Publié le 16 novembre 2025 à 00h35. Les tensions diplomatiques s’intensifient entre la Chine et le Japon après les déclarations du Premier ministre japonais Sanae Takaichi concernant une possible intervention en cas de crise à Taïwan, entraînant des restrictions de voyage et des craintes de représailles économiques.
- La Chine déconseille à ses citoyens de se rendre au Japon, invoquant des préoccupations pour leur sécurité.
- Plusieurs compagnies aériennes chinoises proposent des remboursements gratuits pour les vols vers le Japon.
- Le gouvernement japonais proteste contre les réactions chinoises, les qualifiant de « regrettables ».
Les relations sino-japonaises connaissent une nouvelle détérioration suite aux propos du Premier ministre Sanae Takaichi, qui a évoqué la possibilité d’une intervention militaire japonaise en cas d’attaque chinoise contre Taïwan. Lors d’une commission budgétaire de la Chambre des représentants le 7 novembre, Takaichi a affirmé qu’une telle attaque constituerait une « crise existentielle » pour le Japon, justifiant potentiellement l’exercice du droit à l’autodéfense collective.
Cette déclaration a provoqué une vive réaction de la Chine. Le ministère chinois des Affaires étrangères a appelé ses citoyens à reporter leurs voyages au Japon, arguant que la situation sécuritaire s’est dégradée et que des crimes pourraient être commis à leur encontre. Le 14 novembre, le ministère a souligné que les propos du Premier ministre japonais étaient « ouvertement provocateurs » et pourraient entraîner des conséquences pratiques sur les échanges économiques et touristiques.
Six compagnies aériennes chinoises, dont la compagnie nationale, ont suivi les recommandations gouvernementales en proposant des remboursements gratuits ou des modifications de billets pour les vols vers le Japon, valables jusqu’au 31 décembre. Le consul général chinois à Osaka, Xue Jian, a également pris position, critiquant sévèrement les déclarations de Takaichi :
« Le fait que la situation d’urgence de Taïwan soit la situation d’urgence du Japon est la voie de la mort que choisissent certains politiciens mal intentionnés. J’espère que nous rétablirons un minimum d’esprit de raison et de respect de la loi afin que nous ne connaissions plus une destruction nationale comme une défaite dans la guerre. »
Xue Jian, consul général chinois à Osaka
Le gouvernement japonais a fermement protesté contre ces réactions. Le secrétaire en chef du Cabinet, Minoru Kihara, a qualifié les critiques chinoises de « extrêmement regrettables » lors d’une conférence de presse le 10 novembre. Cependant, Pékin maintient sa position, accusant Takaichi d’avoir remis en question le principe d’une seule Chine. Le porte-parole chinois Lin Zhen a averti :
« Vous ne devriez pas jouer avec le feu avec la question de Taïwan, vous pourriez vous brûler vif. »
Lin Zhen, porte-parole chinois
L’ambassadeur du Japon en Chine, Kenji Kanasugi, a été convoqué le même jour.
Le 15 novembre, Kihara a réclamé une « réponse appropriée » de la Chine, estimant que les mesures prises par Pékin ne correspondent pas à l’objectif affiché de promouvoir une relation stratégique mutuellement bénéfique. Malgré ces protestations, le gouvernement chinois reste inflexible. Au Japon, certains analystes craignent que le nouveau gouvernement Takaichi ne se retrouve dans une position délicate, contraint de modérer sa position face à la pression chinoise, au risque d’être perçu comme « faible ».
Les conséquences économiques de cette crise diplomatique sont déjà visibles. Le secteur du tourisme japonais, qui dépend fortement des visiteurs chinois – 7,48 millions de Chinois ont visité le Japon entre janvier et septembre 2025, un record – pourrait être particulièrement touché. Des parallèles sont établis avec le conflit territorial de 2012 autour des îles Senkaku (appelées îles Diaoyu par la Chine), qui avait entraîné une baisse de plus de 10 % des exportations japonaises vers la Chine et une atmosphère anti-japonaise virulente.
Selon le Nippon Keizai Shimbun, la situation, qui semblait s’améliorer sur le plan économique, bascule désormais vers un modèle de confrontation, avec des répercussions concrètes sur l’économie réelle, notamment avec le découragement des voyages vers le Japon. Trouver un compromis représente donc un défi diplomatique majeur pour le gouvernement Takaichi.
Correspondant Tokyo/Hong Seok-jae
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