Publié le 27 novembre 2025 10h48. Une étude de l’Université de Lund suggère un lien possible entre les tatouages et un risque accru de mélanome, la forme la plus grave de cancer de la peau. Les chercheurs appellent à poursuivre les investigations pour mieux comprendre les mécanismes en jeu.
- Une étude menée auprès de près de 3 000 personnes diagnostiquées avec un mélanome révèle une augmentation de 29 % du risque chez les personnes tatouées.
- Les pigments utilisés dans les tatouages pourraient être en cause, notamment en raison de leur décomposition en substances potentiellement cancérigènes.
- Les scientifiques insistent sur la nécessité de rester vigilant quant à l’évolution des grains de beauté et de consulter un médecin en cas de doute.
Les tatouages, de plus en plus populaires, notamment chez les jeunes adultes, pourraient comporter des risques pour la santé à long terme. Une nouvelle étude de l’Université de Lund, en Suède, met en lumière une possible association entre l’encre de tatouage et le développement de mélanomes.
L’étude, publiée dans la revue European Journal of Epidemiology, a comparé un groupe de 2 880 personnes atteintes de mélanome à un groupe témoin de taille équivalente, mais non atteint de cette maladie. Les chercheurs ont recueilli des informations sur les habitudes de vie des participants, notamment leur exposition au soleil, l’utilisation de solariums et la présence de tatouages. Après ajustement des données pour tenir compte de ces facteurs, ils ont constaté une augmentation de 29 % du risque de mélanome chez les personnes tatouées.
« Après avoir pris en compte ces facteurs, nous avons observé une augmentation du risque relatif de 29 % chez les personnes tatouées », explique Emelie Rietz Liljedahl, chercheuse associée en toxicologie à l’Université de Lund.
Il est important de noter que cette augmentation du risque est observée au niveau de la population et ne permet pas de tirer des conclusions sur le risque individuel. Les chercheurs soulignent également qu’il est encore trop tôt pour établir un lien de causalité direct entre les tatouages et le mélanome. D’autres études sont nécessaires pour confirmer ces résultats et identifier les mécanismes biologiques impliqués.
Cette recherche s’inscrit dans un contexte de peu de connaissances sur les effets à long terme des tatouages sur la santé. Les scientifiques étudient depuis plusieurs années le lien possible entre les tatouages et le cancer. Une première étude, publiée au printemps 2024, avait déjà suggéré un lien entre les tatouages et le lymphome. Une autre étude n’avait en revanche pas trouvé de lien entre les tatouages et le carcinome épidermoïde, une autre forme de cancer de la peau.
Les pigments utilisés dans les tatouages pourraient être à l’origine de ce risque accru. Lorsque l’encre est injectée dans la peau, elle est perçue par l’organisme comme un corps étranger, ce qui active le système immunitaire. Les pigments sont alors encapsulés par les cellules immunitaires et transportés vers les ganglions lymphatiques. Certains pigments, notamment les pigments azoïques, peuvent se décomposer en substances chimiques potentiellement cancérigènes, en particulier en cas d’exposition aux rayons UV du soleil ou des solariums.
« Les pigments azoïques sont les colorants organiques les plus couramment utilisés dans les encres de tatouage. Ils pourraient constituer un risque potentiel, car on sait déjà qu’ils peuvent se décomposer en produits chimiques nocifs susceptibles de provoquer un cancer, en particulier en cas d’exposition aux rayons UV », précise Emelie Rietz Liljedahl.
La réglementation concernant les encres de tatouage a été renforcée en Europe en 2022, avec l’introduction de limites de concentration pour certaines substances chimiques. Cependant, des contrôles du marché ont révélé que certaines encres continuent de contenir des substances toxiques au-delà des seuils autorisés.
Les chercheurs envisagent également la possibilité d’un lien entre les tatouages et les maladies auto-immunes, telles que le psoriasis et les troubles de la thyroïde, où le système immunitaire joue également un rôle important. Ils appellent à poursuivre les recherches pour mieux comprendre les mécanismes en jeu et évaluer les risques potentiels.
Christel Nielsen, docent et chercheuse en épidémiologie à l’Université de Lund, insiste sur l’importance de la vigilance : « Nous observons une augmentation du risque. Mais il s’agit d’une augmentation relative d’un risque qui est, à l’origine, relativement faible. Il faut garder cela à l’esprit. Il est toujours important de prendre soin de sa peau et d’être attentif. En cas de doute, il est préférable de consulter un médecin. »
Elle ajoute : « Il est important de surveiller l’ensemble du corps, que l’on ait ou non des tatouages. »


Quelques chiffres sur le mélanome
- Le mélanome et le mélanome malin sont synonymes.
- Le mélanome est l’une des formes de cancer de la peau les plus graves et l’une de celles qui augmentent le plus rapidement.
- Le risque de mélanome est plus élevé chez les personnes qui se sont brûlées plusieurs fois au soleil. Mais le mélanome peut apparaître n’importe où sur la peau.
- Le symptôme le plus courant du mélanome est une nouvelle tache ou une nouvelle excroissance qui a grandi ou changé d’apparence. Il peut également s’agir d’une ancienne tache de naissance qui commence à changer de couleur, de forme ou de taille.
- Le risque de développer un mélanome avant l’âge de 80 ans est d’environ 3,1 % pour les femmes et de 3,5 % pour les hommes dans l’ensemble de la population.
- En 2024, le mélanome était la troisième forme de cancer la plus fréquente chez les hommes et la quatrième chez les femmes en Suède.
- Le taux de survie est bon, en particulier en cas de détection précoce. 94 % des femmes et 90 % des hommes survivent au moins 10 ans après avoir reçu un diagnostic de mélanome cutané.
Sources : 1177, Kari Nielsen, Université de Lund, et Cancerfonden
L’exposition aux tatouages augmente-t-elle le risque de mélanome cutané ? Une étude cas-témoins basée sur la population, European Journal of Epidemiology.
