Publié le 25 octobre 2025 à 01h10. Une nouvelle étude suggère que les agonistes des récepteurs du GLP-1, des médicaments utilisés pour la perte de poids, pourraient être associés à une réduction significative du risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA), une cause majeure de perte de vision.
- L’utilisation d’agonistes des récepteurs du GLP-1 (AR GLP-1) est associée à une diminution du risque de développer une DMLA non exsudative.
- Les patients traités par AR GLP-1 présentent un risque réduit d’évolution vers une DMLA exsudative par rapport à ceux suivant d’autres traitements pour la perte de poids.
- Les chercheurs soulignent la nécessité de mener des essais cliniques randomisés pour confirmer ces résultats et explorer les mécanismes biologiques impliqués.
La relation entre obésité et dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) fait l’objet de débats depuis longtemps. Si certaines études n’ont pas trouvé de lien direct, d’autres ont mis en évidence des associations au sein de populations spécifiques. La recherche actuelle s’intéresse particulièrement au potentiel anti-inflammatoire des AR GLP-1, ouvrant une nouvelle piste pour comprendre le lien entre ces deux maladies.
« Les AR GLP-1, de plus en plus prescrits pour favoriser la perte de poids, ont démontré des effets bénéfiques anti-inflammatoires et neuroprotecteurs systémiques, mais leurs implications sur le risque de DMLA restent largement inexplorées », ont souligné le Dr Abhimanyu Ahuja, du département d’ophtalmologie du Casey Eye Institute, et ses collègues. L’étude a évalué l’association entre l’utilisation des AR GLP-1 et le risque de développer ou de progresser vers une DMLA, en comparaison avec d’autres médicaments amaigrissants (OWLD) et l’absence de traitement pour la perte de poids.
Les chercheurs ont mené une étude de cohorte rétrospective en utilisant les données anonymisées de TriNetX, un réseau mondial de recherche en santé. L’analyse principale a porté sur le risque de développer une DMLA non exsudative, tandis qu’une analyse secondaire a évalué le risque d’évolution vers une DMLA exsudative. Les patients ont été suivis pendant une période maximale de 10 ans à compter du début du traitement.
L’étude a inclus un total de 91 408 patients. Après appariement par score de propension, la cohorte des patients traités par AR GLP-1 comptait 45 704 personnes, avec un âge moyen de 61,1 ans (écart type de 5,76 ans), tandis que la cohorte des patients traités par OWLD comprenait également 45 704 personnes, avec un âge moyen de 61 ans (écart type de 5,86 ans).
Les résultats ont révélé une association significative entre l’utilisation des AR GLP-1 et une réduction du risque relatif de développer une DMLA non exsudative de 83,5 % (RR : 0,16 ; IC à 95 % : 0,10-0,28 ; P < 0,001) à 5 ans, de 86,7 % (RR : 0,13 ; IC à 95 % : 0,08-0,22 ; P < 0,001) à 7 ans et de 91,3 % (RR : 0,09 ; IC à 95 % : 0,05-0,16 ; P < 0,001) à 10 ans, par rapport à l’utilisation des OWLD. Une sous-analyse a montré que l’utilisation d’OWLD était associée à une diminution du risque à 5 ans (RR : 0,47 ; IC à 95 % : 0,33-0,67 ; P < 0,001), 7 ans (RR : 0,52 ; IC à 95 % : 0,37-0,72 ; P < 0,001) et 10 ans (RR : 0,52 ; IC à 95 % : 0,39-0,68 ; P < 0,001) par rapport à l’utilisation des OWLD.
L’analyse secondaire a mis en évidence une association entre l’utilisation des AR GLP-1 (RR : 0,7 ; IC à 95 % : 0,33-1,5 ; P = 0,35) et l’absence de traitement pour la perte de poids (RR : 0,52 ; IC à 95 % : 0,25-1,06 ; P = 0,07) et un risque plus faible d’évolution vers une DMLA exsudative. Le groupe traité par OWLD présentait un risque plus élevé d’évolution vers une DMLA exsudative (RR : 1,45 ; IC à 95 % : 0,68-3,08 ; P = 0,33) comparativement au groupe traité par AR GLP-1.
Les chercheurs reconnaissent que l’étude ne permet pas d’établir un lien de causalité, mais ils soulignent la présence de récepteurs GLP-1 dans la rétine humaine et dans l’épithélium pigmentaire rétinien. Compte tenu de l’impact de la DMLA sur ces structures rétiniennes et de la sensibilité de l’épithélium pigmentaire rétinien à l’inflammation chronique, les AR GLP-1 pourraient exercer des effets rétinoprotecteurs et atténuer les processus inflammatoires.
« Ces résultats justifient la réalisation d’essais cliniques randomisés pour valider ces observations et approfondir la compréhension des mécanismes biologiques impliqués », ont conclu le Dr Ahuja et ses collaborateurs. « Si ces résultats sont confirmés, les AR GLP-1 pourraient être envisagés comme une option thérapeutique pour les patients présentant un risque élevé de DMLA et éligibles à une perte de poids pharmacologique. »
Références
-
Ahuja AS, Paredes AA, Jeune BK. Agonistes des récepteurs du peptide-1 de type glucagon et dégénérescence maculaire liée à l’âge. JAMA Ophtalmologie. Publié en ligne le 23 octobre 2025. doi:10.1001/jamaophthalmol.2025.3821
-
Peeters A, Magliano DJ, Stevens J, Duncan BB, Klein R, Wong TY. Modifications de l’obésité abdominale et de la dégénérescence maculaire liée à l’âge : étude sur le risque d’athérosclérose dans les communautés. Arc Ophtalmol. 2008;126(11):1554-1560. doi:10.1001/archopht.126.11.1554
Pour aller plus loin
