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Les prépublications ne décollent pas en Afrique

by Thomas Caron

Publié le 13 novembre 2023. L’essor des prépublications, ces versions préliminaires d’articles scientifiques, peine à s’imposer en Afrique, freiné par des contraintes de carrière, des infrastructures déficientes et un manque de soutien politique, selon des experts réunis lors d’un récent webinaire.

  • Les chercheurs africains montrent peu d’intérêt pour les prépublications malgré les efforts déployés pour les promouvoir.
  • Le système d’évaluation de la recherche, basé sur les revues à fort impact, décourage l’adoption de nouveaux modèles de publication.
  • Des investissements dans les infrastructures locales et une révision des critères d’évaluation sont nécessaires pour favoriser l’accès libre à la science en Afrique.

Les prépublications, qui permettent aux chercheurs de diffuser rapidement leurs travaux avant la validation par les pairs, pourraient accélérer le partage des connaissances et la collaboration scientifique. Cependant, lors d’un webinaire organisé le 12 novembre par le Bureau des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement du Royaume-Uni, le Réseau international pour l’avancement de la science et de la politique (Inasp) et l’Académie des sciences d’Afrique du Sud (Assaf), des experts ont souligné les obstacles majeurs à leur adoption sur le continent africain.

Susan Veldsman, directrice de la publication scientifique d’Assaf, a exprimé sa déception face au manque d’engouement des chercheurs.

« À l’heure actuelle, les chercheurs ne sont tout simplement pas intéressés par les prépublications. D’énormes services ont été déployés pour les chercheurs en Afrique, des référentiels de recherche ouverts, etc., et ils ne décollent tout simplement pas. »

Susan Veldsman, directrice de la publication scientifique d’Assaf

Elle insiste sur la nécessité d’adapter les initiatives aux besoins réels des chercheurs.

« Nous ne devons pas simplement promouvoir et défendre le libre accès et tous ses différents piliers simplement pour le plaisir de le défendre. Nous devons être clairs quant à ce dont l’Afrique et l’Afrique du Sud ont particulièrement besoin. »

Susan Veldsman, directrice de la publication scientifique d’Assaf

Alice Chadwick El-Ali, responsable d’un projet Inasp axé sur la réforme de l’édition, a souligné que la reconnaissance des prépublications dans l’évaluation de la recherche est cruciale. Elle a évoqué les options politiques pour les bailleurs de fonds souhaitant accélérer la diffusion des résultats de la recherche.

Nokuthula Mchunu, de la National Research Foundation d’Afrique du Sud, a mis en évidence le poids des incitations traditionnelles liées aux revues à facteurs d’impact. Elle a expliqué que les comités d’évaluation des demandes de financement manquent souvent des outils nécessaires pour apprécier les résultats de recherche non conventionnels, comme les prépublications.

« L’évaluation de la recherche est en grande partie déterminée par les chercheurs. Tant que l’ouverture ne sera pas récompensée, la science ouverte sera très difficile à mettre en œuvre. »

Nokuthula Mchunu, National Research Foundation d’Afrique du Sud

Martin Ongol, secrétaire exécutif du Conseil national ougandais pour la science et la technologie, a fait état de difficultés similaires. De nombreuses universités restent attachées aux critères de publication classiques, et les lacunes en matière d’infrastructure et de numérisation entravent l’accès libre à la science.

Les participants au webinaire ont également dénoncé les coûts élevés de publication dans les revues en libre accès, qui perpétuent un modèle commercial préjudiciable. Ils estiment qu’une partie de ces fonds serait mieux investie dans le renforcement des infrastructures de publication locales. Une meilleure connectivité, des référentiels performants et un soutien à la gestion des données sont également considérés comme essentiels, mais leur efficacité dépend d’une évolution des critères d’évaluation de la recherche.

Les experts s’accordent à dire qu’un changement profond est nécessaire pour encourager l’adoption de pratiques de science ouverte en Afrique, en récompensant l’innovation et en adaptant les politiques aux réalités du continent.

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