Publié le 21 novembre 2025 à 6h54. Un plan de paix pour l’Ukraine, élaboré par des émissaires américains, circule et propose des concessions territoriales importantes à la Russie, suscitant des réactions mitigées et des interrogations sur l’implication des Européens et de Kiev.
- Un plan de paix comprenant 28 points aurait été mis au point par le secrétaire d’État américain Marco Rubio et l’envoyé spécial de Donald Trump, Steve Witkoff.
- Ce plan prévoit que la Russie prenne le contrôle total de la Crimée et du Donbass, tandis que l’Ukraine limiterait la taille de son armée et renoncerait à l’adhésion à l’OTAN.
- L’élaboration de ce plan s’est faite sans la participation directe des Européens ni du gouvernement ukrainien, ce qui suscite des critiques.
Plusieurs médias américains ont révélé ces derniers jours l’existence d’un plan de paix concernant la guerre en Ukraine, s’appuyant sur des sources confidentielles. Selon ces informations, le plan comprend 28 points et a été élaboré au fil des semaines par Marco Rubio, secrétaire d’État, et Steve Witkoff, l’envoyé spécial de Donald Trump. Ces derniers auraient mené des discussions avec des représentants de la Russie et de l’Ukraine afin d’évaluer les marges de manœuvre de chaque camp pour parvenir à une paix durable.
Karoline Leavitt, porte-parole du gouvernement américain, a confirmé l’existence de ces discussions. Le portail d’information américain « Axios » a précisé que Steve Witkoff avait négocié ce plan avec Kirill Dmitriev, un représentant russe, fin octobre, avant de le soumettre à Rustem Umerov, le chef du Conseil de sécurité ukrainien.
Le président russe Vladimir Poutine salue l’envoyé spécial de Trump, Steve Witkoff, lors d’une réunion à Moscou début août 2025.
Julia Démarée Nikhinson / AP
Moscou a pour l’heure adopté une attitude prudente. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, a simplement indiqué qu’il n’y avait aucune nouvelle proposition de la part des États-Unis visant à mettre fin à la guerre, se référant aux discussions déjà entamées lors du sommet entre Vladimir Poutine et Donald Trump en Alaska en août.
Selon le Financial Times, le nouveau plan correspond en grande partie aux exigences russes de longue date à l’égard de Kiev. « Axios » précise que le Qatar et la Turquie auraient également été impliqués dans les négociations, à l’instar de l’initiative de paix de Trump pour Gaza.
Le plan prévoit notamment que la Russie prenne le contrôle total de la Crimée et du Donbass, impliquant le retrait complet des forces ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk. Moscou obtiendrait ainsi les territoires qu’elle n’a pas encore réussi à conquérir militairement. Les régions du Donbass resteraient légalement partie intégrante de l’Ukraine, mais seraient démilitarisées et placées sous contrôle russe, moyennant le versement d’une sorte de loyer. Les fronts de Kherson et de Zaporizhia, annexés par la Russie suite à des référendums contestés, seraient quant à eux gelés. Les implications pour l’oblast de Kharkiv, également partiellement occupé par la Russie, restent floues.
L’Ukraine devrait également limiter la taille de son armée à 600 000 hommes, renoncer à l’adhésion à l’OTAN et à toute forme d’armement nucléaire, et s’abstenir d’utiliser des armes à longue portée.
En contrepartie, l’Ukraine recevrait des « garanties de sécurité fiables » de la part des États-Unis, dont les modalités restent à définir. La Russie s’engagerait à renoncer à toute nouvelle revendication territoriale et à s’interdire toute agression contre l’Europe et l’Ukraine. Des milliards de biens publics russes confisqués seraient utilisés pour financer la reconstruction et les investissements en Ukraine, une condition qui pourrait s’avérer difficile à accepter pour Moscou.
Un groupe de travail américano-russe sur les questions de sécurité serait chargé de veiller au respect des accords, tandis qu’un « Conseil de paix » présidé par Donald Trump garantirait leur application. Une fois le plan de paix accepté par toutes les parties et le retrait militaire achevé, un cessez-le-feu serait déclaré. Des élections devraient ensuite avoir lieu en Ukraine dans les 100 jours suivant la conclusion de l’accord.
Les États-Unis seraient indemnisés pour leurs garanties de sécurité par divers projets économiques, notamment dans les secteurs de l’énergie et des terres rares. La Russie serait quant à elle réintégrée dans l’économie mondiale et invitée à rejoindre le G8 après une période d’exclusion.
Ni les Européens ni le gouvernement ukrainien n’ont été associés à l’élaboration de ce plan. Les États-Unis auraient signifié à Zelensky que l’Ukraine devait accepter ces propositions.
Selon ses services, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a officiellement reçu ce plan de paix élaboré aux États-Unis. Il a rencontré une délégation américaine à Kiev. « À la suite de la réunion d’aujourd’hui, nous avons convenu de travailler sur les points du plan afin de parvenir à une fin digne de la guerre », a indiqué son bureau via Telegram, soulignant que l’Ukraine est en quête de la paix et soutiendra toute proposition susceptible de rapprocher une « vraie paix ».
Cependant, les exigences du plan sont perçues comme inacceptables par Kiev, frôlant la capitulation. Le président Zelensky a récemment appelé Donald Trump à œuvrer pour une paix juste, affirmant que « seuls le président Trump et les États-Unis ont la force de mettre fin à cette guerre », sur les réseaux sociaux.
Ce rapprochement entre Washington et Moscou intervient à un moment difficile pour l’Ukraine, confrontée à des revers militaires sur le front de l’Est, notamment autour de la ville de Pokrovsk, et à une crise politique interne liée à des accusations de corruption ayant conduit à la démission de plusieurs ministres. De nouvelles discussions sont attendues au Parlement et au gouvernement sur les conséquences de ces affaires, et le limogeage d’Andri Jermak, le puissant chef de cabinet de Zelensky, est évoqué.
