Publié le 22 novembre 2025 01:46:00. Des chercheurs ont identifié des mécanismes cellulaires clés exploités par le virus du rhume, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques potentielles pour lutter contre un large éventail de virus, y compris le SARS-CoV-2 responsable de la COVID-19.
- L’équipe du Laboratoire national du nord-ouest du Pacifique (PNNL) s’intéresse à renforcer les défenses naturelles de l’organisme plutôt qu’à cibler directement les virus.
- Une nouvelle technique, la spectrométrie de masse basée sur la protéolyse limitée (LiP-MS), a permis d’identifier deux assemblages moléculaires essentiels détournés par le virus du rhume.
- Cette approche pourrait conduire au développement de médicaments à large spectre, moins susceptibles de voir leur efficacité compromise par les mutations virales.
Au lieu de poursuivre la course à l’armement contre les virus en développant des antiviraux spécifiques, des scientifiques américains explorent une voie innovante : renforcer les défenses intrinsèques de l’organisme. L’objectif est de protéger les cellules humaines contre une multitude d’agents pathogènes, en ciblant non pas le virus lui-même, mais les mécanismes cellulaires qu’il exploite pour se reproduire.
« Un virus prospère en s’appropriant la machinerie cellulaire de son hôte, en détournant les processus normaux pour produire des copies de lui-même », explique John Melchior, biochimiste et auteur principal de l’étude, publiée le 12 septembre dans le Journal of Proteome Research. « Nous cherchons à identifier et à renforcer les complexes moléculaires vulnérables à de nombreux virus envahissants – pour les neutraliser avant qu’ils ne puissent prendre le contrôle de la cellule. »
« Au lieu de nous attaquer au virus lui-même, nous manipulons les points de contrôle de la cellule pour combattre le virus. »
John Melchior, biochimiste
Cette nouvelle approche pourrait s’avérer particulièrement pertinente face aux coronavirus, une famille de virus qui englobe des agents pathogènes allant du virus du rhume bénin au SARS-CoV-2, responsable de la pandémie de COVID-19. La virologue Amy Sims, co-auteure de l’étude, souligne que cette stratégie pourrait révolutionner la lutte contre de nombreuses maladies infectieuses.
« Cette approche offre la possibilité d’utiliser un seul médicament pour contrer plusieurs types de virus », précise Sims. « Lorsque l’on cible uniquement le virus, celui-ci peut rapidement muter et devenir résistant aux antiviraux. En revanche, en ciblant les fonctions clés de la cellule hôte dont le virus a besoin pour se répliquer, et en inhibant ces fonctions, nous espérons bloquer la voie d’échappement utilisée par la plupart des virus pour provoquer des maladies. »
Pour mener à bien cette recherche, les scientifiques du PNNL ont mis au point une technique de spectrométrie de masse basée sur la protéolyse limitée (LiP-MS). Cette méthode permet non seulement de quantifier les changements d’abondance de milliers de protéines différentes dans un échantillon, mais aussi de détecter les modifications de leur forme. Or, la forme d’une protéine est cruciale, car elle détermine sa fonction et les interactions qu’elle peut établir avec d’autres molécules.
L’étude s’est concentrée sur les cellules humaines infectées par le HCoV-229E, un virus responsable du rhume. Les résultats ont permis d’identifier huit cibles potentielles, dont deux assemblages moléculaires jouant un rôle clé dans le traitement de l’ARN. Dans les deux cas, le virus détourne le fonctionnement normal de la cellule pour prendre le contrôle de sa machinerie et produire davantage de copies de lui-même. En empêchant le virus d’interagir avec ces assemblages moléculaires, les chercheurs ont observé une réduction significative de sa capacité à se répliquer dans les cellules pulmonaires humaines.
Une des cibles identifiées est la protéine Nop-56, qui agit comme un « tampon d’approbation » chimique, signalant à l’organisme qu’un brin d’ARN est légitime. Avec cette approbation, une unité cellulaire appelée ribosome fabrique la protéine codée par ce brin. Le virus du rhume détourne Nop-56 pour détruire l’ARN humain, bloquer la production de protéines normales et, au contraire, valider la production de protéines virales.
Le complexe C du spliceosome est une autre cible importante. Cette molécule aide les cellules à modifier les brins d’ARN en supprimant les régions non essentielles. En s’appropriant cet assemblage moléculaire, le virus détourne l’organisme de la production de ses propres protéines et le force à fabriquer des protéines virales nuisibles.
« Nous espérons que nos travaux fourniront une liste de cibles moléculaires communes qui serviront de base au développement de médicaments capables de bloquer non pas un, mais plusieurs virus responsables de maladies », déclare Snigdha Sarkar, chercheuse postdoctorale et première auteure de l’article.
Sarkar ajoute : « Les virus peuvent muter rapidement, ce qui pose un problème lorsqu’on cible directement le virus. Cet obstacle est levé si l’on cible les protéines dont dépendent de nombreux virus chez l’hôte. »
L’équipe du PNNL explore actuellement des composés existants, identifiés par des scientifiques de l’Oregon Health & Science University, comme ayant un potentiel antiviral. Elle utilise également l’intelligence artificielle pour accélérer la découverte de composés susceptibles d’affecter les cibles moléculaires identifiées par sa technologie.
Ce travail a été financé par la Predictive Phenomics Initiative du PNNL, un programme visant à comprendre comment des facteurs allant au-delà du code génétique déterminent les caractéristiques des organismes vivants. Cette recherche est prometteuse pour la bioéconomie, la santé humaine et d’autres domaines. Comprendre les étapes moléculaires impliquées lors d’un changement environnemental – comme une infection virale – et prédire les conséquences de ces changements est au cœur de cette initiative.
Outre Melchior, Sarkar et Sims, les auteurs de l’étude incluent Song Feng, Hugh Mitchell, Madelyn Berger, Tong Zhang, Isaac Attah, Chelsea Hutchinson-Bunch, Victoria Prozapas, Kristin Engbrecht et Stephanie King.
Source :
Référence du journal :
Sarkar, S., et al. (2025). Le coronavirus humain-229E détourne les principaux complexes de traitement de l’ARN des cellules hôtes pour la réplication. Journal of Proteome Research. doi: 10.1021/acs.jproteome.5c00400
