Home Santéles taxiteurs en service restreint, faute d’accord avec l’assurance maladie sur la nouvelle convention

les taxiteurs en service restreint, faute d’accord avec l’assurance maladie sur la nouvelle convention

by Sophie Martin

Une nouvelle convention nationale régissant le transport sanitaire en taxi, entrée en vigueur le 1er novembre 2025, provoque une vive contestation à La Réunion. Les professionnels du secteur dénoncent une réforme imposée par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (Uncam) qui, selon eux, menace l’accès aux soins pour les patients et pénalise financièrement les chauffeurs.

L’intersyndicale des taxis réunionnais alerte sur des conséquences graves pour les patients vulnérables – dialysés, personnes atteintes de cancer, personnes âgées ou à mobilité réduite. Elle craint une augmentation des délais d’attente aux hôpitaux et dans les cabinets médicaux, des trajets allongés en raison du transport partagé obligatoire, et même une facturation directe des patients en cas de refus de ce dernier.

Par ailleurs, la suppression de l’accompagnement administratif des patients dans les services de soin, décidée par la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS), est également dénoncée. Les chauffeurs de taxi s’opposent à l’obligation d’une “prescription médicale datée avant tout transport, sous peine de refus de prise en charge” et anticipent une diminution du nombre de taxis disponibles, aggravant ainsi le désenclavement de certaines zones de l’île, déjà pénalisées par un réseau routier saturé.

Au cœur du mécontentement, le tarif de 3 euros pour le transport sanitaire est jugé « discriminatoire » par les chauffeurs. Jean-Yves Comment, sous-directeur de l’Uncam et responsable de la coordination Sécurité sociale à l’Outre-mer, s’était engagé le 8 octobre 2025 à reconsidérer cette question. « Le sous-directeur a reconnu que 3 euros pour le forfait de transport sanitaire, c’est qu’il y a un problème », a confirmé Grégory Tréport, président de la Fédération réunionnaise des artisans taxis (FRAT).

Les taxis réunionnais revendiquent l’application du même forfait que dans l’Hexagone, soit 15 euros, dénonçant une inégalité flagrante. La convention publiée au Journal Officiel le 8 août 2025 prévoit une adaptation aux spécificités locales, mais les professionnels estiment que cette adaptation est insuffisante. Ils rappellent que La Réunion est un territoire montagneux où le coût de la vie est 30 à 40 % plus élevé.

Plus de 85 000 personnes dépendent chaque année du transport sanitaire en taxi à La Réunion, représentant près d’un million de courses annuelles. L’intersyndicale dénonce un « mépris manifeste pour les territoires ultramarins et leurs patients » face à cette inégalité tarifaire.

Les prochaines négociations avec l’Uncam sont prévues entre janvier et mars 2026. En attendant, la Fédération du Taxi a lancé une action en justice contre la nouvelle convention, une affaire qui pourrait aller jusqu’au Conseil d’État. La CGSS de La Réunion pourra estimer le nombre de courses refusées en janvier 2026.

Les taxis réunionnais ont déjà exprimé leur mécontentement par trois jours de grève, début octobre. Les grévistes ont bloqué la chaîne de soins en immobilisant leurs véhicules, puis se sont rassemblés sur le parking de la préfecture à Saint-Denis, où 350 taxis étaient stationnés. Des barrages filtrants ont également été mis en place à Gillot, Pierrefonds et à Sainte-Thérèse (La Possession), perturbant la circulation et entraînant des embouteillages.

Les forces de l’ordre ont été mobilisées pour faire cesser les blocages et ont dressé 287 procès-verbaux, dont 156 pour entrave à la circulation, 61 pour stationnement dangereux (amende de 135 euros) et 70 pour circulation à vitesse réduite (amende de 35 euros). Plus de 7 000 patients ont été privés de transport sanitaire pendant la durée du mouvement.

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