Home SantéL’Europe en crise face à la désinformation sanitaire : éduquer plutôt que propager

L’Europe en crise face à la désinformation sanitaire : éduquer plutôt que propager

by Sophie Martin
L'éducation scientifique via Doubt My Sciences et PUMS
La désinformation sanitaire, une menace croissante pour la santé publique européenne

L’information sanitaire en Europe fait face à une crise de confiance sans précédent, avec des initiatives comme le projet Doubt My Sciences à Bruxelles et des campagnes de prévention confrontées à un public de plus en plus méfiant. Selon Doan Vu Duc, doctorant en philosophie des sciences à l’université de Namur, “L’idée ne paraît pas totalement absurde” de corriger l’information, mais il insiste sur l’importance d’apprendre aux citoyens à juger par eux-mêmes plutôt que de “bourrer le crâne de contenus”. La désinformation, notamment autour du Covid, a rendu la communication médicale très difficile et la population méfiante, selon une pharmacienne bruxelloise.

Un changement d’approche : de la propagande à l’éducation critique

L’éducation scientifique via Doubt My Sciences et PUMS

Le projet Doubt My Sciences, financé par Innoviris et porté par l’ULB, vise à expliquer aux élèves comment fonctionne la démarche scientifique. “Il faut admettre que la science est en constante évolution”, souligne Doan Vu Duc, qui défend une approche basée sur la compréhension des mécanismes scientifiques plutôt que sur l’imposition de vérités. Cette philosophie se retrouve dans les initiatives de l’Université Paris Cité, qui a lancé PUMS, une chaîne YouTube axée sur la “bonne information” pour lutter contre les fake news. “Les fausses idées ou idées reçues vous seront scientifiquement expliquées”, promet le Pr Boris Hansel, présentateur de la chaîne.

Les chiffres de la méfiance : une perception biaisée des risques

Perceptions erronées des risques sanitaires et environnementaux

Perceptions erronées des risques sanitaires et environnementaux
Photo: Rédaction Médicale et Scientifique

L’ASNR a relevé en 2024 que les risques des pesticides étaient perçus plus élevés que ceux du tabac ou des accidents de la route, bien que les études scientifiques les démentent. Une étude de Santé publique France révèle que 70 % des Français croient que vivre à côté d’une antenne relais favorise l’apparition de cancers, malgré les rejets réguliers de ces hypothèses. “La communication devient très difficile et la population devient méfiante”, constate Louis Édouard, qui souligne que les fake news “créent un brouillard autour de la santé”.

Les politiques de prévention en difficulté : un budget double mais des limites financières

Obstacles financiers et structurels à la prévention en Belgique

Obstacles financiers et structurels à la prévention en Belgique
Photo: moustique.be

La Région wallonne a doublé son budget pour la prévention, mais le ministre Yves Coppieters admet que “tant que les actes préventifs ne seront pas mieux valorisés financièrement, la prévention restera secondaire”. En pratique, plus d’un Belge sur quatre renonce à des soins pour raisons financières, et les professionnels soulignent le manque de temps pour s’engager dans la prévention. “Quand on réussit à engager le dialogue, parfois, ça change quelque chose”, affirme une pharmacienne namuroise.

Les défis de la vaccination : une lutte contre les idées reçues

Le ministre wallon de la Santé, Yves Coppieters, critique une “vision centrée sur les soins de santé, la prise en charge quand la maladie est déjà là”. Il appelle à travailler sur la promotion de la santé, en incluant les déterminants sociaux comme le logement. Cette approche est partagée par les experts de PUMS, qui mettent en avant la nécessité de “reconnaître un discours fiable” et de “comprendre comment fonctionne la nature même de la science”.

Les initiatives innovantes : de la pédagogie à la technologie

Synergie entre expertise scientifique et communication numérique

Synergie entre expertise scientifique et communication numérique
Photo: Afis Science

Le CRSC (Centre de responsabilité santé connectée) à l’hôpital Bichat propose un diplôme universitaire de santé connectée et une chaîne YouTube avec plus de 450 000 abonnés. “Deux sortes d’experts : les experts scientifiques et des experts en communication”, explique un article de Rédaction Médicale et Scientifique. Cette combinaison est jugée essentielle pour éviter les “experts qui parlent hors de leurs domaines de compétences”.

Quels sont les prochains pas ?

Les défis de la désinformation sanitaire exigent une réponse multidimensionnelle : éducation critique, financement des actions préventives et utilisation des nouvelles technologies. Les initiatives comme Doubt My Sciences et PUMS montrent que des approches basées sur la compréhension des mécanismes scientifiques et la collaboration entre experts et communicants peuvent atténuer l’impact des fake news. Cependant, le succès dépendra de la capacité des politiques publiques à valoriser la prévention et à renforcer la confiance dans les institutions scientifiques.

“À la place de devoir fournir plus de connaissances aux gens, on devrait plutôt leur permettre de comprendre comment fonctionne la nature même de la science”, résume Doan Vu Duc. Cette philosophie, si elle est généralisée, pourrait constituer un “meilleur vaccin contre les pseudosciences”, selon le chercheur.

Liens vers les sources
Article de RTBF
<a Les efforts conjoints entre scientifiques et médias restent essentiels pour lutter contre la désinformation, tout en éduquant le public sur les fondements de la démarche scientifique.

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