Home SantéLes responsables canadiens affirment que les institutions de santé américaines ne sont plus fiables pour obtenir des informations exactes | Canada

Les responsables canadiens affirment que les institutions de santé américaines ne sont plus fiables pour obtenir des informations exactes | Canada

by Sophie Martin

Publié le 4 janvier 2026 à 17h21. L’érosion de la confiance envers les institutions sanitaires américaines, exacerbée par des prises de position anti-vaccins, suscite de vives inquiétudes au Canada, où les autorités craignent une recrudescence de la désinformation et une baisse de la couverture vaccinale.

  • La ministre canadienne de la Santé, Marjorie Michel, a publiquement exprimé son manque de confiance envers les institutions sanitaires et scientifiques américaines comme sources d’information fiables.
  • Le Canada a perdu son statut de pays ayant éliminé la rougeole en novembre dernier, après avoir enregistré plus de 5 000 cas dans l’année.
  • Des experts canadiens soulignent que la méfiance envers les vaccins est alimentée par la désinformation, un accès limité aux soins de santé primaires et, de plus en plus, par les déclarations controversées de personnalités publiques.

Ottawa s’inquiète de plus en plus de la fiabilité des informations émanant des États-Unis en matière de santé publique. Ces préoccupations se sont intensifiées suite aux récentes décisions du secrétaire américain à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., qui a mis en place un programme ouvertement anti-vaccin et a modifié les recommandations des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) concernant la vaccination contre l’hépatite B chez les nouveau-nés.

En décembre, un comité dirigé par Kennedy a voté en faveur de la suppression de la recommandation de vacciner systématiquement les nouveau-nés contre l’hépatite B, une décision qui a suscité l’indignation de la communauté scientifique. De plus, les CDC ont modifié leur site web en novembre, sur instruction de Kennedy, pour affirmer que « des études n’ont pas exclu la possibilité que les vaccins infantiles provoquent l’autisme », une affirmation que les experts qualifient de fausse et dangereuse.

Selon Dawn Bowdish, immunologiste et professeure à l’Université McMaster en Ontario, cette évolution est particulièrement préoccupante.

« Je ne peux pas imaginer un monde dans lequel cette désinformation ne s’insinue pas dans la conscience des Canadiens et ne suscite pas le doute. »

Dawn Bowdish, immunologiste et professeure à l’Université McMaster

Elle explique que l’éloignement des États-Unis du leadership en matière de santé publique rend plus difficile la lutte contre la méfiance envers les vaccins au Canada.

La ministre de la Santé, Marjorie Michel, a été sans équivoque sur la question.

« Je ne peux pas leur faire confiance en tant que partenaire fiable, non. »

Marjorie Michel, ministre canadienne de la Santé

Elle a également estimé que certains Canadiens pourraient être influencés par les positions de Robert F. Kennedy Jr., dans une interview accordée à CBC News.

Cette situation intervient alors que le Canada fait face à une recrudescence de la rougeole. Le pays a perdu son statut d’élimination de la rougeole en novembre, après avoir enregistré plus de 5 000 cas en 2025. Une épidémie particulièrement importante a touché l’Ontario, qui est devenue l’épicentre de la rougeole dans l’hémisphère occidental.

Les médecins attribuent cette situation à la baisse des taux de vaccination infantile, à l’accès limité aux médecins de famille et à la propagation de la désinformation, notamment après la pandémie de coronavirus. Une enquête nationale menée en 2021 a révélé que 2,1 % des enfants de deux ans n’avaient reçu aucun vaccin, en hausse par rapport à 1,7 % en 2019. Les parents invoquaient des préoccupations concernant la sécurité ou l’efficacité des vaccins.

Kumanan Wilson, médecin et professeur de médecine à l’Université d’Ottawa, estime que le Canada doit renforcer sa coopération avec d’autres systèmes de santé publique à l’échelle mondiale et prendre la tête du développement de la surveillance de la santé, alors que les institutions américaines semblent en perte de vitesse.

« Si nous construisons ce système, ce ne sera pas seulement formidable pour le Canada. Nous pouvons également fournir des informations vraiment précieuses au monde. »

Kumanan Wilson, médecin et professeur de médecine à l’Université d’Ottawa

Cependant, Michel Grignon, professeur et économiste de la santé à l’Université McMaster, met en garde contre une focalisation excessive sur les États-Unis. Il estime que le Canada doit s’attaquer aux causes locales de la méfiance envers les vaccins.

« Nous sommes la source de notre propre problème, et notre hésitation face à la vaccination n’a pas grand-chose à voir avec les États-Unis. Elle a à voir avec nous. »

Michel Grignon, professeur et économiste de la santé à l’Université McMaster

Il souligne que l’érosion des filets de sécurité sociale et la pandémie de coronavirus ont contribué à une perte de confiance envers le gouvernement et les institutions.

Il rappelle notamment les manifestations des camionneurs en 2022 contre les restrictions liées à la COVID-19, qu’il considère comme un symptôme de cette crise de confiance.

Par ailleurs, l’interdiction de Meta concernant le partage d’actualités au Canada, en raison d’un différend législatif, pourrait également entraver la diffusion de messages de santé publique fiables, selon Dawn Bowdish.

Un sondage Léger Healthcare publié en décembre 2025 révèle que, bien que la majorité des Canadiens (74 %) aient confiance dans les vaccins, l’hésitation a augmenté en raison des craintes concernant la sécurité, alimentées par les médias sociaux et la méfiance envers le gouvernement. L’enquête indique également que 17 % des personnes exprimant un manque de confiance envers les vaccins se renseignent sur les sites web du gouvernement américain.

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