Publié le 19 janvier 2026 à 16h01 (heure locale). Une étude scientifique révèle comment le cœur du requin du Groenland, un vertébré réputé pour sa longévité exceptionnelle, parvient à fonctionner pendant des siècles malgré les signes du vieillissement.
- Le requin du Groenland est l’animal vertébré le plus longévif sur Terre, certains individus pouvant vivre plus de 400 ans.
- Des chercheurs ont découvert que son cœur présente des signes de vieillissement classiques, comme la fibrose, mais continue de fonctionner efficacement.
- L’étude suggère que la longévité du requin du Groenland ne repose pas sur l’absence de vieillissement, mais sur sa capacité à tolérer et à survivre aux dommages liés à l’âge.
Jakarta – Les scientifiques s’intéressent de près au requin du Groenland, une créature fascinante qui évolue dans les eaux froides et profondes de l’océan Arctique et de l’Atlantique Nord. Connu pour sa longévité hors du commun, ce requin géant peut vivre plusieurs siècles, certains spécimens étant estimés à plus de 400 ans. Une nouvelle étude, menée par une équipe du Laboratoire de biologie de l’École Normale Supérieure, tente de percer le mystère de son cœur, un organe qui devrait théoriquement s’affaiblir avec le temps.
Contrairement aux attentes, les chercheurs n’ont pas découvert un cœur totalement imperméable au vieillissement. Au contraire, le cœur du requin du Groenland présente de nombreux signes classiques de dégradation, notamment une fibrose importante. Ce phénomène, caractérisé par une accumulation excessive de collagène, rigidifie le tissu cardiaque et peut réduire sa capacité à pomper le sang, entraînant potentiellement une insuffisance cardiaque et des troubles du rythme chez d’autres espèces.
Cependant, malgré ce niveau élevé de fibrose, observé tant chez les mâles que chez les femelles, le cœur du requin du Groenland continue de fonctionner sans signe de défaillance. Cette résilience remarquable a conduit les scientifiques à remettre en question les idées reçues sur le vieillissement. Il semblerait que la stratégie de longévité du requin du Groenland ne soit pas d’éviter le vieillissement, mais plutôt de survivre et de rester stable malgré les dommages accumulés au fil des siècles.
Pour mieux comprendre ce mécanisme, les chercheurs ont également étudié le cœur d’un autre requin des grands fonds, l’Etmopterus spinax, plus petit et moins longévif. Ils ont constaté que cette espèce ne présentait pas de fibrose comparable, ce qui suggère que les changements observés chez le requin du Groenland sont plus liés à sa longévité exceptionnelle qu’à son simple habitat.
L’étude a également révélé une accumulation importante de lipofuscine, un pigment considéré comme un marqueur du vieillissement cellulaire, dans les cellules musculaires cardiaques du requin du Groenland. La quantité de lipofuscine était bien supérieure à celle observée chez des animaux ayant une durée de vie plus courte, comme le killifish africain, dont la vie ne dépasse pas quelques mois.
Au niveau microscopique, les chercheurs ont également identifié de nombreuses mitochondries endommagées et des lysosomes remplis de matière solide, des structures cellulaires impliquées dans le recyclage des composants usés. Bien que ce niveau de dommages mitochondriaux puisse perturber la production d’énergie et déclencher la mort cellulaire chez la plupart des animaux, les cellules cardiaques du requin du Groenland semblent capables de tolérer ces charges de dommages et de continuer à fonctionner.
Enfin, l’étude a mis en évidence des taux élevés de 3-nitrotyrosine, un marqueur du stress oxydatif et nitrosatif, souvent associé à une diminution de la fonction cardiaque. Ce composé était présent en abondance dans le cœur du requin du Groenland, sans pour autant entraîner de signes de maladie. Ces résultats remettent en question l’idée que la longévité est toujours liée à un faible stress oxydatif.
En conclusion, le cœur du requin du Groenland présente toutes les caractéristiques classiques du vieillissement, mais parvient à maintenir sa fonctionnalité grâce à une résilience biologique exceptionnelle. Les scientifiques estiment que la compréhension de ce mécanisme pourrait ouvrir de nouvelles perspectives sur la façon dont nous percevons le vieillissement et potentiellement conduire à des approches thérapeutiques innovantes.
Les résultats de cette recherche ont été publiés dans la revue BioRxiv.