Publié le 16 mai 2024. Face à l’imprévisibilité de la politique commerciale américaine sous la présidence de Donald Trump, le Canada se tourne de plus en plus vers la Chine, notamment en abaissant les droits de douane sur les véhicules électriques, une décision qui pourrait fragiliser les négociations sur l’avenir de l’accord USMCA.
- Le Canada a récemment réduit ses droits de douane sur les véhicules électriques chinois en échange d’un accès facilité pour ses produits agricoles, en particulier le canola, au marché chinois.
- Cette initiative marque un changement significatif dans la stratégie économique canadienne, où la menace économique des États-Unis est désormais perçue comme plus importante que celle de la Chine.
- Les politiques commerciales de Trump, caractérisées par des tarifs douaniers élevés et une approche souvent arbitraire, poussent les alliés traditionnels des États-Unis à diversifier leurs partenariats commerciaux.
Ottawa a pris cette décision dans un contexte de tensions commerciales persistantes avec Washington. Depuis son entrée en fonction, Donald Trump a rompu avec soixante-dix ans de politique commerciale américaine axée sur la libéralisation des échanges, imposant des droits de douane sur les importations en provenance de nombreux pays, notamment dans les secteurs de l’acier et de l’automobile. Des critiques s’inquiètent de l’impact inflationniste potentiel de ces mesures et de leurs effets négatifs sur les industries américaines.
L’accord commercial avec la Chine, bien que risqué, est présenté par le Premier ministre Mark Carney comme une nécessité pour développer un secteur canadien des véhicules électriques compétitif. La Chine possède des atouts considérables dans ce domaine, et la coopération est jugée essentielle. L’accord prévoit un quota initial de 49 000 véhicules électriques chinois importés avec des droits de douane réduits, qui passera à environ 70 000 sur cinq ans.
Cette initiative suscite toutefois des inquiétudes au sein de l’industrie automobile canadienne. Le premier ministre de l’Ontario, par exemple, craint des conséquences négatives pour les travailleurs canadiens et estime que cet accord pourrait donner à la Chine un accès privilégié au marché canadien.
« Cela pourrait donner un pied à la Chine dans la porte du marché canadien. »
Premier ministre de l’Ontario
L’Union européenne est également en quête de nouveaux accords commerciaux, notamment avec le Mercosur sud-américain, tandis que la Chine continue de diversifier ses marchés d’exportation vers l’Europe et l’Asie du Sud-Est. En 2025, la Chine a enregistré un excédent commercial record de 1 200 milliards de dollars (environ 1 800 milliards de dollars canadiens) malgré les tarifs douaniers américains.
Donald Trump justifie ses tarifs douaniers comme un moyen de renforcer les finances publiques américaines, de protéger les industries nationales et d’attirer les investissements. Cependant, son approche est souvent perçue comme arbitraire et imprévisible. Il a notamment menacé le Brésil en raison de poursuites judiciaires impliquant son allié Jair Bolsonaro et a annoncé de nouveaux tarifs douaniers sur les pays qui ne soutiennent pas ses ambitions concernant le Groenland.
L’accord commercial avec la Chine complique les négociations sur le renouvellement de l’accord USMCA (Accord Canada-États-Unis-Mexique), dont l’issue est cruciale pour l’économie canadienne, puisque 75 % des exportations canadiennes sont destinées aux États-Unis. Mark Carney se trouve dans une position délicate, cherchant à la fois à diversifier les partenariats commerciaux du Canada et à maintenir des liens solides avec les États-Unis, tout en tenant compte de l’influence des entreprises américaines qui bénéficient de l’accord commercial actuel.
Ces évolutions témoignent de la manière dont la politique commerciale de Donald Trump modifie les relations entre les États-Unis et leurs alliés traditionnels, renforçant les liens économiques entre ces derniers et la Chine.