ont augmenté de 1,3 % à 1,55 million d’unités, représentant 4,6 mois d’approvisionnement.
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